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UBRARY ST. MÂRYS COLLEGE

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vie propre. Si le temple avait survécu, le christianisme eût été certainement arrêté dans son développement. Le temple survivant aurait continué d'être le centre de toutes les oeuvres judaïques. On n'eut jamais cessé de l'envisager comme le lieu le plus saint du monde % d'y venir en pèlerinage, d'y apporter des tributs. L'Église de Jérusalem, groupée autour des parvis sacrés, eut continué, au nom de sa primauté, d'obtenir les hommages de toute la terre, de persécuter les chrétiens des Églises de Paul, d'exiger que, pour avoir le droit de s'appeler disciple de Jésus, on pratiquât la circoncision et on observât le code mosaïque. Toute propagande féconde eût été interdite ; des lettres d'obédience signées de Jérusalem eussent été exigées du missionnaire ^ Un centre d'autorité irréfragable, un patriarcat composé d'une sorte de collège de cardinaux, sous la présidence de personnes analogues à Jacques, juifs purs, appartenant à la famille de Jésus, se fût établi % et eût constitué un immense danger pour l'Eglise naissante..

i. Voir ci-dessus, p. 401 .

2. Voir Saint Paul, p. 292, et surtout les lettres en tête de& Homélies pseudo-clémentines.

3. De nos jours, un fait analogue se produit dans le judaïsme, et semble susceptible d'acquérir beaucoup de gravité. Les juifs de Jérusalem passent tous pour des hakamim ou savants, n'ayant d'autre métier que la méditation de la Loi. Comme tels, ils ont droit

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Quand on voit saint Paul, après tant de mauvais procédés, rester toujours attaché à l'Église de Jérusalem, on conçoit quelles difficultés eût présentées une rupture avec ces saints personnages. Un tel schisme eût été considéré comme une énormité, équivalant à l'abandon du christianisme. La séparation d'avec le judaïsme eût été impossible ; or cette séparation était la condition indispensable de l'existence de la religion nouvelle, comme la section du cordon ombilical est la condition de l'existence d'un être nouveau. La mère allait tuer l'enfant. Le temple, au contraire, une fois détruit, les chrétiens n'y pensent plus; bientôt même ils le tiendront pour un lieu profane * ; Jésus sera tout pour eux.

L'Église de Jérusalem fut du même coup réduite à une importance secondaire. Nous la verrons se

à l'aumône, et s'envisagent comme devant être nourris par les juifs du monde entier. Leurs quêteurs circulent dans tout l'Orient, et même les riches Israélites de l'Europe se regardent comme obligés de subvenir à leurs besoins. Voir Saint Paul, p. 94, 421 et suiv. D'un autre côté, les décisions du grand rabbin de Jérusalem tendent à obtenir une autorité universelle, tandis qu'autrefois les docteurs étaient égaux ou que du moins leur crédit dépendait de leur réputation. De la sorte se formera peut-être dans l'avenir pour le judaïsme un centre doctrinal à Jérusalem.

i. « Ecclesia Dei jam per totum orbem uberrime germinante, hoc (templum) tanquam effœtum ac vacuum nullique usui bono commodum arbitrio Dei auferendum fuit. » Orose, VII, 9,

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reformer autour de l'élément qui faisait sa force, les desposyni, les membres de la famille de Jésus, les fils de dopas; mais elle ne régnera plus. Ce centre de haine et d'exclusion une fois détruit, le rapprochement des partis opposés de l'Église de Jésus deviendra facile. Pierre et Paul seront réconciliés d'office, et la terrible dualité du christianisme naissant cessera d'être une plaie mortelle. Oublié au fond de la Batanée et du Hauran, le petit groupe qui se rattachait aux parents de Jésus, aux Jacques, aux Glopas, devient la secte ébionite, et meurt lentement d'insignifiance et d'infécondité.

La situation ressemblait en bien des choses à celle du catholicisme de nos jours. Aucune communauté religieuse n'a jamais eu plus d'activité intérieure, plus de tendance à émettre hors de son sein des créations originales que le catholicisme depuis soixante ans. Tous ces efforts sont pourtant restés sans résultat pour une seule cause; cette cause, c'est le règne absolu de la cour de Rome. C'est la cour de Rome qui a chassé de l'Eglise Lamennais, Hermès, Dœllinger, le P. Hyacinthe, tous les apologistes qui l'avaient défendue avec quelque succès. C'est la cour de Rome qui a désolé e^ réduit à l'impuissance Lacordaire, Montalembert. C'est la cour de Rome qui, par son Syllabus et son concile, a coupé tout avenir aux catho-

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liques libéraux. Quand est-ce que ce triste état de choses changera? Quand Rome ne sera plus la ville pontificale, quand la dangereuse oligarchie qui s'est emparée du catholicisme aura cessé d'exister. L'occupation de Rome par le roi d'Italie sera probablement un jour comptée dans l'histoire du catholicisme pour un événement aussi heureux que la destruction de Jérusalem l'a été dans l'histoire du christianisme. Presque tous les catholiques en ont gémi, de même sans doute que les judéo-chrétiens de l'an 70 regardèrent la destruction du temple comme la plus sombre calamité. Mais la suite montrera combien ce jugement est superficiel. Tout en pleurant sur la fin de la Rome papale, le catholicisme en tirera les plus grands avantages. A l'uniformité matérielle et à la mort on verra succéder dans son sein la discussion, le mouvement, la vie et la variété.

