Nous l'avons montré à propos d'Aquila et de Priscille,J
supplice comme par miracle, aura quitté la ville sans délai; dès lors on peut trouver naturel qu'il se soit réfugié en Asie. Gomme presque toutes les données relatives à la vie des apôtres, les traditions sur le séjour de Jean à Éphèse sont sujettes au doute; elles ont cependant aussi leur côté plausible, et nous inclinons plutôt à les admettre qu'à les rejeter*.
1 . Le principal argument se tire de l'Apocalypse. Si le livre est de Jean l'apôtre, la chose est certaine. Si le livre est de quelqu'un qui a voulu le faire passer pour un ouvrage de Jean l'apôlre (on suppose alors l'apôtre mort avant 68 ; car un tel faux n'est guère admissible de son vivant), on est frappé de la circonstance que la vision de l'apôtre est censée avoir lieu à Patmos, endroit où l'on ne s'arrêtait qu'en allant en Asie ou en revenant d'Asie; il est remarquable surtout que le faussaire fait parler l'apôtre aux Églises d'Asie comme ayant autorité sur elles et connaissant leurs plus intimes secrets. Conçoit-on l'effet qu'eussent produit les trois premiers chapitres sur des gens qui savaient parfaitement que l'apôtre Jean n'avait jamais été à Patmos ni chez eux?- Denys d'Alexandrie (dans Eus., H. E., VU, 25) a bien vu cela, et pose en principe que l'auteur de l'Apocalypse ne peut être qu'un des hommes apostoliques qui ont été en Asie. Reste l'hypothèse où l'Apocalypse serait l'ouvrage d'un homonyme de Tapôtre Jean, hypothèse de toutes la plus invraisemblable. — Les témoignages directs sur le séjour de Jean à Éphèse sont du dernier quart du second siècle,. Apollonius, d'après Eusèbe, H. E.^V, 18; Polycrate, évêque d'Éphèse (circonstance à noter), dans Eus., III, SI; V, 24; Irénée, Adv. hœr., II, xxii, 5 ; III, i, 1 ; m, 4 ; xi, 4 ; V, XXVI, 1 ; XXX, 1, 3; xxxiii, 4; lettre à Victor (Kuh., //. E., V, 24), et surtout lettre à Florinus (Eus., //. E., V, 20), morceau capital dans la question, dont l'authenticité n'est guère douteuse, depui.s
208 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 64)
L'Église d'Éphèse était mixte ; une partie devait la foi à Paul; une autre était judéo-chrétienne. Celte dernière fraction dut prendre la prépondérance par l'u-rrivée de la colonie romaine, surtout si ladite colonie amenait avec elle un compagnon de Jésus, un docteur hiérosolymite , un de ces maîtres illustres devant lesquels Paul lui-même s'inclinait. Jean était, depuis la mort de Pierre et de Jacques, le seul apôtre de premier ordre qui vécût encore; il était devenu le chef de toutes les Églises judéochrétiennes; un respect extrême s'attachait à lui; on se prit à croire (et sans doute l'apôtre lui-même le disait) que Jésus avait eu pour lui une affection particulière. Mille récits se fondaient déjà sur cette
que M. Waddington a fixé le martyre de Polycarpe au 23 février 155 [Mém. de VAcad. des inscr., t. XXVI, i'"" partie, p. 233 etsuiv.); Clément d'Alex., Quis dives salvelur, 42; Origène, in Mallh., t. XVI, 6, et 0pp., Il, p. 24 A, édit. Delarue; Denys d'Alexandrie, dans Eusèbe, H. E,, VII, 25; Eusèbe, H. E., III, 'I, 48, 20, 23, 31,39; V, 24; C/irow., à l'an 98; Épiph., hœr. lxxviii, 11 ; Mart. de saint Ignace, 1, 3; saint Jérôme, De viris ill., 9, Adv. Jovin.j I, 26, et sur Gai., vi. L'omission de la mention de ce séjour dans Papias (cf. Eus., H. E., III, 39, rectifiant Chron., à l'an 98, contre Irénée), dans Hégésippe et dans les épîtres attribuées à saint Ignace, est sûrement un fait grave. Les confusions qui paraissent avoir été très-anciennement faites entre l'apôtre Jean et un certain Presbyteros Johannes laissent aussi planer deï doutes sur tout ceci. V^oir l'appendice, à la fin du volume.
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donnée; Éphèse devenait pour un temps le centre de la chrétienté, Rome et Jérusalem étant, par suite de la violence des temps, des séjours presque interdits au culte nouveau.
La lutte fut bientôt vive entre la communauté judéo-chrétienne, présidée par l'ami intime de Jésus, et les familles de prosélytes créées par Paul. Cette lutte s'étendit à toutes les Églises d'Asie^ Ce n'étaient que déclamations acerbes contre ce Balaam, qui avait semé le scandale devant les fils d'Israël, qui leur avait appris qu'on pouvait sans crime communier avec les païens, épouser des païennes. Jean, au contraire, était de plus en plus considéré comme un grand prêtre juif^ De même que Jacques, il porta le pélalon^ c'està-dire la plaque d'or sur le front\ Il fut le docteur par excellence; on s'habitua même, peut-être par suite de l'incident de l'huile bouillante, à lui donner le titre de martyr*.