Juvénal, sat. viii, v
54) ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 73]
Trajan, sous Adrien, nous verrons le judaïsme national revivre et livrer encore de sanglants combats; mais le sort était évidemment jeté ; le zélote était vaincu sans retour. La voie tracée par Jésus, comprise d'instinct par les chefs de l'Église de Jérusalem, réfugiés en Pérée, devenait décidément la' véritable voie d'Israël. Le royaume temporel des Juifs avait été odieux , dur, cruel ; l'époque des Asmonéens, où ils jouirent de l'indépendance, fut leur plus, triste époque. Était-ce l'hérodianisme , le sadducéisme, cette honteuse alliance d'un principat sans grandeur avec le sacerdoce, qu'il fallait regretter? Non certes; là n'était pas le but du « peuple de Dieu ». Il fallait être aveugle pour ne pas voir que les institutions idéales que poursuivait « l'Israël de Dieu » ne comportaient pas l'indépendance nationale. Ces institutions, étant incapables de créer une armée, ne pouvaient exister que dans la vassalité d'un grand empire, laissant beaucoup de liberté à ses raïas, les débarrassant de la politique, ne leur demandant aucun service militaire. L'empire achéménide avait entièrement satisfait à ces conditions de la vie juive; plus tard, le califat, l'empire ottoman y satisferont encore, et verront se développer dans leur sein des communautés libres comme celles des Arméniens, des Parsis, des Grecs, nations sans patrie, confréries
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suppléant à Tautonomie diplomatique et militaire par l'autonomie du collège et de l'Église.
L'empire romain ne fut pas assez flexible poui se prêter ainsi aux nécessités des communautés qu'il englobait. Des quatre empires, ce fut, selon les juifs, le plus dur et le plus méchant *. Gomme Antiochus Épiphane, l'empire romain fit dévoyer le peuple juif de sa vocation véritable en le portant par réaction à former un royaume ou un État séparé. Cette tendance n'était nullement celle des hommes qui représentaient le génie de la race. A quelques égards, ces derniers préféraient les Romains. L'idée d'une nationalité juive devenait chaque jour une idée arriérée, une idée de furieux et de frénétiques, contre laquelle des hommes pieux ne se faisaient pas scrupule de réclamer la protection des conquérants. Le vrai juif, attaché à la Thora, faisant des livres saints sa règle et sa vie, aussi bien que le chrétien, perdu dans l'espérance de son royaume de Dieu, renonçait de plus en plus à toute nationalité terrestre. Les principes de Judas le Gaulonite qui furent l'âme de la grande révolte, principes anarchiques , d'après lesquels, Dieu seul étant « maître », aucun homme n'a le droit
4. Apocalypse de Baruch, dans Ceriani, Momim. sacra ei firof., I, p. 82, et V, p. 136.
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de prendre ce titre S pouvaient produire des bandes de fanatiques analogues aux Indépendants de Gromwell ; ils ne pouvaient rien fonder de durable. Ces éruptions fébriles étaient l'indice du profond travail qui minait le sein d'Israël, et qui, en lui faisant suer le sang pour l'humanité, devait nécessairement l'amener à périr dans d'affreuses convulsions.
/ Les peuples doivent choisir, en effet, entre les destinées longues, tranquilles, obscures de celui qui vit pour soi, et la carrière troublée, orageuse de celui qui vit pour l'humanité. La nation qui agite dans son sein des problèmes sociaux et religieux est presque toujours faible comme nation. Tout pays qui rêve un royaume de Dieu, qui vit pour les idées générales, qui poursuit une œuvre d'intérêt universel, sacrifie par là même sa destinée particulière, affaiblit et détruit son rôle comme patrie terrestre. Il en fut ainsi de la Judée, de la Grèce, de l'Italie; il en sera peut-être ainsi de la France. On ne porte jamais impunément le feu en soi. Jérusalem, ville de bourgeois médiocres, aurait poursuivi indéfiniment sa médiocre histoire. C'est parce qu'elle eut l'incomparable honneur d'être le berceau du christianisme qu'elle fut victime des Jean de Gischala, des Bar-