Voir ci-dessus, p. 203 et suiv
2. Modifier en ce sens ce qui est dit dans V Antéchrist, p. 273-274.
3. Ne serait-ce'pas Éléazar, frère de Juda et de Simon Macchabée? Sur une monnaie, on trouve d*un côté Eléazar hac-cohen, de Tautre Siméon ou plutôt VW,
sont trop fréquentes pour qu'on y puisse voir de simples fautes. Quant à la seconde, la disposition des lettres, dans beaucoup de cas, est telle qu'on ne saurait supposer que deux lettres finales aient disparu. Il n'est pas impossible que cette altération du nom de Siméon ait été faite exprès pour impliquer une prière : « Exauce » ou « Exauce-nous. » C'est, en tout cas, contre toute vraisemblance qu*on voit dans ce nom de Simèon le vrai nom de Bar-Coziba. Comment ce nom royal du faux Messie, inscrit sur un abondant monnayage, serait-il resté inconnu à saint Justin, à Ariston de Pella, aux talmudistes, qui parlent justement de la monnaie de Bar-Coziba*? Encore moins peut-on y voir quelque président du sanhédrin, dont Bar-Coziba aurait reconnu l'autorité *.
Ainsi, de toutes les manières, on arrive à croire que le monnayage de Bar-Coziba n'a consisté qu'en surfrappes, faites djins un motif religieux, et que les types que portent xes surfrappes étaient d'anciens types juifs, dont on ne saurait rien conclure pour la révolte du temps d'Adrien, Par là sont levées quelques-unes des/énormes difficultés que présente la numismatique juive : 1® ces personnages inconnus à l'histoire ou ces révolutionnaires qui auraient battu monnaie comme des souverains; 2» l'invraisemblance qu'il y a à ce que de misérables révoltés aient fait des émissions monétaires aussi belles et aussi considérables ; 3® l'emploi de ce caractère hébreu archaïque, qui était tout à fait hors d'usage au ii« siècle de notre ère; en supposant qu'on eût affecté de revenir au caractère national, on ne lui
1. Tosifta Maaser schéni, i; Talm. de Jér., Maaser schéni, i, 2; Talm. de Bab., Baba kama, 97 6.
2. Derenbourg, Palestine, p. 424; de Saulcy, Sept siècles de Vhist, jud., p. 395.
eût pas donné des formes si grandes et si belles ; l\^ la forme du temple tétrastyle, surmonté d'une étoile^. Cette forme ne répond ni peu ni beaucoup à la forme du temple d'Hérode. Or on sait le scrupule que prenaient les monétaires anciens de figurer exactement la physionomie du temple principal de la ville, d'en rendre le caractère par des traits sommaires, il est vrai, mais très-expressifs. Le temple des monnaies juives, au contraire, sans fronton triangulaire, et avec sa porte d'un goût singulier, peut représenter le second temple, celui du temps des Macchabées, qui paraît avoir été assez mesquin.
Si Ton repousse cette hypothèse et que l'on maintienne à la seconde révolte les types qui portent reflSgie du temple et Tère de u la liberté de Jérusalem », nous dirons • que la délivrance de Jérusalem et la reconstruction du temple étaient l'objet unique des révoltés. Il n'est pas impossible qu'ils aient fait figurer ces deux idées sur leurs monnaies avant qu'elles fussent réalisées. On prenait pour accompli le fait auquel on aspirait avec tant d'efforts. Béther, d'ailleurs, était une sorte de Jérusalem provisoire, un asile sacré d'Israël*.
La numismatique des croisades présente, du reste, identiquement le même phénomène. Après la perte de Jérusalem, en effet, Tautor^té latine, transportée à Saint- Jean-d'Acre, continua de frapper des monnaies portant l'effigie du saint Sépulcre, avec les légendes + SEPVLCHRI : DOMINl ou REX lERLM. Les monnaies de Jean de Brienne, qui ne posséda jamais Jérusalem, présentent aussi l'image du saint Sépulcre. « Ce type éminemment caractéristique, dit M. de Vogué, semble être de la part des rois dépossé-
1. Saulcy, Num. jud,, pi. xi et iiv; Madden, p. 164, 170, 171.
2. Comparez le Governo délia liber ta di Siena in Montalcino.
dés une protestation contre l'invasion et un maintien de leurs droits dans l'infortune et dans Texil ^ » 11 y eut de même des monnaies à la légende TVRRIS DAVIT, frappées longtemps après la prise de Jérusalem par les musulmans^.
