‹ L'Antechrist (volume 5)Chapitre 35 sur 373 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LES ECRITS JOHAXXIQCES.

C'est vers ce temps, à ce qu'il semble* qu'on entendit parler pour la première fois d'un livœ mystérieux, dont les adeptes faisaient un cas extraordinaire; c'était un nouvel Evangile, très-supérieur, disait-on, à ceux que l'on connaissait, un Évangile spirituel, aussi élevé au-dessus de Marc et de Matthieu que l'esprit est au-dessus de la matière. Cet Évangile venait de Tapôtre le plus aimé de Jésus, de ce Jean qui, ayant été dans son intimité S savait naturellement bien des choses que les autres avaient ignorées, et même rectifiait sur beaucoup de points la manière dont ils avaient présenté les faits. Le texte en question tranchait, en effet, fortement sur la simplicité des premiers récits évangéliques; il affichait des pré-

. 4. V. Vie de Jésus, p. 537-538, 13« édit. et suiv.

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tentions bien plus hautes, et sûrement, dans l'intention de ceux qui le propageaient, il était destiné à remplacer les humbles vies de Jésus dont on s'était contenté jusque-là. L'historien, dont on parlait encore avec mystère, levait reposé sur la poitrine du maître et seul avait connu les secrets divins de son cœur. Le nouveau livre venait d'Ephèse *, c'est-à-dire de l'un des principaux foyers de l'élaboration dogmatique de la religion chrétienne. Nous avons admis comme possible le système d'après lequel Jean aurait passé sa vieillesse dans cette ville et y aurait fini se& jours-. Il est certain, du moins, qu'il y eut de bonne heure à Ephèse un parti qui s'empara de l'apôtre Jean et fit tous ses eflbrts pour le grandir. Paul avait ses Eglises, fortement attachées à sa mémoire. Pierre et Jacques avaient aussi leur famille d'adoption spirituelle. On voulut qu'il en eût été de même pour Jean ; on désira l'égaler à Pierre; on soutint même,, au détriment de ce dernier, que, dans beaucoup de

4. Cela résulte avec probabilité du passage de Papias, dans Eus., H. £.^111, 39. Les relations, personnelles ou non, de Papias avec Presbytéros Joannes et Arislion portent à placer ces deux personnages, comme les filles de Philippe, en Asie. Or il est diffielle de ne pas établir un lien entre ce Presbytéros et l'auteur d& la 2° et de la 3« épître pseudo-johannique. Le rapport de ces écrits avec Féphésien Cérinthe paraît aussi bien- vraisemblable.

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cas, il avait eu la première place dans l'histoire évangélique*; et, comme les Évangiles existants n'appuyaient pas suffisamment cette prétention, on put recourir à une de ces fraudes pieuses qui alors ne causaient de scrupules à personne. Ainsi s'explique comment c'est d'Éphèse que l'on voit émerger obscurément, peu après la fin de Tâge apostolique, une classe de livres destinée à obtenir plus tard, dans la théologie chrétienne, un rang supérieur à toutes les autres pages inspirées.

Que Jean ait écrit lui-même ces ouvrages, c'est ce que l'on ne saurait plus admettre*. Qu'on les ait écrits autour de lui, dans sa vieillesse et avec son agrément, cela même est fort douteux. Ce qui paraît le plus probable, c'est qu'un disciple de l'apôtre, dépositaire de plusieurs de ses souvenirs, se crut autorisé à parler en son nom et à écrire, vingt-cinq ou trente ans après sa mort, ce que l'on regrettait qu'il n'eût pas lui-même fixé de son vivant'. Ephèse, en

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