‹ L'AntechristChapitre 260 sur 397 · Apoc, XVII · texte numérisé non relu

Apoc, XVII

356 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An G9j

de lui seul. Ainsi le publiciste qui a composé le livre de Daniel paraît avoir eu quelque vent de la mort d'Antiochus*. Noire Voyant semble de même posséder des renseignements particuliers sur l'état politique de son temps. Il est douteux qu'il connaisse Othon ; il croit que la restauration de Néron suivra immédiatement la chute de Galba. Ce dernier se montre à lui comme déjà condamné. On est donc à la veille du retour de la Bête. L'imagination ardente de l'auteur lui ouvre alors un ensemble de vues sur « ce qui doit arriver sous peu^ », et ainsi se déroulent les chapitres successifs d'un livre prophétique, dont le but est d'éclairer la conscience des fidèles dans la crise que l'on traverse, de leur révéler le sens d'une situation politique qui troublait les plus fermes esprits, et surtout de les rassurer sur le sort de leurs frères déjà tués. Il faut se rappeler, en effet, que les crédules sectaires dont nous cherchons à retrouver les sentiments étaient à

4 . Commodien peut aussi avoir eu connaissance de la défaite et de la mort de Dèce.

2. Apec, I, 1; XXII, 6. Les juifs du temps étaient très-portés à former de telles conjectures sur la succession des empereurs (rà Tcept Toùç î*w|xa(<ov PaaiXeîç eaojAeva) et sur ce qui devait arriver a chacun d'eux, conjectures tirées des images terribles de leurs songes, co. ibinées avec des passages de l'Écriture. Le talent d'interpréter ces indices obscurs (rà â(X<pi6oXw; Otvo tcQ ôetou Xep'aeva) était fort estimé. C'est ainsi que Josèphe prétendit avoir su d'avance l'avènement des Flavius. Jos., B,J., III, viii, 3.

fAn 69J L'ANTECHRIST. 357

mille lieues des idées de l'immortalité de l'âme, qui sont sorties de la philosophie grecque. Les martyres des dernières années furent une crise terrible pour une société qui tremblait naïvement quand un saint mourait, et se demandait si celui-là verrait le royaume de Dieu^ On éprouvait un besoin invincible de se représenter les fidèles trépassés à couvert et déjà heureux, quoique d'un bonheur provisoire, au milieu des fléaux qui allaient frapper la terre*. On entendait leurs cris de vengeance; on comprenait leurs saintes impatiences ; on appelait le jour où Dieu se lèverait enfin pour venger ses élus.

La forme d' « apocalypse » adoptée par l'auteur n*était pas neuve en Israël. Ézéchiel avait déjà inauguré un changement considérable dans le vieux style prophétique, et on peut en un sens le regarder comme le créateur du genre apocalyptique. A l'ardente prédication, accompagnée parfois d'actes allégoriques extrêmement simples, il avait substitué, sans doute sous l'influence de l'art assyrien, la vision, c'est-àdire un symbolisme compliqué, où l'idée abstraite était rendue au moyen d'êtres chimériques, conçus en dehors de toute réalité. Zacharie continua de marcher dans la même voie ; la vision devint le cadre

i. Cf. Saint Paul, p. 249 et suiv.

Page 1