Tacite, llist., V
4C8 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 69]
lions non converties, mais tenues en respect autour des saints. Il ne durera que mille ans ^ Après ces mille ans, il y aura un nouveau règne de Satan, où les nations barbares, que l'Église n'aura pas converties, se feront des guerres horribles et seront sur le point d'écraser l'Église elle-même. Dieu les exterminera, et alors viendront « la seconde résurrection », celle-ci générale, et le jugement définitif, qui sera suivi de la fin de l'univers. C'est la doctrine qu'on a désignée du nom de « millénarisme », doctrine fort répandue dans les trois premiers siècles*, qui n'a jamais pu devenir dominante dans l'Église, mais qui a reparu sans cesse aux diverses époques de son histoire, et s'appuie sur des textes bien plus anciens et bien plus formels que tant d'autres dogmes universellement acceptés. Elle fut le résultat d'une exégèse matériaHste, dominée par le besoin de trouver vraies à la fois les phrases où le royaume de Dieu était présenté comme devant durer « dans les siècles
i. Cette manière de concevoir le règne messianique comme distinct de l'état qui suivra le jugement dernier, et comme antérieur à cet état, se retrouve dans l'Apocalypse d'Esdras, écrite vers l'an 97,
«. Cérinthe, dans Eusèbe, H. E., III, 28; Papias, dansEusèbe, H. E.j m, 39; Justin, Dial. cum Tryphon., 80-81 ; Irénée (voir Eusèbe, III, 39); Tertullien, Contre Marcion, III, 24 ; Lactance, InsliL, VII, 20.
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des siècles », et celles où, pour exprimer la longueur indéfinie du règne messianique, il était dit qu'il durerait (( mille ans » . Selon la règle des interprètes qu'on appelle harmonistes, on mit lourdement bout à bout les données qu'on ne pouvait faire bien coïncider. On fut guidé dans le choix du chiffre mille par une combinaison de passages de psaumes, d'où il semble résulter « qu'un jour de Dieu vaut mille ans* » . Chez les juifs se retrouve aussi la pensée que le règne du Messie sera non pas l'éternité bienheureuse, mais une ère de félicité durant les siècles qui précéderont la fin du monde. Plusieurs rabbins portent, comme l'auteur de l'Apocalypse, la durée de ce règne à mille ans\ L'auteur de l'épître attribuée à Barnabe ^ prétend que, de même que la création a eu lieu en six jours, de même l'accomplissement des destinées du monde se fera en six mille ans (un jour pour Dieu équivalant à mille ans) , et qu'ensuite, de même que Dieu se reposa le septième jour, de même aussi, « quand viendra son fils et
1. Ps. xc,.4, rapproché de Ps. lxxxiv, ^^. Comp. épîlre de Barnabe, c. 15; II Pétri, m, 8; Justin, DiaL cum Tryph., 81; Irénée, Adv. hœr., V, xxiii, 2.
2. Pesikta rabbalhi, sect. i; Jalkut sur les Psaumes, n° 806; Ammonius, dans xMaï, Script, vet. nova colL, I, 2" partie, p. 207 Selon l'Apocalypse d'Esdras, vu, 26 et suiv., le règne du Messie sera de quatre cents ans.