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On trouva le brouillon après sa mort. Suétone, Néron

3ie ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 68]

chambre. Il sort, frappe à diverses portes, personne ne répond. Il rentre, veut mourir, demande le myrmillon Spiculus, brillant tueur, une des célébrités de l'amphithéâtre. Tout le monde s'écarte. Il sort de nouveau, erre seul dans les rues, va pour se jeter dans le Tibre, revient sur ses pas. Le monde semblait faire le vide autour de lui. Phaon, son affranchi, lui offrit alors pour asile sa villa située entre la. voie Salaria et la voie Nomentane, vers la quatrième borne milliaire^ Le malheureux, à peine vêtu, couvert d'un méchant manteau, monté sur un cheval misérable, le visage enveloppé pour n'être pas reconnu, partit accompagné de trois ou quatre de ses affranchis, parmi lesquels étaient Phaon, Sporus, Épaphrodite, son secrétaire. Il ne faisait pas encore jour ; en sortant par la porte Colline, il entendit au camp des prétoriens, près duquel il passait, les cris des soldats qui le maudissaient et proclamaient Galba. Un écart de son cheval, amené par la puanteur d'un cadavre jeté sur le chemin, le fit reconnaître. Il put cependant atteindre la villa de Phaon, en se glissant à plat ventre sous les broussailles et en se cachant derrière les roseaux.

1. Environ une lieue et demie. La villa de Phaon devait être un peu au delà de l'Anio, entre le ponte Nomentano et le ponte SalarOj sur la via Patinaria. Platner et Bunsen, Beschreibung der Stadt Rom, III, 2« partie, p. 455; cf. I, p. 675.

(An 68] L'ANTECHRIST. 311

Son esprit drolatique, son argot de gamin ne l'abandonnèrent pas. On voulut le blottir dans un trou à pouzzolane comme on en voit beaucoup en ces parages. Ce fut pour lui Toccasion d'un mot à effet! « Quelle destinée! dit- il; aller vivant sous terre! » Ses réflexions étaient comme un feu roulant de citations classiques, entremêlées des lourdes plaisanteries d'un bobèche aux abois. Il avait suf chaque circonstance une réminiscence littéraire, une froide antithèse : « Celui qui autrefois était fier de sa suite nombreuse n'a plus maintenant que trois affranchis. » Par moments, le souvenir de ses victimes lui revenait , mais n'aboutissait qu'à des figures de rhétorique, jamais à un acte moral de repentir. Le comédien survivait à tout. Sa situation n'était pour lui qu'un drame de plus, un drame qu'il avait répété. Se rappelant les rôles où il avait figuré des parricides, des princes réduits à l'état de mendiants, il remarquait que maintenant il jouait tout cela pour son compte, et chantonnait ce vers qu'un tragique avait mis dans la bouche d'OEdipe :

Ma femme, ma mère, mon père Prononcent mon arrêt de mort *•

Incapable d'une pensée sérieuse, il voulut qu'on creu-

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