Cf. I Tira., II
2. Waddington, Fastes des prov. asiat., p. 197-199. Comp. Cavedoni, Cenni cronologici inlemo alla data précisa délie principali apologie^ etc. Modène, 1855; Borghesi, Œuvres,\lll^ p. 464 et suiv.
3. Mommsen, De collegiis apud Romanos, ch. iv et v. « Sed religionis causa coïre non prohibentur. » Digeste, XLVII, xxii, De -colL et corp.
32 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 124]
le fait seul du nom que Ton portait. Granianus montrait ce qu'il y avait d'injuste à condamner les chrétiens sur de vagues rumeurs, fruit de l'imagination populaire, sans qu'on pût les convaincre d'aucun crime qualifié, autre que celui de leur profession même. Le tirage au sort des provinces consulaires ayant eu lieu peu après, Granianus eut pour successeur Caïus Minicius Fundanus, philosophe et lettré de distinction, ami de Pline et de Plutarque S qui le fait interlocuteur d'un de ses dialogues philosophiques. Adrien répondit à Fundanus par le rescrit suivant * :
4. Pline, Lettres,!, 9; IV, 45; V, 46; Plutarque, De cohib. ira, en tête; De tranquilL animi, 4. Voir Waddington, l, c; Mommsen, index de Pline le jeune, édit. Keil, p. 449.
% Plusieurs critiques ont élevé des objections contre l'authenticité de cette lettre. Certes, le rescrit d'Adrien n'a pas les mêmes garanties d'authenticité que la lettre de Pline; il ne nous a pas été conservé par les recueils païens. Il faudrait, pour que la parité fût exacte, que nous eussions le recueil officiel des lettres administratives d'Adrien, et que la lettre à Minicius Fundanus y figurât à sa place. Néanmoins la pièce nous est venue dans de bonnes conditions d'authenticité. L'original latin en fut, à ce qu'il semble, inséré par saint Justin dans sa première Apologie (ch. Lxviii et Lxix). Eusèbe la traduisit en grec [Hisl, EccL, IV, VIII et IX; cf. Chron,, an 8 ou 40 d'Adrien); cette traduction, vu l'incapacité oii étaient les copistes orientaux de transcrire le latin, prit dans les manuscrits de Justin la place de Toriginal; peut-être Ru6n nous a-t-il conservé cet original. Méliton (dans Eusèbe, £?.£.^ IV, XXVI, 40) rappelle la lettre, il est vrai en compa-
(An 124J L'ÉGLISE CHRÉTIENNE. 33
Adrien à Minicius Fundanus. J'ai reçu la lettre que m'a écrite Licinius^ Granianus, homme illustre, à qui tu as succédé. L'affaire ne me paraît pas pouvoir être laissée sans enquête, de peur que des gens, paisibles d'ailleurs, ne soient inquiétés et qu'un champ libre ne soit ouvert aux calomniateurs. Si donc des personnes de ta province ont, comme ils le prétendent, des griefs solides à alléguer contre les chrétiens, et qu'ils puissent soutenir leur accusation devant le tribunal, je ne leur défends pas de suivre la voie légale; mais je ne leur permets pas de s'en tenir à des pétitions et à des cris tumultuaires. En pareil cas, le mieux est que tu prennes toi-même connaissance de la plainte. Si quelqu'un donc se porte accusateur et démontre que leâ chrétiens commettent des infractions aux lois, ordonne même d€S supplices selon la gravité du délit. Mais aussi, par Hercule, si quelqu'un dénonce calomnieusement l'un d'entre eux, punis le dénonciateur de supplices plus sévères encore, proportionnés à sa méchanceté.
gnie de pièces apocryphes. Cf. Tertullien. Apol., 5. Ce qui a fait du tort au rescrit d'Adrien, c'est le prétendu rescrit d'Âotonin (Eusèbe, H, E. IV, xiii), fabriqué vers Tan 465, et dont tous les critiques, à la suite de Tillemont, reconnaissent la fausseté. Le prétendu rescrit d'Antonin fait allusion au rescrit d'Adrien; mais ce n'est pas la seule fois qu'on verrait une pièce apocryphe chercher à se donner créance en s'appuyant sur une pièce vraie. Les ti'avaux de M. Waddington (l, c) relatifs aux légats impériaux de la province d'Asie, en fixant la date des proconsulats de Granianus et de Minicius Fundanus, et en donnant les lignes essentielles de leur carrière politique, ont ajouté à l'opinion traditionnelle beaucoup de solidité.
h. Justin et Eusèbe portent Serenim. Mais les inscriptions [Corp. inscr. laL, II, 4609; Mommsen, Inscr. regni Neap., 4496 ;
Borghesi, Œuvres, VIII, p. 56] ont Licinitùs.
34 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 1251;
Il parait qu'à d'autres consultations du même genre Adrien répondit de la même manière ^ Les libelles contre les chrétiens se multipliaient de toutes parts*; ces délations constituaient un métier lucratif,, car le délateur avait une partie des biens* du condamné. En Asie surtout, les réunions provinciales^ accompagnées de jeux ', aboutissaient presque toujours à des exécutions. Comme couronnement de la fête, la foule demandait le supplice de quelques malheureux. La redoutable acclamation a Les chrétiens aux lions ! » devenait ordinaire dans les théâtres ; or il était rare que l'autorité ne se prêtât pas à de telles acclamations du peuple assemblé*. L'empereur, on^ vient de le voir, s'opposait autant qu'il pouvait à cesméchancetés ; le vrai coupable, c'étaient les lois de l'empire, qui donnaient du corps à des accusationsvagues que le caprice de la multitude interprétait à. son gré.
Adrien passa l'hiver de 125-126 à Athènes'^..