C'est là l'esprit de son disciple Irénée
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repoussait les enjolivements creux que les gnostique& avaient introduits dans l'enseignement chrétien, et il paraît avoir ignoré l'Evangile qui circulait déjà de son temps sous le nom de Jean. Il s'en tenait à la manière simple et onctueuse de la catéchèse apostolique, et ne voulait pas qu'on y ajoutât quoi que ce fût. Tout ce qui ressemblait à une idée nouvelle le mettait hors de lui. Sa haine des hérétiques était très-vive, et quelques-unes des anecdotes qu'il se plaisait h raconter sur Jean étaient destinées à faire ressortir l'intolérance violente qui, selon lui, aurait été le fond du caractère de l'apôtre ^ Quand on osait émettre autour de lui quelque doctrine analogue à celles des gnostiques, quelque théorie destinée à introduire un peu de rationalisme dans la théologie chrétienne, il, se levait, se bouchait les oreilles et prenait la fuite, en s'écriant : « 0 bon Dieu, à quels temps m'as-tu réservé, pour que je doive supporter de tel& discours ^ ! » I renée se pénétrait près de lui du même esprit, que la douceur de son caractère devait corriger dans la pratique. La prétention de s'en tenir à l'enseignement apostolique devenait la base de l'orthodoxie, en opposition avec la présomption des gnostiques et des montanistes, qui prétendaient retrouver la pensée
4. Irénée, m, m, 4 (Eus., H. E., IV, xiv, 6). 2. Irénée, lettre à Florin, déjà citée.
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véritable de Jésus, altérée, selon eux, par ses disciples immédiats.
A l'exemple de Paul, d'Ignace et des autres pasteurs célèbres, Polycarpe écrivit beaucoup de lettres aux Eglises voisines et à des particuliers, pour les instruire et les exhortera Une seule de ces lettres nous aurait été conservée*. Elle est adressée aux fidèles de Philippes, à propos de confesseurs destinés au martyre, qui passèrent chez eux, allant d'Asie à Rome ^ Comme tous les écrits apostoliques ou pseudoapostoliques, c'est un petit traité des devoirs de chacune des classes de fidèles qui composent l'Eglise. Des doutes sérieux s'élèveraient contre l'authenticité de cette épître*, s'il n'était constant qu'Irénée l'a
4. Irénée, dans Eus., H. E.j V, xx, 8; lettre à Florin; saint Jérôme, De viris ill.. M*
2. Voir Tédition de Zahn, Leipzig, 1876, renfermant aussi le Martyre, dans les Patres apost. de Gebh. et Harn., II. Les prétendus fragments conservés par Victor de Capoue sont sans valeur. Zahn, p. xlvii-xlviii, 171-172.
3. §§1 et 9. Les enchaînés du § 1 seraient les ôlXXoi ot i\ t^aûv (d'autres lisent up.<ûv) du § 9. Voir Us Évangiles, inti'oduction,
p. xxviii et suivantes.
4. L'écrit a les liens les plus étroits avec les épîtres igna — tiennes; mais ce n'est pas là une objection insoluble (voye^ les Évangiles j p. xxviii et suiv.). Une plus forte objôction» vient de ce que l'écrit est adressé aux Philippiens, sur qui Poly-^ carpe n'avait pas d'autorité. On est tenté de croire que cette adresse a été supposée pour amener le rappel de Tépître de saint Pau
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connue et Ta tenue pour un ouvrage de Polycarpe*. Sans cette autorité, on rangerait l'opuscule, avec les épîtres de saint Ignace, dans cette classe d'écrits de la fin du ii' siècle, par lesquels on cherchait à couvrir des noms les plu3 révérés les doctrines anlignostiques et favorables à l'épiscopat. La pièce, un peu banale, n'a rien qui convienne spécialement au caractère de Polycarpe. L'imitation des écrits apostoliques, surtout des fausses épîlres à. Tite et à Timothée, de la première de Pierre, des épîtres.de Jean, y est sensible. L'auteur ne faisait aucune distinction entre les écrits authentiques des apôtres et ceux qui
(§§ 3 et 41), compliqué bizarrement d'une allusion à la 11^ Pétri, III, 45. Ce qui concerne Valons, dans les §§14 et 12, surprend un peu. Polycarpe n'avait aucun droit de parler ainsi, et cela parait imité des épltres pastorales de Paul. Le § 4 3, dans toutes les hypothèses, est de Tauteur^des épîtres pseudo-ignatiennes*
4. Irénée, III, m, 4. L'argument perdrait de sa force, si Ton admettait qu'Irénée ait aussi été trompé par les épîtres pseudoignatiennes. Mais il n'est pas sûr qu'Irénée ait connu le texte de ces épîtres. La parole d'Ignace qu'il cite (V, xxviii, 4) pouvait être traditionnelle. En tout cas, même en supposant qu'Irénée ait lu l'épître d'Ignace aux Romains, il n'a pas connu le recueil des sept lettres pseudo-ignatiennes.- Si Irénée avait possédé ce recueil, il semble qu'il le citerait davantage. La ressemblapce de l'épître attribuée à Polycarpe et des épîtres pseudo-ignatiennes vient peut-être de ce que l'auteur de ces dernières s'est fait imitateur de l'ouvrage qu'il a interpolé. Irénée paraît avoir connu l'épître de Polycarpe séparée, non engagée, comme elle est maintenant, dans le Corpus ignatien et altérée en vue de ce Corpus,
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leur ont été prêles. Il savait évidemment par cœur répître de saint Clément*. La façon dont il rappelle aux Philippiens qu'ils ont une épître de Paul est suspecte*. Chose singulière dans toutes les hypothèses! l'Evangile censé de Jean n'est pas cité, tandis qu'une phrase de l'épître pseudo-johannique est alléguée ^. La docilité, la soumission à l'évêque, l'enthousiasme pour le martyre, à l'exemple d'Ignace, l'horreur pour les hérésies qui, comme le docétisme, ébranlent la foi en la réalité de Jésus, voilà les idées dominantes de l'auteur. Si Polycarpe n'est pas cet auteur, on peut dire au moins que, ressuscitant quelques années après sa mort et voyant les pages qu'on lisait sous son nom, il n'eût pas protesté et eût trouvé même qu'on avait assez bien interprété son esprit. Irénée, à Lyon, put y être trompé comme tout le monde, si erreur il y eut. Il reconnut dans ce morceau le caractère parfait de la foi et de l'enseignement de son maître*.
Polycarpe, dans ces années d'extrême vieillesse, fut comme le président des Églises d'Asie. De graves
i. Comp. Polyc, 2, 4, 7, 9, à Clém., 1, o, 7, 9, 43, 24.
2. § 3. Comp. pseudo-Ign., ^/îA.^i 2; Clém. Rom., Ad Cor. Ij 47.