Eus., H. E.j V, xxm
450 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 154]
immédiats de Jésus lui donnait une immense autorité. II alléguait, selon sa coutume, renseignement des apôtres, dont il se disait le dernier auditeur vivant, et maintenait comme unique règle de foi la tradition remontant par une chaîne non interrompue à Jésus lui-même. II ne s'interdisait aucune rudesse. Un jour, il rencontra dans un lieu public un homme pour lequel mille raisons auraient du lui commander des égards, Marcion lui-même. « Ne me reconnais-tu pas? lui dit celui-ci. — Oui, répondit Tardent vieillard, je reconnais le premier-né de Satan*. » Irénée n'a pas assez d'admiration pour cette réponse, qui montre combien la pensée chrétienne s'était déjà, rapetissée. Jésus disait bien plus sagement : « Qui n'est pas contre vous est pour vous. » Est-on jamais bien sur de n'être pas soi-même le premier-né de Satan? Combien il est plus sage, au lieu d'anathématiser dès l'abord celui qui marche dans d'autres voies que vous, de s'appliquer à découvrir en quoi il peut avoir raison, par quel biais il envisage les choses et s'il n'y a pas dans sa manière de voir quelque part de vérité qu'on doive s'assimiler !
Mais ce ton d'assurance a sur les gens de demicullure une grande efficacité. Beaucoup de valenti-