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les soutenir de nouveau. L'unité de l'Eglise était trop forte à Rome pour que Cerdon pût songer à s'y former une congrégation à part, comme il l'eût certainement fait en Syrie. Il exerçait son influence sur quelques personnes isolées, que séduisaient l'apparente profondeur de son langage et des doctrines alors dans toute leur nouveauté. On cite en particulier parmi ses disciples un certain Lucain ou Lucien \ sans parler du célèbre Marcion, qui, comme nous le verrons, sortit de lui.
Le gnosticisme abstrait d'Alexandrie et d'An-^ tioche, se présentant sous la forme d'une philosophie téméraire, trouvait dans la capitale du monde peu de faveur. C'étaient les ébionites*, les nazaréens, les elkasaïtes, les ossènes, toutes ces hérésies gnostiques aussi à leur manière, mais d'un gnosticisme modéré et judéo-chrétien dans ses affinités, c'étaient ces hérésies, dis- je, qui pullulaient à Rome, formaient la légende de Pierre et créaient l'avenir de cette grande Église. Les formules mystérieuses de l'elkasaïsme étaient usuelles dans leur sein, surtout pour la céré-
i. Philosoph.j VII, 39; Tertull., Prœscr,, 51; De resurr,^, 2; Épiph., haer. xuii, \ ; Orig. Contre Celse, II, 17.
%, Épiphane, xxx, 18, compte Rome et T Asie parmi les lieux où intrigua Ébion, quoique le point de départ de ce mauvais génie fût la région au delà du Jourdain et de la mer Morte.
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monie du baptême. Le néophyte, présenté au bord d*une rivière ou d'un bassin d'eau courante, prenait à témoin le ciel, la terre, l'eau et l'air de son ferme propos de ne plus péchera Pierre et Jacques étaient, pour ces sectaires originaires de Judée, les deux angles de l'Eglise de Jésus. Rome, nous l'avons souvent remarqué, fut toujours le foyer principal du judéo- christianisme. L'esprit nouveau, représenté par l'école de Paul, y était refréné par un esprit hautement conservateur. Malgré les efforts des hommes conciliants , l'apôtre des gentils avait ici encore des adversaires obstinés. Pierre et Paul se livraient leur dernière bataille, avant de se réconcilier définitivement au sein de l'Eglise universelle pour l'éternité.
La vie des deux apôtres commençait à devenir
fort ignorée. Il y avait environ soixante-dix-sept ans qu'ils étaient morts ; tous ceux qui les avaient vus avaient disparu , la plupart sans laisser d'écrits. On avait la liberté entière de broder sur ce canevas vierge encore. Une vaste légende ébionite s'était formée à Rome et se fixa vers le temps où nous sommes arrivés. Les voyages et les prédications
1. Contestatio Jacohi, 2, 4, en tête des Homélies pseudoclém. Cf. Hom XIV, 1, 3. Gotnp. Épiph., hérésie des ébionites, XXX, ch. 47: hérésie desossènes, xix, ch. 4.
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de Pierre en étaient l'objet principal. On y racontait les missions du chef des apôtres, principalement le long de la côte de la Phénicie, les conversions qu'il avait opérées, ses luttes, surtout contre le grand Antéchrist qui était à cette époque le spectre de la conscience chrétienne, Simon de Gitton. Mais souvent, à mots couverts, sous ce nom abhorré se cachait un autre personnage : c'était le faux apôtre Paul, Tennemî de la Loi , le destructeur de l'Église véritable ^ L'Église véritable, c'était celle de Jérusalem, présidée par Jacques, frère du Seigneur. Aucun apostolat n'était valable , s'il ne pouvait montrer des lettres émanant de ce collège central. Paul n'en avait pas, c'était donc un 'intrus. Il était « l'homme ennemi )), qui veliait par derrière semer l'ivraie sur les pas du vrai semeur ^ Aussi avec quelle force Pierre mettait à nu ses impostures, ses fausses allégations de révélations personnelles, son ascension
i . Cf. les Apôtres^ p. 266 et suiv. ; Saint Paul, p. 294 et suiv. Voir Homélie ii, 47, 22 et suiv.; xvi, 45, 16; xvii, 47, 48, 19 (cf. Gai., ii, 44). Il est hors de doute que Simon de Gitton a été un personnage réel et qu'il figure souvent pour son compte dans le roman pseudo-clémentio, tel que nous rayonsmais les passages précités ne peuvent convenir uniquement à Simon de Gitton.
2. Matth., XIII, 24 et suiv. Cf. Saint Paul,^, 305. Épiphane, haer. xxx, 46, semble supposer des écrits ébionites où Paul était nommé par son nom.
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au troisième ciel S sa prétention de savoir sur Jésus des choses que les auditeurs de l'Évangile n'avaient pas entendues , la manière exagérée dont lui ou ses disciples comprenaient la divinité de Jésus * ! A Antipche surtout, le triomphe de Pierre était complet. Simon avait réussi à détourner le peuple de cette ville de la vérité. Par une série d'habiles manœuvres, Pierre amène une des victimes des sortilèges de Simon , à qui le magicien avait donné sa propre figure, à s'aller montrer au peuple d'Antioche. Quel est l'étonnement des Antiochéniens , quand ils entendent celui qu'ils prennent pour le mage de Samarie se rétracter en ces termes : « J'ai menti sur Pierre ; il est le vrai apôtre du prophète envoyé par Dieu pour le salut du monde. Leè anges m'ont flagellé cette nuit pour l'avoir calomnié. Ne m'écoutez plus, si désormais je parle contre lui ® ! » Naturellement; tout Antioche revient à Pierre et maudit son rival. Le véritable apôtre continue ainsi ses voyages, suivant à la piste l'imposteur samaritain, et arrive sur ses pas dans la capitale de l'empire. Là l'imposteur re--
1. Recogn., II, 65. Comparez aussi II Cor., xi, 14, à Recogn., II, 18; le axeucç ixXoyriç de Recogn.j lïl, 49, à Act,, ix, 15, etc.. Notez aussi Acta Pétri et Pauli, §§ 63-66.