Jos., B. /., VII, VIII, C; X
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Gioras, en apparence fléaux de leur patrie, en réalité instruments de son apothéose. Ces zélateurs que Josèphe traite de brigands et d'assassins étaient des politiques du dernier ordre, des militaires peu capables ; mais ils perdirent héroïquement une patrie qui ne pouvait être sauvée. Ils perdirent une ville matérielle ; ils ouvrirent le règne de la Jérusalem spirituelle, assise, en sa désolation, bien plus glorieuse qu'elle ne le fut aux jours d'Hérode et de Salomon. Que voulaient, en effet, les conservateurs, les sadducéens? Ils voulaient quelque chose de mesquin : la continuation d'une ville de prêtres, comme Émèse, Tyane ou Gomane. Certes, ils ne se trompaient pas, quand ils affirmaient que les soulèvements d'enthousiastes étaient la perte de la nation. La révolution et le messianisme ruinaient l'existence nationale du peuple juif; mais la révolution et le messianisme étaient bien la vocation de ce peuple, ce par quoi il contribuait à l'œuvre universelle de la civilisation. Nous ne nous trompons pas non plus, quand nous disons à la France : « Renonce à la révolution, ou tu es perdue ; » mais, si l'avenir appartient à quelqu'une des idées qui s'élaborent obscurément au sein du peuple, il se trouvera que la France aura justement sa revanche par ce qui fit en 1870 et en 1871 sa faiblesse et sa misère. A moins de bien
5i4 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An Td]
violentes entorses données à la vérité (tout en ce genre est possible), nos Bar-Gioras, nos Jean de Gischala ne deviendront jamais de grands citoyens ; mais on fera leur part, et on verra peut-être que mieux que les gens sensés, ils étaient dans les secrets du destin.
Gomment le judaïsme, privé de sa ville sainte et de son temple, va-t-il se transformer? Gomment le talmudisme sortira-t-il de la situation que les événements ont faite à l'Israélite ? G' est ce que nous verrons dans notre cinquième livre. En un sens, après la production du christianisme, le judaïsme n'avait plus de raison d'être. Dès ce moment, l'esprit de vie est sorti de Jérusalem. Israël a tout donné au fils de sa douleur, et s'est épuisé dans cet enfantement. Les élohim qu'on crut entendre murmurer dans le sanctuaire : « Sortons d'ici ! sortons d'ici ! » disaient vrai. La loi des grandes créations est que le créateur expire virtuellement en transmettant l'existence à un autre : après l'inoculation complète de la vie à celui qui doit la continuer, l'initiateur n'est plus qu'une tige sèche, un être exténué. Il est rare cependant que cette sentence de la nature s'accomplisse sur-lechamp. La plante qui a porté sa fleur ne consent pas à mourir pour cela. Le monde est plein de ces squelettes ambulants qui survivent à l'arrêt qui les a
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frappés. Le judaïsme est du nombre. L'histoire n'a pas de spectacle plus étrange que celui de cette conservation d'un peuple à l'état de revenant, d'un peuple qui, pendant près de mille ans, a perdu le sentiment du fait, n'a pas écrit une page lisible, ne nous a pas transmis un renseignement acceptable. Faut-il s'étonner qu'après avoir ainsi vécu des siècles hors de la libre atmosphère de l'humanité, dans une cave, si j'ose le dire, à l'état de folie partielle, il en sorte pâle, étonné de la lumière, étiolé ?
Quant aux conséquences qui résultèrent pour le christianisme de la ruine de Jérusalem, elles sont si évidentes que dès à présent on peut les indiquer. Déjà même plusieurs fois nous avons eu l'occasion de les laisser entrevoir ^
La ruine de Jérusalem et du temple fut pour le christianisme une fortune sans égale. Si le raisonnement prêté par Tacite à Titus est exactement rapporté % le général victorieux crut que la destruction du temple serait la ruine du christianisme aussi bien que celle du judaïsme. On ne se trompa jamais plus complètement. Les Romains s'imaginaient, en arrachant la racine , arracher en même temps le rejeton ; mais le rejeton était déjà un arbuste qui vivait de sa
\ . Voir Saint Paul, p. 495-496.