Dion Cassius, LXIII, 28 (cf. Suét., Néron
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sât sa fosse à la taille de son corps, fit apporter des morceaux de marbre, de l'eau, du bois pour ses funérailles ; tout cela, pleurant et disant : « Quel artiste va mourir! »
Le courrier de Phaon, cependant, apporte une dépêche; Néron la lui arrache. Il lit que le sénat l'a déclaré ennemi public et l'a condamné à être puni « selon la vieille coutume ». — u Quelle est cette coutume? » demande-t-il. On lui répond que la tête du patient tout nu est engagée dans une fourche, qu'alors on le frappe de verges jusqu'à ce que mort s'ensuive, puis que le corps est traîné par un croc et jeté dans le Tibre. U frémit, prend deux poignards qu'il avait sur lui, en essaye la pointe, les resserre, disant que « l'heure fatale n'était pas encore venue ». Il engageait Sporus à commencer sa nénie funèbre, essayait de nouveau de se tuer, ne pouvait. Sa gaucherie, cette espèce de talent qu'il avait pour faire vibrer faux toutes les fibres de l'âme, ce rire à la fois bête et infernal, cette balourdise prétentieuse qui fait ressembler sa vie entière aux miaulements d'un sabbat grotesque, atteignaient au sublime de la fadeur. Il ne pouvait réussir à se tuer. « N'y aurat-il donc personne ici, demanda-t-il, pour me donner l'exemple? » Il redoublait de citations, se parlait en grec, faisait des bouts de vers. Tout à coup on entend
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le bruit du détachement de cavalerie qui vient pour le saisir vivant.
Le pas des lourds chevaux me frappe les oreilles *,
dit-il. Épaphrodite alors pesa sur le poignard et le lui fit entrer dans la gorge. Le centurion arrive presque au même moment, veut arrêter le sang, cherche à faire croire qu'il vient le sauver. « Trop tard! » dit le mourant, dont les yeux sortaient de la tête et glaçaient d'horreur. i( Voilà où en est la fidélité! » ajouta-t-il en expirant*. Ce fut son meilleur trait comique. Néron laissant tomber une plainte mélancolique sur la méchanceté de son siècle, sur la disparition de la bonne foi et de la vertu!... Applaudissons. Le drame est complet. Une seule fois, nature aux mille visages, tu as su trouver un acteur digne d'un pareil rôle.
11 avait beaucoup tenu à ce qu'on ne livrât pas sa tête aux insultes et qu'on le brûlât tout entier. Ses deux nourrices et Acte, qui l'aimait encore, l'ensevelirent secrètement, en un riche linceul blanc, broché d'or, avec le luxe qu'elles savaient qu'il eut aimé. On mit ses cendres dans le tombeau des Domitius,
i. Iliade, X, 535.
2. Suétone, Néron, 40-50; Dion Cassius, LXIII, 22-29; Zonaras, XI, 13; Pline, Hisl nat., XXXVII, ii (40).
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grand mausolée qui dominait la colline des Jardins (le Pincio), et faisait un bel effet du Champ de Mars*. De là son fantôme hanta le moyen âge comme un vampire ; pour conjurer les apparitions qui troublaient le quartier, on bâtit l'église Santa-Maria del popolo.
Ainsi périt à trente et un ans, après avoir régné treize ans et huit mois, le souverain, non le plus fou ni le plus méchant, mais le plus vain et le plus ridicule que jamais le hasard des événements ait porté aux premiers plans de l'histoire. Néron est avant tout une perversion littéraire. Il était loin d'être dépourvu de tout talent, de toute honnêteté, ce pauvre jeune homme, enivré de mauvaise littérature, grisé de déclamations, qui oubliait son empire auprès de Terpnos ; qui, recevant la nouvelle de la révolte des Gaules, ne se dérangea pas du spectacle auquel il assistait, témoigna sa faveur à l'athlète, ne pensa durant plusieurs jours qu'à sa lyre et à sa voix\ Le
4. Pour que Lactance ne connût pas ce monument quand il écrivait son traité De mortibus persecutorum (chap.2 : « ut ne sepulturae quidem locus in terra tam malae bestiae appareret »), il fallait qu'il n'eût pas encore été à Rome. On croit voir de nos jours les traces de la villa des Domitius dans le mur de Rome à l'extrémité Je la promenade du Pincio. (Platner et Bunsen Beschreibung der Sladt Rom, III, 2« partie, p. 569-57'! ,)