FIN DE L'ANTECnniSI

DE LA VENUE DE SAINT PIERRE A ROME ET DD SEJOUR DE SAINT JEAN A ÉPHÈSE.

Tout le monde convient que, dès la fin du second siècle, la croyance générale des Églises chrétiennes était que l'apôtre Pierre souffrit le martyre à Rome, et que l'apôtre Jean vécut à Éphèse jusqu'à un âge avancé. Les théologiens protestants, dès le xvi« siècle, se prononcèrent vivement contre le voyage de saint Pierre à Rome^ Quant à l'opinion du séjour de Jean à Éphèse, c'est seulement de nos jours qu'elle a trouvé des contradicteurs.

La raison pour laquelle les protestants attachèrent tant d'importance à nier la venue de Pierre à Rome est facile à saisir. Durant tout le moyen âge, la venue de Pierre à Rome fut la base des prétentions exorbitantes de la papauté. Ces prétentions se fondaient sur trois propositions qu'on tenait pour être de foi : 1° Jésus conféra lui-même à Pierre

1. La première thèse à cet égard est de 1520. Luther ne l'approuva pas. Flacius Illyricus, Saumaise rendirent l'opinion dont il s'agit classique dans l'école protestante.

une primauté dans son Église ; 2*> cette primauté a dû se transmettre aux successeurs de Pierre ; S» les successeurs de Pierre sont les évêques de Rome, Pierre, après avoir résidé à Jérusalem, puis à Antioche, étant venu définitivement fixer son séjour à Rome. — Ébranler ce dernier fait, c'était donc renverser de fond en comble l'édifice de la théologie romaine. On y dépensa beaucoup de savoir ; on montra que la tradition romaine n'était pas appuyée sur des témoignages directs bien solides ; mais on traita légèrement les preuves indirectes; on s'engagea surtout dans une voie fâcheuse à propos du passage I Pétri, v, 13. Que B(x£\jkm en ce passage désigne réellement Babylone sur l'Euphrate, c'est là une thèse insoutenable, d'abord parce que vers cette époque « Babylone », dans le style secret des chrétiens, désigne toujours Rome; en second lieu, parce que le christianisme au i^"" siècle sortit à peine de l'empire romain et se répandit fort peu chez les Parthes.

Pour nous, la question a bien moins d'importance qu'elle n'en avait pour les premiers protestants \ et elle est plus facile à résoudre avec impartialité. Nous ne croyons nullement que Jésus ait eu le dessein d'établir un chef dans son Église, ni surtout d'attacher cette primauté à la succession épiscopale d'une ville déterminée. L'épiscopat, d'abord, n'existait guère dans la pensée de Jésus ; en outre, s'il fut une ville au monde, parmi celles dont Jésus connut le nom, à laquelle il ne pensa pas pour y attacher la série des chefs de son Église, c'est sans doute Rome. On lui eût probablement fait horreur, si on lui eût dit que cette ville de

1. La dernière et la plus savante forme des doutes protestants sur ce point se trouve dans les deux essais de M. Lipsius : Chronologie der rœmischen Dischofe bis sur Mitte der vierten Jahrhunderts (Kiel, 1869). Die Quellen der rœmtschen Petrussage (Kiel, 1872).

perdition, cette cruelle ennemie du peuple de Dieu, se targuerait un jour de sa royauté satanique pour réclamer le droit d'hériter du nouveau titre de puissance fondé par le Fils. Que Pierre ait été à Rome, ou qu'il n*y ait pas été, cela n'a donc pour nous aucune conséquence morale ou politique ; c'est là une curieuse question d'histoire ; il n'y faut chercher rien de plus.

Disons d'abord que les catholiques se sont exposés aux objections les plus péremptoires de la part de leurs adversaires avec leur malheureux système de la venue de Pierre à Rome en l'an 42, système emprunté à Eusèbe et à saint Jérôme, et qui porte la durée du pontificat de Pierre à vingt-trois ou vingt-quatre ans. Rien de plus inadmissible. 11 suffit, pour ne garder aucun doute à cet égard, de considérer que la persécution dont Pierre fut l'objet à Jérusalem de la part d'Hérode Agrippa I (Act., xii) eut lieu l'année même où mourut Hérode Agrippa, c'est-à-dire en l'an hli (Jos., Ant., XIX, vm, 2) ^ Apollonius l'anti-montaniste^ (fin du II'' siècle), Lactance^ (commencement du iv®), ne croyaient pas non plus certainement que Pierre eût été à Rome en !i2, le premier, quand il affirme avoir appris par tradition que Jésus-Christ avait défendu à ses apôtres de sortir de Jérusalem avant douze ans révolus depuis sa mort; le second, quand il dit que les apôtres employèrent les vingt-cinq années qui suivirent la mort de Jésus-Christ à prêcher l'Évangile dans les provinces, et que Pierre ne vint à Rome qu'après l'avènement de Néron. Il serait superflu de combattre longuement une thèse qui ne peut plus avoir un seul défenseur raisonnable. On peut aller beaucoup plus loin, en effet,

î. Voir les Apôtres, p. 249.

"5. Cité par Eusèbe, H. E., V, xviii, 14.

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