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AVENEMENT DES FLAVIUS

Le spectacle du mende, nous Tavons déjà dit, ne répondait que trop aux rêves du Voyant de Patmos. Le régime des coups d'État militaires portait ses fruits. La politique était dans les camps, et l'empire était aux enchères. Il y eut des assemblées chez Néron où Ton put voir réunis sept futurs empereurs et le père d'un huitième*. Le vrai républicain Verginius, qui voulait l'empire pour le sénat et le peuple, n'était qu'un utopiste*. Galba, vieux général honnête, qui refuse de se prêter à cette orgie militaire, est vite perdu. Les soldats un moment eurent l'idée de tuer tous les sénateurs, pour faciliter le gouverne-

4. Galba, Othon, Vitellius, Vespasien, Tiius, Domitien, Nerva, Trajan père.

î Dion Cassius LXIII, 25.

482 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 69]

ment*. L'unité romaine semblait sur le point de se briser. Ce n'était pas seulement chez les chrétiens qu'une situation aussi tragique inspirait des prédictions sinistres. On parla d'un enfant à trois têtes, né en 68 à Syracuse, et on y vit le symbole des trois empereurs qui s'élevèrent en moins d'un an et qui coexistèrent même tous les trois ensemble durant plusieurs heures.

Quelques jours après que le prophète d'Asie achevait d'écrire son œuvre étrange, Galba était tué et Othon proclamé (15 janvier 69). Ce fut comme une résurrection de Néron. Sérieux, économe, désagréable. Galba était en tout le contraire de celui qu'il avait remplacé ^ . S'il avait réussi à faire prévaloir son adoption de Pison, il eût été une sorte de Nerva, et la série des empereurs philosophes eût commencé trente ans plus tôt; mais la détestable école de Néron l'emporta. Othon ressemblait à ce monstre; les soldats et tous ceux qui avaient aimé Néron retrouvaient en lui leur idole. On l'avait vu à côté de l'empereur défunt, jouant le rôle du premier de ses mignons, rivalisant avec lui par son affectation de fastueuses débauches, ses vices et ses folles

1. Tacite, Hist.^ I, 80«tsuiv.; Suélone, Olkon^ 8; Dion Cassius, LXIV, 9, et les excerpla Vatieana, p. 111 (Sturz), %. Suétone, Galba, 12-15.

(An 69] L'ANTECHRIST. 483

prodigalités. Le bas peuple lui donna dès le premier jour le nom de Néron, et il paraît qu'il le prit luimême dans quelques lettres. 11 souffrit en tout cas qu*on dressât des statues à la Bêle; il rétablit la coterie neronienne dans les grands emplois, et s'annonça hautement comme devant continuer les principes inaugurés par le dernier règne. Le premier acte qu'il signa fut pour procurer l'achèvement de la Maison Dorée ^

Ce qu'il y avait de plus triste, c'est que l'abaissement politique où Ton était arrivé ne donnait pas la sécurité. L'ignoble Vitellius avait été proclamé quelques jours avant Othon (2 janvier 69) en Germanie. Il ne se désista pas. Une horrible guerre civile, comme il n'y en avait pas eu depuis celle d'Auguste et d'Antoine, parut inévitable; l'imagination publique était très-excitée; on ne voyait qu'affreux pronostics^; les crimes de la soldatesque répandaient partout l'effroi. Jamais on ne vit pareille année; le monde suait le sang. La première bataille de Bédriac, qui laissa l'empire à Vitellius seul (vers le 15 avril) , coûta la vie à quatre-vingt mille hommes \ Les légionnaires dé-

i. Tacite, Hist., I, 13, 78; Suétone, Othon, l; Dion Cass., LXIV, 8; Plutarque, Vie de Galba, 49; Vie d'Olhon, 3.

2. xacite, Hist., I, 86, 90; Suétone, Othon, 7, 8, 14 ; Dion €assius, LXIV, 7, 10; Plutarque, Galba, 23; Othon, 4.

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