En toute hypothèse, il faut admettre que beaucoup des monnaies juives de la seconde révolte ont été frappées hors de Jérusalem. Tout le monde, en effet, accorde que, si les révoltés ont été maîtres de Jérusalem, ils en ont été assez vite chassés. Or, on trouve des monnaies de la seconde et de la troisième année de la révolte. M. Cavedoni expliquait par cette différence de situation la différence des légendes bii^w nnnS et oSwn^ minS, la seconde, seule, répondant à répoque où les révoltés étaient maîtres de Jérusalem. Quoi qu'il en soit, la possibilité d'un monnayage fabriqué à Béther est mise hors de doute.
Qu'à un moment de la révolte, et au milieu des nombreux incidents de guerre qui remplirent deux ou trois années, les révoltés aient occupé iElia et en aient été bientôt chassés; que l'occupation de Jérusalem, en un mot, ait été un épisode court de ladite guerre, cela est strictement possible ; c'est peu probable cependant. La Legio X^ Fretensis, que Titus avait mise pour garder les ruines, y reste au ii% au m* siècle et jusqu'aux temps du bas empire, comme si rien ne s'était passé dans l'intervalle '. Si les révoltés avaient été un jour maîtres de l'espace sacré, ils s'y fussent cramponnés avec fureur; de toutes parts ils y fussent accourus ; tous les combattants de Judée
1. Vogûé, Revue numismatique, 1865, p. 296etsuiv.; Schlumberger, Revue archéol, 1878, p. 180 et suiv.
2. Schlumberger, les Principautés franques du Levant, p. 32 et suiv.
3. Clermont-Ganneau, dans les Comptes rendus de l'Académie des inscr,, p. 162, 163, 167 et suiv.
au moins s'y fussent portés ; le fort de la guerre eût été là; le temple eût été relevé, le culte rétabli; là se fût livrée la dernière bataille, et, comme en 70, les fanatiques se fussent fait massacrer sur les ruines du temple ou du moins sur son emplacement. Or il n'en est rien. La grande opération poliorcétique a lieu à Béther, près de Jérusalem; nulle trace de lutte sur remplacement du temple; dans la tradition juive, pas un souvenir d'un quatrième temple ni d'une reprise des cérémonies.
Il semble donc bien que, sous Adrien, Jérusalem ne subit pas de siège sérieux et ne traversa pas de nouvelle destruction. Qu'aurait-on détruit, je le répète? Dans l'hypothèse où Elia ne commence à exister qu'en 136, après la fm de la guerre, on aurait détruit un champ de ruines. Dans Thypothèse où iElia date de 122 ou à peu près, on aurait détruit les commencements de la ville nouvelle que les Romains voulaient substituer à l'ancienne. A quoi bon une telle destruction, puisque, loin d'abandonner le projet d'une nouvelle Jérusalem profane, les Romains en reprennent ridée, à partir de cette époque, avec plus de vigueur que jamais? Ce qu'on a légèrement répété sur la charrue que les Romains auraient fait passer sur le sol de la ville et du temple n'a pour bases que de prétendues traditions juives, rapportées par le Talmud* et saint Jérôme*, où Ton a confondu Terentius Rufus, qui fut chargé par Titus de démolir Jérusalem', avec Tineius Rufus, le légat impérial du temps d'Adrien. Ici encore, Terreur est venue du mirage historique qui a fait transporter à la guerre d'Adrien, dont on sait peu de chose, les circonstances beaucoup mieux con-
i, Mischna Taanith., it, 6, et les Gémares correspondantes.