Apoc, XIV
8S8 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An G9]
obligé de tout enseignement prophétique. L'auteur du livre de Daniel, enfin, par la vogue extraordinaire qu'il obtint, fixa définitivenaent les règles du genre. Le livre d'ïïénoch, l'Assomption de Moïse, certains poëmes sibyllins ^ furent le fruit de sa puissante initiative. L'instinct prophétique des Sémites % leur tendance à grouper les faits en vue d'une certaine philosophie de l'histoire, et à présenter leur pensée individuelle sous la forme d'un absolu divin, leur aptitude à voir les grandes lignes de l'avenir, trouvaient dans ce cadre fantastique de singulières facilités. A toute situation critique du peuple d'Israël
^ . On peut classer ainsi par approximation les spécimens de la littérature apocalyptique que nous possédons ou dont l'existence nous est attestée : 1° livre de Daniel (vers 164 avant J.-C); 2° poëme sibyllin juif (livre III, § 2 et § 4); 3° livre d'Hénoch; 4<» Assomption de Moïse; 5° Apocalypse de Jean; 6° poëme sibyllin de l'an 80 (livre IV); 7° Apocalypse d'Esdras (an 97) ; 8" Apocalypse de Baruch; 9° Ascension d'Isaïe; f 0° divers poëmes sibyllins du second siècle; 11° Apocalypse de Pierre (Canon de Muratori, lignes 70, 71 ; Hilgenfeld, Nov. Test, extra can. rec, IV, 74 et suiv.); W Apocalypse d'un certain Juda, sous Septime-Sévère (Eusèbe, //. E., VI, 7.); IS*' Carmen de Commodien (vers 250). On y peut rattacher le Testament des douze patriarches, et le Pasteur d'Iïermas. Les autres apocalypses publiées par Tischendorf {Apocalypses apocryphœ, Leipzig, 1 866) sont des imitations plus modernes.
2. Voir une lettre d'Abd-el-Kader, sur la future fin de l'islam. Journal des Débats, 14 juillet 1860.
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répondit désormais une apocalypse. La persécution d'Antiochus, l'occupation romaine, le règne profane d'Hérode avaient suscité d'ardents visionnaires. Il était inévitable que le règne de Néron et le siège de Jérusalem eussent leur protestation apocalyptique, comme plus tard les rigueurs de Domitien^ d'Adrien, de Septime-Sévère, de Dèce, et l'invasion des Goths en 250, provoqueront la leur.
L'auteur de cet écrit bizarre, qu'un sort plus bizarre encore destinait à des interprétations si diverses, le composa dans le mystère, y déposa tout le poids de la conscience chrétienne, puis l'adressa sous forme d'épître aux sept principales Eglises d'Asie *. Il demandait que lecture en fût faite, comme c'était l'usage pour toutes les épîtres apostoliques, aux fidèles assemblés ^ Il y avait peut-être en cela une imitation de Paul , qui aimait mieux agir par lettres que de près ^ De telles communications, en tout cas, n'étaient point rares, et c'était toujours la venue du Seigneur qui en faisait l'objet. Des révélations prétendues sur la proximité du dernier jour circulaient sous le nom de divers apôtres, si bien que
i. On a expMqué ci-dessus pourquoi Colosses et Hiérapolis ne figurent pas dans le nombre.