‹ L'Antechrist (volume 5)Chapitre 264 sur 373 · Vis. n · texte numérisé non relu

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tristesses, le pauvre Hermas retrouve Rhodé, qu'il n'avait pas vue depuis d«s années. Le peu de consolations qu'il avait dans son intérieur lui rend, à ce qu'il paraît, le cœur sensible ; il se met à aimer son ancienne maîtresse comme une sœur. Un jour, la voyant se baigner dans le Tibre, il lui présente là main, et l'aide à sortir du fleuve : « Que je serais heureux, se dit-il, si j'avais une femme aussi belle et aussi bien élevée! » Sa pensée n'alla pas au delà S et une telle réflexion était d'autant plus excusable que sa femme était acariâtre, désagréable, pleine de défauts. Mais la sévérité des mœurs chrétiennes était si grande, que l'amour tout platonique d'Hermas fut noté dans le ciel par le surveillant jaloux des âmes pures; il va en être repris comme d'une faute.

Quelque temps après, en efi'et, comme il se rendait à sa campagne, située près de Cumes, à dix stades de la voie Gampanienne% et qu'il admirait la beauté des œuvres de Dieu, il s'endormit en marchant. Il traversa en esprit des fleuves, des ravins, des montagnes crevassées, se retrouva en

1 , MôvGv T&ÛTo têGuX8uaap.Tiv, I'tsoov ^è oùîev. Vis. I, 4 . Épictète

traite aussi de péché une pensée toute semblable. Dissert., IF, xviii, 15-18.

2. Vis. I, 1 ; Vis. ii, 1 ; Vis. ni, 1 ; Vis. iv, 4 . Voir l'édition de MM. de Gebhardt et Harnack. Cumes, I^ouzzoles, Baïa étaient les lieux de villégialure des Romains.

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plaine, et là se mit à prier le Seigneur et à confesser ses péchés.

Or, pendant qu'il priait, le ciel s'ouvrit, et il vit la femme qu'il avait désirée, lui disant: « Bonjour, Herraas.» L'ayant regardée : « Maîtresse, que fais-tu là? » lui dit-il. Elle lui répondit : « J'ai été transportée ici pour accuser tes péchés devant le Seigneur. — Quoi! c'est toi qui es mon accusatrice? — Non; mais écoute les paroles que je vais te dire. Le Dieu qui demeure dans le ciel, qui a tiré tout ce qui existe du néant et Ta fait grandir pour la sainte Église, est irrité contre toi, parce que tu as péché envers moi. — J'ai péché envers toi? lui répondit Hermas. Et de quelle manière? T'ai-je jamais dit une parole inconvenante? Ne t'ai-je pas toujours traitée comme une maîtresse? Ne t'ai-je pas toujours respectée comme une sœur? Pourquoi me reprocher faussement, ô femme, des actes méchants et impurs? » Elle lui dit en riant : « Pour un homme juste comme toi, le seul désir est un très-grand mal ; mais, prie Dieu, et il pardonnera tes péchés et ceux de toute ta maison et ceux de tous les saints. » Après qu'elle eut proféré ces paroles, les cieux se fermèrent, et Hermas resta effrayé : « Si cela compte pour un péché, se dit-il, comment faire pour être sauvé? »

Comme il était plongé dans ces réflexions, il voit devant lui un grand fauteuil de laine blanche. Une femme âgée, richement vêtue, ayant un livre en ses mains, vient s'y asseoir et après l'avoir salué par son nom : « Pourquoi es- tu triste, Hermas, toi d'ordinaire si patient, si égal, toi toujours souriant? —Je

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suis, lui répondit Hermas, sous le coup des reproches d'une femme très-vertueuse, qui me dit que j'ai péché envers elle. — Ah fi ! me dit-elle, que cela serait mal de la part d'un serviteur de Dieu, d'un homme respectable et déjà éprouvé, du chaste, simple et innocent Hermas ! Peut-être, en effet, est-il monté quelque sentiment dans ton cœur à son sujet. Mais ce n'est pas à cause de cela que Dieu est irrité contre toi... » Le bon Hermas respire quand la vieille femme lui apprend que la vraie cause de la colère de Dieu est sa faiblesse comme père de famille. Il ne tient pas sa femme et ses enfants avec assez de sévérité, il ne les prêche pas assez ; ce sont eux qui sont la cause de la ruine de ses affaires temporelles. La vieille lit ensuite dans le livre des mots terribles, dont Hermas ne se souvient pas, et finit par de bonnes paroles, qui sont à sa portée.

L'année suivante, à pareille époque de l'année, se rendant à sa campagne de Cumes, Hermas revit la même vieille, marchant et lisant un petit livre. La vieille lui explique Tobjet du livre, qui est d'exhorter tout le monde à la pénitence, car les temps sont proches et la persécution ^ va venir. Un beau jeune homme apparaît :. « Qui, crois-tu, est cette

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