Cf. Eusèbe, H, E», VII
La discussion de M. Scholten, relative au texte de- Papias, est très-importante. C'a été le sort de cet àpyaîoç avvfp d'être mal compris, depuis Irénée, qui en fait à tort certainement un auditeur de l'apôtre Jean, jusqr 'à Eusèbe, qui suppose à tort aussi qu'il a connu directement Presbyteros Johannes. M. Keim avait déjà montré que le texte de Papias bien entendu prouve plutôt contre que pour le séjour de l'apôtre Jean en Asie. M. Scholten va plus loin; il conclut du passage en question que même Presbyteros Johannes n'a pas demeuré en Asie. Il croit que ce personnage, distinct pour lui de l'apôtre Jean, demeurait en Palestine et était contemporain de Papias. Nous convenons avec M. Scholten que, si le passage de Papias est correct, il est une objection contre le séjour de l'apôtre en Asie. Mais est-il correct? Les mots ti tl icoavvTiç ne sont-ils pas une interpolation? A ceux qui trouveraient ce retranchement arbitraire, je répondrai que, si l'on maintient yi ti Icoavvviç, les mots oî tou xupiou (/.aGyiTat, placés après Àpidr^wv y,cà 6 irpecrêyrepoç. iwavvTiç, font de la phrase de Papias un ensemble bizarre et incohérent. Ce qui confirme pourtant les doutes de M. Schol-^ ten, c'est un passage de Papias cité par Georges Hamartolus S et d'après lequel Jean aurait été tué par les Juifs. Cette tradition paraît avoir été créée pour montrer la réalisation d'une parole du Christ (Matth., xx, 23; Marc, x, 39); elle n'est pas conciliable avec le séjour de Jean à Éphèse, et si Papias Ta vraiment adoptée *, c'est qu'il n'avait pas la
1. Publié pour la première foi;* par M. l'abbé Nolte, dans la Theol. Quartalschnft (journal de théologie catholique de Tubingne), 1862, p. 466. Cf. Holtzmann, Kritik der Eph. und KoL, p. 322 ; Keim, Ge^ch. Jesu von Nazara, III, p. 44-45, note; et les nouvelles observations de M. Scholten, Theologisch Tijdschrift (Amsterdam et Leyde), 1872, p. 325 et suiv.
2. Il reste sur ce point quelque doute. Georges Hamartolus ajoute qu'Origène était également de cet avis; ce qui est tout à fait faux. Voir
moindre notion de la venue de Jean dans la province d'Asie. Or il serait bien surprenant qu'un homme zélé comme Papias pour la recherche des traditions apostoliques eût ignoré un fait aussi capital, qui se serait passé dans le pays même qu'il habitait.
L'omission de toute mention relative au séjour de Jean en Asie da is les épîtres attribuées à saint Ignace et dan^ Hégésippe donne certainement à réfléchir. A partir de l'an 180, au contraire, la tradition est définitivement fixée. Apollonius Tanti-montaniste, Polycrate, Irénée, Clément d'Alexandrie» Origène n'ont pas un doute sur l'honneur insigne dont la ville d'Éphèse a joui. Parmi les textes qu'on peut alléguer^, deux sont surtout remarquables : celui de Polycrate, évêque d'Éphèse (vers 196) et celui d'Irénée (même temps), dans sa lettre à Florinus. M. Scholten se débarrasse trop légèrement du texte de Polycrate. Il est grave de trouver à Éphèse au bout d'un siècle la tradition si nettement affirmée. « Le peu d'esprit critique de Polycrate, dit M. Scholten, ressort de cette circonstance qu'il nous présente Jean comme orné du TOxalov, faisant ainsi remonter par anachronisme jusqu'à l'âge apostolique l'usage existant déjà de son temps de reporter à l' évêque chrétien la dignité de grand prêtre. » Autrefois M. Scholten n'en jugeait pas ainsi; il voyait dans ce 77£Ta"Xov, et dans le titre de Upeu; donné à l'apôtre Jean par Polycrate, la preuve que l'apôtre fut en \sie le chef du parti judéo-chrétien. Il avait raison. Le TOxaT^ov, loin d'être un insigne épiscopal du second siècle, n'est attribué qu'à deux personnages, et à deux personnages du i^"^ siècle, savoir
Origène, In Matth., tomus XVI, 6. Héracléon met aussi Jean parmi les apôtres martyrs. Glém. d'Alex., Strom., IV, 9. Des faits comme le miracle de l'huile bouillante et le passage Apec, i, 9, suffisaient pour justifier de telles assertions.
i. Voir ci-dessus, p. 207-208, note.
à Jacques et à Jean, tous deux appartenant au parti judéochrétien, et que ce parti crut exalter en leur attribuant les prérogatives des grands prêtres juifs. M. Keim et M. Scholîen reprochent également à Polycrate de croire que le Philippe qui vint se fixer à Hiérapolis avec ses filles prophétesses est Tapôtre Philippe. Je crois que Polycrate a raison, et que, si Ton compare attentivement le verset Actes, xxi, 8, aux passages de Papias, de Proclus, de Polycrate, de Clément d'Alexandrie, sur Philippe et ses filles résidant à HiérapolisS on se convaincra que c'est de l'apôtre qu'il s'agit. Le verset ^es Actes a tout l'air d'une interpolation. M.Holtzmann* semble adopter sur ce point l'hypothèse que j'avais proposée dans mes Apôtres; j'y tiens plus que jamais.
Le passage le plus curieux des Pères de l'Église sur ia question qui nous occupe est le fragment de l'épître d'irénée à Florinus, qu'Eusèbe nous a conservée C'est une des belles pages de la littérature chrétienne au second siècle : a Ces opinions-ià, Florinus, ne sont pas d'une saine doctrine;... ces opinions ne sont pas celles que te transmirent les anciens qui nous ont précédés et qui avaient connu les apôtres. Je me souviens que, quand /'étais enfant, dans l'Asie inférieure, où tu brillais alors par ton emploi à la cour, je t'ai vu près de Polycarpe, cherchant à acquérir son estime. Je me souviens mieux des choses d'alors que de ce qui est arrivé depuis, car ce que nous avons appris dans l'enfance croît avec l'àme, s'identifie avec elle; si bien que je pourrais dire l'endroit où le bienheureux Polycarpe s'asseyait pour causer, sa démarche, ses habitudes, sa façon de vivre, les traits de