INTRODUCTION. 3U
on risque de rejeter comme fausses bien des choses vraies. Le théologien, qui croit procéder par des certitudes, est, je le répète, un mauvais juge pom' de telles questions. L'historien critique a la conscience en repos, quand il s'est étudié à bien discerner les degrés divers du certain, du probable, du plausible, du possible. S'il a quelque habileté, il saura être vrai quant à la couleur générale, tout en prodiguant aux allégations particulières les signes de doute et les « peut-être » .
Une considération que j'ai trouvée favorable à ces écrits (première épître de Pierre, épîtres de Jacques et de Jude) trop rigoureusement exclus par une certaine critique, c'est la façon dont ils s'adaptent à un récit organiquement conçu. Tandis que la deuxième épître attribuée à Pierre, les épîtres prétendues de Paul à Timothée et à Tite sont exclues du cadre d'une histoire logique, les trois épîtres que nous venons de nommer y rentrent pour ainsi dire d'elles-mêmes. Les traits de circonstance qu'on y rencontre vont audevant des faits connus par les témoignages du dehors, et s'en laissent embrasser. L' Épître de Pierre répond bien à ce que nous savons, surtout par Tacite, de la situatioi: des chrétiens à Rome vers l'an 63 ou 64. L'Épître de Jacques, d'un autre côté, est le tableau parfait de l'état des ébionim h Jérusalem dans les
années qui précédèrent La révolte; Josèphe nous donne des renseignements tout à fait du même ordre *. L'hypothèse qui attribue l'Epître de Jacques à un Jacques différent du frère du Seigneur n'a aucun avantage. Cette épître, il est vrai, ne fut pas admise dans les premiers siècles d'une façon aussi unanime que celle de Pierre*; mais les motifs de ces hésitations paraissent avoir été plutôt dogmatiques que critiques ; le peu de goût des Pères grecs pour les écrits judéo-chrétiens en fut la cause principale.
Une remarque du moins qui s'applique avec évidence aux petits écrits apostoliques dont nous parlons, c'est qu'ils ont été composés avant la chute de Jérusalem. Cet événement introduisit dans la situation du judaïsme et du christianisme un tel changement, qu'on discerne facilement un écrit postérieur à la catastrophe de l'an 70 d'un écrit contemporain du troisième temple. Des tableaux évidemment relatifs aux luttes intérieures des classes diverses de la société hiérosolymitaine, comme celui que nous pré-