Y. V Antéchrist, p. 522 et suiv
soient produits, malgré la Legio J« Fretensis, qui campait sur les ruines, on ne saurait supposer que ces essais aient été jusqu'à donner à la place une importance militaire quelconque.
Il est très-vrai que beaucoup de savants, à Topinion desquels nous nous rangeons, pensent que la restauration de Jérusalem, sous le nom d'iËlia Gapitolina, commença dès l'an 122 à peu près. Ce n'est guère aux' adversaires de notre thèse à faire valoir cet argument, puisque presque tous admettent qu'iËlia Gapitolina ne commença à être bâtie qu'après la dernière destruction de Jérusalem par Adrien. Mais n'ipiporte. Si, comme nous le croyons, iElia Gapitolina avait environ dix ans d'existence lorsqu^éclata la révolte de Bar-Goziba, vers 133, comment concevoir que les Romains aient eu besoin de la prendre? iËlia ne devait pas encore avoir de murs capables de soutenir un siège. Gomment d'ailleurs supposer que la Legio X« Fretensis ait quitté ses positions, en sachant qu'elle serait obligée de les reconquérir? On dira peut-être que pareille chose eut lieu sous Néron, quand Gessius Florus abandonna Jérusalem; mais la situation était toute différente. Gessius Florus
se trouvait au milieu d'une grande ville en révolution. La Legio X^ Fretensis eût été au milieu d'une population de vétérans et de colons S tous favorables à la cause romaine. Sa retraite ne s'expliquerait en aucune façon, et le siège qui aurait suivi eût été un siège en quelque sorte sans objet.
Quand on examine les textes, trop rares, qui sont relatifs à la guerre d'Adrien, on arrive à faire une distinction capitale. Lés textes vraiment historiques, non seulement
1. 'AXXoçuXouç. Dion Cass., LXIX, 12. Cf. Elisèbe, Theoph,, 9.
ne parlent pas d'une prise et d*une destruction de Jérusalem, mais, par la façon dont ils sont conçus, ils excluent un tel événement. Les textes oratoires et apologétiques, au contraire, où la seconde révolte des Juifs est rapportée, non ad narrandum, sed ad probandum, pour servir aux raisonnements et aux déclamations du prédicateur ou du polémiste, impliquent tous que les choses se sont passées sous Adrien comme elles se passèrent sous Titus. Il est clair que c'est la première série de textes qui mérite la préférence. La critique a renoncé depuis longtemps à tirer la précision de documents conçus dans un style dont l'essence est d'être inexact.
Les textes historiques se réduisent malheureusement à deux, dans la question qui nous occupe ; mais tous deux sont excellents. C'est d'abord le récit de Dion Cassius* qui paraît n'avoir pas été ici abrégé par Xiphilin ; c'est en second lieu celui d'Eusèbe, qui copie Ariston de Pella, écrivain contemporain des événements et vivant très-près du théâtre de la guerre 2. Ces deux récits sont bien concordants entre eux. Ils ne disent pas un mot d'un siège ni d'une destruction de Jérusalem. Or un lecteur attentif des deux récits ne peut admettre qu'un tel fait eût passé inaperçu. Dion Cassius est très-détaillé ; il sait que ce fut la construction d'iËlia Capitolina qui donna occasion à la révolte; il donne très-bien le caractère de la guerre, qui fut d'être une guerre de petites villes, de bourgs fortifiés, de travaux souterrains, ou guerre rurale, s'il est permis de s'exprimer ainsi ; il insiste sur des faits aussi secondaires que la ruine du prétendu tombeau de Salomon. Comment est-il possible qu'il