‹ L'AntechristChapitre 6 sur 397 · INTRODUCTION. IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. IX

Église n'a même pas un presbyteros; elle a des pres^ byteri ou « anciens » , et les expressions dont se sert l'auteur n'impliquent nullement que ces anciens formassent un corps distinct*. Une circonstance qui mérite d'être notée, c'est que l'auteur*, tout en cherchant à relever l'abnégation dont Jésus fit preuve dans sa Passion, omet un trait essentiel raconté par Luc, et donne ainsi à croire que la légende de Jésus n'était pas encore arrivée, lorsqu'il écrivait, à tout son développement.

Quant aux tendances éclectiques et conciliatrices qu'on remarque dans TÉpître de Pierre, elles ne constituent une objection que pour ceux qui, avec Christian Baur et ses disciples, se figurent la dissidence de Pierre et de .Paul comme une opposition absolue. Si la haine entre les deux partis du christianisme primitif avait été aussi profonde que le croit cette école, la réconciliation ne se serait jamais faite. Pierre n'était point un juif obstiné comme Jacques. Il ne faut pas, en écrivant cette histoire, songer seulement aux Homélies pseudo-clémentines et à l'Épître aux Galates; il faut aussi rendre compte des Actes des apôlres. L'art de l'historien doit consister à présenter les

4. I Petri, v, 1 : irpEcêurépou; èv ujaïv, leçon de Vat,el Su:.; «rpeoSuTepou; toÙ; Iv uu.Iv, leçon reçue. t. I Petri, II, 23. Cf. Luc, xxiii, 34.

choses d'une façon qui n'atténue en rien les divisions des partis (ces divisions furent plus profondes que nous ne saurions l'imaginer) , et qui permette néanmoins d'expliquer comment de pareilles divisions ont pu se fondre en une belle unité.

L'Épître de Jacques se présente à la critique à peu près dans les mêmes conditions que l'Epître de Pierre. Les difficultés de détail qu'on peut y opposer n'ont pas beaucoup d'importance. Ce qui est grave, c'est cette objection générale tirée de la facilité des suppositions d'écrits, dans un temps où il n'existait aucune garantie d'authenticité, et où l'on ne se faisait aucun scrupule des fraudes pieuses. Pour des écrivains comme Paul, qui nous ont laissé, de l'aveu de tout le monde, des écrits certains, et dont la biographie est assez bien connue, il y a deux critérium sûrs pour discerner les fausses attributions : c'est i** de comparer l'œuvre douteuse aux œuvres universellement admises, et 2° de voir si la pièce en htige répond aux données biographiques que l'on possède. Mais s'il s'agit d'un écrivain dont nous n'avons que quelques pages contestées et dont la biographie est peu connue, on n'a le plus souvent pour se décider que des raisons de sentiment, qui ne s'imposent pas. En se montrant facile, on risque de prendre au sérieux bien des choses fausses. En se montrant rigoureux,

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