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PIERRE A ROME

Les chaînes de Paul, son entrée à Ronfie, toute triomphale selon les idées chrétiennes, les avantages que lui donnait sa résidence dans la capitale du monde ne laissaient point de repos au parti de Jérusalem. Paul était pour ce parti une sorte de stimulant, un émule actif, contre lequel on murmurait et que l'on cherchait néanmoins à imiter. Pierre, notamment, toujours partagé, envers son audacieux confrère, entre une vive admiration personnelle et le rôle que son entourage lui imposait, Pierre, dis-je, passait sa vie, traversée aussi par de nombreuses épreuves*, à copier. Paul, à le suivre de loin dans ses courses, à trouver après lui les fortes positions qui pouvaient assurer le succès de l'œuvre commune. Ce fut probablement à l'exemple de Paul qu'il se fixa, vers l'an 54, à An-

i. Clém. Rom., Ad Cor. I, ch. 5.

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tioche. Le bruit répandu en Judée et en Syrie, dans la seconde moitié de Tan 61, de l'arrivée de Paul à Rome put de même lui inspirer l'idée d'un voyage vers l'Occident.

11 semble qu'il vint avec toute une société apostolique. D'abord son interprète Jean-Marc, qu'il appelait « son fils », le suivait d'ordinaire*. L'apôtre Jean, nous l'avons plus d'une fois remarqué, paraît aussi en général avoir accompagné Pierre*. Quelques indices

i. Col., IV, 40; Philem., 24; I Pétri, v, 43. Cf. Papias, dans Eus.^ ^. E., IIÏ, 39; Irénée, Adv. hœr., III, i, 1; Tertullien, Adv. Marc. ,IY^ 5; Clément d'Alex., dans Eusèbe, H. E.^ VI, 4 4; Origène, dans Eusèbe, H. E., VI, 25; Eusèbe, H. E., Il, 45; Épiph., Adv. hœr., li, 6; saint Jérôme, ep. 4 50, ad Hedibiam, c. 44. Notez un personnage appelé Màpxo; nérpoç, probablement chrétien, l'an 278 à Bostra (Waddington, Inscr., n«4909).

2. Act., I, 43; m, 4, 3, 4, 44 ; iv, 4 3, 49; viii, 44; Jean, xxi entier; Gai., n, 9. L'impression des massacres de l'an 64 et l'horreur de la ville de Rome sont si vives dans l'Apocalypse, qu'on est porté à croire que l'auteur de ce livre s'était trouvé mêlé auxdits événements, ou du moins qu'il avait vu Rome (notez surtout \q& ch. XIII, xvii). Le choix qu'il fait de Patmos pour y placer sa vision s'explique bien aussi dans cette hypothèse, Patmos étant un bon port de relâche et en quelque sorte la dernière station pour celui qui va en cabotant de Rome à Éphèse. Nous montrerons, quand il s'agira de l'Apocalypse, que ce choix ne peut guère s'expliquer par aucun autre motif. Nous discuterons plus tard la tradition sur Jean devant la porte Latine. Quoique le quatrième Évangile ne soit pas l'œuvre personnelle de Jean, relevons cependant ce qu'a de particulier le passage Jean, xxi, 45-23 (voir les

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portent même à croire que Barnabe fut du voyage*. Enfin, il n'est pas impossible que Simon de Gitton se soit de son côté transporté dans la capitale du monde % attiré par l'espèce de charme que cette ville exerçait sur tous les chefs de secte ^, les charlatans, les magiciens et les thaumaturges*. Rien n'était

ApôlreSj p. 33-34). Cela est bien de quelqu'un qui a vu Pierre, a reçu ses confidences, a été témoin de sa mort.

\. L'auteur de TÉpltreaux Hébreux semble avoir été à Rome; or Barnabe paraît Fauteur de l'Épîlre aux Hébreux. Voir l'inlrod.

2. Justin, Apol. I, 26, 56 ; Irénée, ^c^v. hœr., I, xxiii, I; Philosophumena^Yl, 20 ; Constit. apost,, VI, 9; Eusèbe, H. E., II, 43- 44. Il est vrai que les indices sur lesquels Justin et Irénée se fondent provenaient de singulières bévues. Voir les Apôtres, \i. 266 etsuiv. La présence de Simon à Rome est la base des Actes apocryphes dePierre(Tischendorf,^cfflfajoos^ajoocr.^p. 13 etsuiv.; d. Récognitions j II, 9; III, 63-64), dont la première rédaction fut ébionite. Eusèbe en admet la donnée fondamentale (//. E., II, 14). Irénée même (I. c.) semble s'y rapporter. Cf. Constit. apost., 1. c, et Philosoph., 1. c. La façon dont l'auteur des Actes des apôtres parle de Simon, laissant croire à la possibilité de sa conversion (viii, 24), semble supposer que Simon vivait encore quand il écrivait. Le passage Tacite, Ann., XII, 52, n'est pas une objection contre le séjour de Simon à Rome. Cf. Tac, Ann., XIV, 9; Hisl., I, 22. L'emploi abusif qui fut fait au ii« siècle du nom de Simon pour désigner Paul ne prouve ni contre l'existence réelle de Simon, ni même contre son voyage à Rome.

3. Les chefs de sectes gnoitiques du ii* siècle viennent presque tous à Rome.

4. Jamais les mathematici, les chaldœi, les piiTeç de toute sorte n'avaient abondé à Rome autant qu'à ce moment. Tac.,il»».^

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plus familier aux Juifs que le voyage d'Italie. L'historien Josèphe vint à Rome en l'an 62 ou 63 pour obtenir la délivrance de prêtres juifs, très-saints personnages qui, pour ne rien manger d'impur, ne vivaient en pays étranger que de noix et de figues, et que Félix avait envoyés rendre raison d'on ne sait quel délit à l'empereur*. Qui étaient ces prêtres ? Leur affaire était-elle sans lien avec celle de Pierre et de Paul? Le manque de preuves historiques laisse planer sur tous ces points beaucoup de doutes. Le fait même sur lequel les catholiques modernes font reposer Tédifice de leur foi est loin d'être certain*. Nous croyons

XII, 52 ; Hist., I, 22 ; II, 62 ; Dion Cassius, LXV, 1 ; LXVI, 9 ; Suétone, 7*6.^36; Vitellius, 14; Juvénal, vi, 542 et suiv.; Eusèbe, Chron.j année 9 de Domitien ; Zonaras, Ann., VI, 5.

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