Voir ci-dessus, p. 301-302, note
538 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 73]
nié. Un tribut spécial (fiscus) fut imposé aux Juifs. Dans tout l'empire, ils durent payer annuellement au Capitole la somme de deux drachmes qu'ils avaient accoutumé de payer jusque-là au temple de Jérusalem^ La petite coterie des Juifs ralliés, Josèphe, Agrippa, Bérénice, Tibère Alexandre, choisit Rome pour séjour. Nous la verrons continuer d'y jouer un rôle considérable, tantôt amenant pour le judaïsme des moments de faveur à la cour, tantôt poursuivie par la haine des croyants exaltés, tantôt concevant plus d'une espérance, notamment quand il s'en fallut de peu que Bérénice ne devînt la femme de Titus et ne tînt le sceptre de l'univers.
Réduite en solitude, la J.udée resta tranquille; mais l'énorme ébranlement dont elle avait été le théâtre continua de provoquer des secousses dans les pays voisins. La fermentation du judaïsme dura jusque vers la fm de l'an 73. Les zélotes échappés au massacre, les volontaires du siège, tous les fous de Jérusalem se répandirent en Egypte et en Gyrénaïque. Les communautés de ces pays, riches, conservatrices, fort éloignées du fanatisme palestinien,
1. Jos., jB. J,^ VII, VI, 6; Dion Cassius, LXV[, 7; Suétone, Domitien, 12; Appien, Syr., 50; Origène, Epist. ad A fric, de Susanna, vol. I, p. 28 a, édit. de la Rue; Martial, VII, uv; la célèbre monnaie de Nerva, Madden, p. i99.
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sentirent le danger que leur apportaient ces forcenés. Elles se chargèrent elles-mêmes de les arrêter et de es livrer aux Romains. Beaucoup s'enfuirent jusque dans la haute Egypte, où ils furent traqués comme des bêtes fauves ^ AGyrène, un sicaire nommé Jonathas, tisserand de son métier, fit le prophète, et, comme tous les faux messies, persuada à deux mille ébionim ou pauvres de le suivre dans le désert, où il promettait de leur faire voir des prodiges et d'étonnantes apparitions ^ Les Juifs sensés le dénoncèrent à Catulle, gouverneur du pays; mais Jonathas s'en vengea par des délations, qui amenèrent des maux sans fin. Presque toute la juiverie de Gyrène, l'une des plus florissantes du monde % se vit exterminée; ses biens furent confisqués au nom de l'empereur. Catulle, qui montra en cette affaire beaucoup de cruauté, fut désavoué par Vespasien ; il mourut dans d'affreuses hallucinations, qui, selon certaines conjectures, auraient fourni le sujet d'une pièce de théâtre à décors fantastiques, « le Spectre de Catulle* ».
Chose incroyable ! Cette longue et terrible agonie ne fut pas immédiatement suivie de la mort. Sous
h. Jos., B. J.j, VII, X, 1 ; Eusèbe, Chron., adann. 73,