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Tacite, llisl., V

194 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 69]

Auguste. Les prodigues et les fous avaient tellement abusé de leur privilège d'enfants gâtés, que l'on accueillit avec bonheur Tavénement d'un brave homme, sans distinction, péniblement arrivé par son mérite, malgré ses petits ridicules, son air vulgaire, son manque d'usage. Le fait est que la dynastie nouvelle conduisit pendant dix ans les affaires avec sens et jugement, sauva l'unité romaine et donna un complet démenti aux prédictions des juifs et des chrétiens, qui voyaient déjà dans leurs rêves l'empire démantelé , Rome détruite. L'incendie du Capitole le 19 décembre, le terrible massacre qui eut lieu dans Rome le lendemain* purent un moment leur faire croire que le grand jour était arrivé. Mais l'établissement incontesté de Vespasien (à partir du 20 décembre) leur apprit qu'il fallait se résigner à vivre encore, et les força de trouver des biais pour ajourner leurs espérances à un avenir plus éloigné*.

Le sage Yespasien, bien moins ému que ceux qui se battaient pour lui conquérir l'empire, usait le

i. Tacite, Hist., III, 83; Dion Gassius, LXV, 19; Josèphe, B. J., IV, XI, 4.

2. Josèphe lui-même avoue que le sort de Tempire avait paru désespéré, et que l'affermissement de Vespasien sauva la chose romaine contre toute espérance [B. J., IV, xi, 5).

[An 70] L'ANTECHRIST. 495

temps à Alexandrie, auprès de Tibère Alexandre. Il ne revint à Rome que vers le mois de juillet^ de Tannée 70, peu avant la ruine totale de Jérusalem. Titus, au lieu de pousser la guerre de Judée, avait suivi son père en Egypte ; il resta auprès de lui jusque vers les premiers jours de mars.

Les luttes dans Jérusalem ne faisaient que s'aggraver. Les mouvements fanatiques sont loin d'exclure chez ceux qui s'en font les acteurs la haine, la jalousie, la défiance; associés ensemble, des hommes très - convaincus et très -passionnés se suspectent d'ordinaire, et c'est là une force; car la suspicion réciproque crée entre eux la terreur, les lie comme par une chaîne de fer, empêche les défections, les moments de faiblesse. C'est la politique artificielle et sans conviction qui procède avec les apparences de la concorde et de la civilité. L'intérêt crée la coterie ; les principes créent la division, inspirent la tentation de décimer, d'expulser, de tuer ses ennemis. Ceux qui jugent les choses humaines avec des idées bourgeoises croient que la révolution est perdue quand les révolutionnaires « se mangent les uns les autres ». C'est là, au contraire, une preuve que la révolution a toute son énergie, qu'une ardeur impersonnelle y préside. — On ne vit jamais cela plus clai-

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