Suétone, Néron
I ORIGINES DU CHRISTIANISME. ^Ân Gl]
Grsecina portait au cœur un deuil plus profond et peut-être de mystérieuses espérances. Elle fut remise, selon l'ancienne coutume, au jugement de son mari. Plautius assembla les parents, examina l'affaire en famille et déclara sa femme innocente. Cette noble dame vécut longtemps encore, tranquille sous la protection de son mari, toujours triste, et fort respectée. Il semble qu'elle ne dit son secret à personne*. Qui sait si les apparences que des observateurs superficiels prenaient pour une humeur sombre n'étaient pas la grande paix de l'âme, le recueillement calme, l'attente résignée de la mort, le dédain d'une société sotte et méchante, l'ineffable joie du renoncement à la joie? Qui sait si Pomponia Graecina ne fut pas la première sainte du grand monde, la sœur aînée de Mélanie, d'Eustochie et de Paula'?
Cette situation extraordinaire , si elle exposait l'Église de Rome aux contre-coups de la politique, lui donnait en retour une importance de premier ordre^
il. Tdc, ^ww., XIII, 32.
2. La famille des Pomponius Graecinus, selon certaines hypothèses, aurait eu, durant des siècles, une grande importance dans rÉgliae de Rome; ce nom figurerait au cimetière de Saint-Calliste (inscription du m* ou iv* siècle, d'une restitution douteuse : de Rossi, Roma soUerranea, I, p. 306 et suiv. ; II, p. 360et suiv.> înscr. tav. xlix-l, n*» 27), L'identification de Pomponia
JAn Cl] L'ANTECIIRTST. S
quoiqu'elle fût peu nombreuse*. Rome, sous Néron, ne ressemblait nullement aux provinces. Quiconque aspirait à une grande action devait y venir. Paul avait, à cet égard, une sorte d'instinct profond qui le guidait. Son arrivée à Rome fut dans sa vie un événement presque aussi décisif que sa conversion. l\ crut avoir atteint le sommet de sa vie apostolique, et se rappela sans doute le rêve où, après une de ses journées de lutte. Christ lui apparut et lui dit : a Courage! comme tu m'as rendu témoignage à Jérusalem, tu me rendras témoignage à Rome*. »
Dès qu'on fut près des murs de la ville éternelle, le centurion Julius conduisit ses prisonniers aux castra proetoriana, bâtis par Séjan, près de la voie Nomentane, et les remit au préfet du prétoire ^ Les appelants à l'empereur étaient, en entrant dans Rome, tenus pour prisonniers de l'empereur, et comme tels confiés à la garde impériale*. Les préfets du prétoire étaient d'ordinaire au nombre de deux ; mais à
Graecina avec la Luoina dont le souvenir est rattaché aux plus anciennes sépultures chrétiennes nous paraît plus que hasardée. Il n'y a eu qu'une seule Lucina, celle du ni« siècle.