‹ L'Antechrist (volume 5)Chapitre 53 sur 373 · Canon de Muratori, lignes 3 et suiv.; Irénée, III, i · texte numérisé non relu

Canon de Muratori, lignes 3 et suiv.; Irénée, III, i

74 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 126]

trième Évangile, né le dernier, frelaté à tant d'égards, où des tirades philonîennes étaient substituées aux vrais discours de Jésus, met plus d'un demi-siècle à se faire sa place; puis il triomphe sur toute la ligne. Il était si commode, pour les besoins de la théologie et de l'apologétique du temps, au lieu d'une petite histoire tout humaine d'un prophète juif de Galilée, d'avoir une sorte de drame métaphysique, échappant aux objections qu'un Celse préparait* déjà ! Le Verbe divin au sein de Dieu ; le Verbe créant toute chose ; le Verbe se faisant chair, habitant parmi les hommes, si bien que certains mortels privilégiés ont eu le bonheur de le voir, de le toucher de leurs mains M Vu la tournure spéciale de l'esprit grec, qui, de si bonne heure, s'empara du christianisme, cela paraissait bien plus sublime. On pouvait tirer de là toute une théologie dans le goût de Plotin. La fraîcheur de l'idylle gah'léenne , éclairée par le soleil du royaume de Dieu, était peu goûtée des vrais Hellènes. Ils devaient préférer un Évangile où le rêve était transporté dans le monde des abstractions, et d'où la croyance à une prochaine fin du monde était bannie. Ici, plus d'apparition matérielle dans les nuées, plus de paraboles, plus de possédés,

i. Évangile et Èpître, init.

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plus de royaume de Dieu, plus de Messie juif, plus de millénarisme, plus même de judaïsme. Le judaïsme est oublié, condamné; « les juifs » sont des méchants, des ennemis de la vérité. Ils n'ont pas voulu recevoir le Verbe, qui est venu chez eux*. L'auteur ne veut plus rien savoir d'eux, sinon qu'ils ont tué Jésus, de même que, pour les schiites persans, le nom d'Arabe est synonyme d'impie, de mécréant, puisque ce sont des Arabes qui ont tué les plus saints entre les fondateurs de l'islam ^

Ce qui est le défaut littéraire du quatrième Evangile fera de la sorte son caractère universel. Cet Evangile débarrasse le christianisme d'une foule d'attaches originelles; il lui permet la^chose la plus essentielle aux créations qui veulent vivre, l'ingratitude envers ce qui a précédé. L'auteur croit sérieusement qu'aucun prophète n'est sorti de Galilée^. La métaphysique chrétienne, déjà ébauchée dans Pépître aux Colossiens et dans l'épître dite aux Éphésiens, est achevée dans le quatrième Evangile. Ce sera l'Evangile cher à tous ceux qui, humiliés de ce fait que Jésus a été un juif, ne voudront entendre parler ni de judéo-

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