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Suétone, Néron, 20, 29, 30; Dion Cassius, LXI

[An 64] L'ANTECHRIST. 127

le dilettante menaçait les gens de la torture s'ils n'admiraient ses vers. Un monomane grisé par la gloriole littéraire, qui tourne les belles maximes qu'on lui a fait apprendre en plaisanteries de cannibale, un gamin féroce visant aux applaudissements des turlupins de carrefour, voilà le maître que l'empire subissait. On n'avait pas encore vu de pareille extravagance. Les despotes de l'Orient, terribles et graves, n'eurent point de ces fous rires, de ces débauches d'esthétique perverse. La folie de Galîgula avait été courte; ce fut un accès, et puis Caligula était surtout un bouffon; il avait vraiment de l'esprit; au contraire, la folie de celui-ci, d'ordinaire niaise, était parfois épouvantablement tragique. Ce qu'il y avait de plus horrible était de le voir, par manière de déclamation, jouer avec ses remords, en faire des matières de vers. De cet air mélodramatique qui n'appartenait qu'à lui, il se disait tourmenté par les Furies, citait des vers grecs sur les parricides. Un dieu railleur paraissait l'avoir créé pour se donner l'horrible charivari d'une nature humaine où tous les ressorts grinceraient, le spectacle obscène d'un monde épileptique, comme doit être une sarabande des singes du Congo ou une orgie sanglante d'un roi du Dahomey.

A son exemple, tout le monde semblait pris de

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vertige. Il s'était formé une compagnie d'odieux espiègles, qu'on appelait les « chevaliers d'Auguste », ayant pour occupation d'applaudir les folies du césar, d'inventer pour lui des farces de rôdeurs de nuit *. Nous verrons bientôt un empereur sortir de cette ^cole*. Un déluge d'imaginations de mauvais goût, de platitudes , de mots prétendus comiques, un argot nauséabond, analogue à l'esprit de nos plus petits journaux, s'abattirent sur Rome et y firent la mode*. Caligula avait déjà créé ce genre funeste d'histrion impérial. Néron le prit hautement pour modèle*. Ce ne fut pas assez pour lui de conduire des chars dans le cirque, de s'égosiller en public, de faire des tournées de chanteur en province^ ; on le vit pêcher avec des filets d'or, qu'il tirait avec des cordes de pourpre*, dresser lui-même ses claqueurs, mener de faux triomphes, se décerner toutes les couronnes de la

\. Pline, H. N., XIII, xxii (43).

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