Protév., ch
[An 160] L'ÉGLISE CHRÉTIENNE. 511
et dans Matthieu sont d'habiles pastiches de ce que racontaient les anciens livres et les agadas modernes sur la naissance de Samuel, de Samson, de Moïse, d'Abraham, d'Isaac. Il y avait pour ces sortes de récits, introduction habituelle de l'histoire de tous les grands hommes, des espèces de lieux communs, toujours les mêmes, des topiques de pieuses inventions. L'enfant destiné à un rôle extraordinaire devait être né de parents vieux, longtemps stériles, « afin de montrer qu'il était un don de Dieu, et non le fruit d'une passion désordonnée » \ On croyait que la puissance divine éclatait mieux en l'absence des moyens humains. Fruit d'une longue attente et de prières assidues, le futur grand homme était annoncé par un ange, à quelque moment solennel. Il en fut ainsi pour Samson, pour Samuel. Selon Luc, Jean- Batiste naquit dans des conditions analogues* On supposa qu'il en avait été de même pour Marie. Sa naissance, comme celle de Jean et de Jésus, fut précédée d'une Annonciation, avec accompagnement de prières, de cantiques. Anne * et Joachim sont le pendant exact d'Elisabeth et Zacharie. On remonta même au delà, et on broda sur l'enfance
4. Proiév,, ch. 3; Cf. les Évangiles, p. 189. 2. Ce nom est évidemment empruntera la légende de Samuel (Protév,, 6, 7).
512 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 160]
d'Anne ^ Cette application rétrospective des procédés de la légende évangélique devint une source féconde de fables, répondant aux besoins sans cesse renaissants de la piété chrétienne. On ne pouvait plus se figurer Marie, Joseph et leurs ascendants comme des personnages ordinaires. Le culte de la Vierge, qui devait prendre plus tard des proportions si énormes, faisait déjà invasion de tous les côtés.
Une foule de détails, parfois puérils, toujours conformes aux sentiments du temps, ou susceptibles de lever les difficultés que présentaient les anciens Evangiles, se répandirent par ces compositions, d'abord non avouées, ou même blâmées, mais qui finissaient bientôt par avoir raison. La caverne de la Nativité se compléta; le bœuf et l'âne y prirent définitivement place ^ On se figura Joseph comme un veuf, âgé de quatre-vingts ans, simple protecteur de Marie; on voulut que celle-ci fut restée vierge après comme avant la naissance de Jésus. On la fit de race royale, sacerdotale, descendante à la fois de David et de Lévi^ On ne put se figurer qu'elle fut morte comme une simple femme; on parlait déjà de son enlèvement
1. Pseudo-Matthieu, De oriuB. M. V., ch. 4 ; Leroux de Lincy, Livre des légendes j p. 27.