‹ L'AntechristChapitre 117 sur 397 · Juvénal, Sat., i, init.; Martial, Spectac · texte numérisé non relu

Juvénal, Sat., i, init.; Martial, Spectac

3. Nous ne prétendons pas trancher la question de la date de cet ouvrage; mais c'est vers le temps où nous sommes qu'on commence d'y voir un chef-d'œuvre sans égal. Pline, H. N., XXXVI, V (4). Cf. Overbeck, Die antiken Schriftquellen zur Gesch. der bild Kûnste, p. 391-392; H. Brunn, Gesch. der griech. Kûnst- 1er, I, p, 469 et suiv., 495 et suiv.

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nante de beauté; on voulait l'image de la torture physique; on s'y complaisait, comme le xvii^ siècle dans un marbre de Puget. Les sens étaient usés; des ressources grossières, que les Grecs s'étaient à peine permises dans leurs représentations les plus populaires, devenaient l'élément essentiel de l'art. Le peuple était, à la lettre, affolé de spectacles, non de spectacles sérieux, de tragédies épurantes, mais de scènes à effet, de fantasmagories. Un goût ignoble de « tableaux vivants » s'était répandu. On ne se contentait plus de jouir en imagination des récits exquis des poètes ; on voulait voir les mythes représentés en chair, dans ce qu'ils avaient de plus féroce ou de plus obscène ; on s'extasiait devant les groupes, les attitudes des acteurs; on y cherchait des effets de statuaire. Les applaudissements de cinquante mille personnes, réunies dans une cuve immense, s' échauffant réciproquement, étaient chose si enivrante , que le souverain lui-même en venait à porter envie au cocher, au chanteur, à l'acteur ; la gloire du théâtre passait pour la première de toutes. Pas un seul des empereurs dont la tête eut quelque partie faible ne sut résister à la tentation de cueillii îes couronnes de ces tristes jeux. Galigula y avail laissé le peu de raison qu'il eut en partage ; il pas* sait la journée au théâtre à s'amuser avec lel

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oisifs * ; plus tard , Commode , Caracalla disputeront à Néron sur ce point la palme de la folie. On fat obligé de faire des lois pour défendre aux sénateurs et aux chevaliers de descendre dans l'arène, de lutter eomme gladiateurs, ou de se battre contre les bêtes. Le cirque était devenu le centre de la vie; le reste du monde ne semblait fait que pour les plaisirs de Rome, C'étaient sans cesse de nouvelles inventions plus étranges les unes que les autres, conçues et ordonnées par le chorége souverain. Le peuple allait de fête en fête, ne parlant que de la dernière jour^ née% attendant celle qu'on lui promettait, et finissait par être très-attaché au prince qui faisait ainsi de sa vie une bacchanale sans fin. La popularité que Néron obtint par ces honteux moyens ne saurait être mise en doute; elle suffit pour qu'après sa mort Othon ait pu arriver à l'empire en relevant son souvenir, en l'imitant, en rappelant que lui-même avait été l'un •des mignons de sa coterie.

On ne peut pas dire précisément que le mal* heureux manquât de cœur, ni de tout sentiment du bien et du beau. Loin d'être incapable d'amitié, il

<. Suétone, Caius, 18.

2. Voir les épigrammes de Martial, surtout le Liber de spee^ taculis, qui représentent à beaucoup d'égards les petits journaux du temps.

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se montrait souvent bon camarade, et c'était là justement ce qui le rendait cruel ; il voulait être aimé et admiré pour lui-même, et s'irritait contre ceux qui n'avarient pas envers lui ces sentiments. Sa nature était jalouse, susceptible, et les petites trahisons le mettaient hors de lui. Presque toutes ses vengeances s'exercèrent sur des personnes qu'il avait admises dans son cercle intime (Lucain, Vestinus), mais qui abusèrent de la familiarité qu'il encourageait pour le percer de leurs railleries*; car il sentait ses ridicules et craignait qu'on ne les vît. La principale cause de sa haine contre Thraséas fut qu'il désespéra d'obtenir son affection \ La citation grotesque du mauvais hémistiche

Sub terris tonuisse putes

perdit Lucain \ Sans se priver jamais des services d'une Gai via Grispinille% il aima vraiment quelques femmes; et ces femmes, Poppée, Acte, l'aimèrent. Après la mort de Poppée, arrivée par sa brutalité, il eut une sort( de repentir des sens presque touchant ; il fut long-

i. Tacite, A7m., XV, 68.

2. Plutarque, Prœc. ger. reip., xiv, iO. Comp. Tacite, Ann XVI, n ; Dion Cassius, LXII, 26.

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