‹ L'AntechristChapitre 78 sur 397 · Jac · texte numérisé non relu

Jac

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aucun Juif n'en avait jusque-là voué au fils d'une fenîme.

Ce mystère, que Dieu préparait depuis l'éternité, la maturité des temps étant venue, il l'a révélé à ses saints des derniers jours. Le moment est arrivé où chacun doit compléter pour sa part l'œuvre de Christ; or on complète l'œuvre de Christ par la souffrance; la souffrance est donc un bien dont il faut se réjouir, se glorifier. Le chrétien, en participant de Jésus, est rempli comme lui de la plénitude^ de la divinité. Jésus, en ressuscitant, a tout vivifié avec lui. Le mur de séparation que la Loi créait entre le peuple de Dieu et les gentils, Jésus l'a fait tomber; avec les deux portions de l'humanité réconcihées, il a fait une nouvelle humanité; toutes les vieilles haines, il les a tuées sur la croix. Le texte de la Loi était comme le billet d'une dette dont l'humanité ne pouvait s'acquitter; Jésus a détruit la valeur du billet, en le clouant à sa croix. Le monde créé par Jésus est donc un monde entièrement nouveau; Jésus est la pierre angulaire du temple que Dieu se bâtit. Le chrétien est mort à la terre, enseveli avec Jésus au tombeau ; sa vie est cachée en Dieu avec Christ. En attendant que Christ apparaisse et l'associe à sa gloire, il mor-

4. nXTipw{it.a, Col., II, iO; Ephes., m, 19; comp. Jean, i, 16.

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tifie son corps, éteignant tous ses désirs naturels, prenant en tout le contre-pied de la nature, dépouillant le « vieil homme », revêtant « le nouveau », renouvelé selon l'image de son Créateur. A ce point de vue, il n'y a plus de Grec ni de Juif, de circoncis ni d'incirconcis, de barbare ni de Scythe, d'esclave ni d'homme libre; Christ est tout; Christ est en tous. Les saints sont ceux à qui Dieu, par dongratuit, a fait l'application des mérites de Christ, et qu'il a ainsi prédestinés à l'adoption divine, avant même que le monde existât. L'Église est une, comme Dieu lui-même est un ; son œuvre est l'édification du corps de Christ ; le but final de toutes choses est la réalisation de l'homme parfait, l'union complète de Christ avec tous ses membres, un état où Christ sera vraiment la tête d'une humanité régénérée selon son propre modèle, d'une humanité recevant de lui le mouvement et la vie par une série de membres liés entre eux et subordonnés les uns aux autres. Les puissances ténébreuses de l'air combattent pour empêcher cet avènement. Une lutte terrible aura lieu entre elles et les saints. Ce sera un mauvais jour; mais, armés des dons du Christ, les saints triompheront.

De telles doctrines n'étaient pas entièrement orijginales. C'étaient en partie celles de l'école juive

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d'Egypte, et notamment celles de Philon. Ce Christ devenu une hypostase divine est le logos de la philosophie juive alexandrine, le mémera des paraphrases chaldaïques, prototype de toute chose, par qui tout a été créé *. Ces puissances de l'air % auxquelles l'empire du monde a été donné % ces hiérarchies bizarres, célestes et infernales*, sont celles de la cabbale juive et du gnosticisme. Ce pléroma mystérieux, but final de l'œuvre de Christ, ressemble fort au pléroma divin que la gnose place au sommet de l'échelle universelle. La théosophie gnostique et cabbaliste, qu'on peut regarder comme

^. Philon, De prof agis, 2, 49, 20, 26; Vita Mosis, II, 42; De mimdi opif., 4-8; De confus, ling., 44, 4 9, 28; De jnigr. Abr.j ^-%; De somniis^l^ 43, 37, 44 ; II, 37; De monarchia, II, o; Quod Deus immut.j 6, 36: De agric. Noe, 42 ; De plaiiL Noe,%^ 4; Legis alleg.j I, 48; III, 34, 59-61; De cherubim, 44, 35; De mundo, 2, 3; Quis rer. div. hœresj 26, 38, 42, 44, 48; De poster, Caini, 35; fragra. dans Eus., Prœp. evang,, VII, 43; dans Jean Damascène (Mangey, II, p. 655).

2. Philon, De somiiiis, I, 22; Teslam. des douze patr,, Lévi, 3; Benjamin, 3; Mischna, Aboth, v, 6; Talmud de Babylone, Beracoth, 6 a; Tanhuma, fin de la section Mischpaliin ; ïalkout sur Job, % 913. Comp. Plutarque, QuœsL rom., 44.

3. Cf. Jamblique, De myst. ^gypt., II, 3, p. 41-43, Gale;. Testament de Salomon, dans Fabricius, Cod. pseud. V. T., I,

4. Cf. I Petri, m, 22; Ignatii (ut fertur) ad Trallianos- Epist.,4, 5.

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la mythologie du monothéisme, et que nous avons cru voir poindre chez Simon de Gitton, se présente dès le i" siècle avec ses caractères principaux. Rejeter systématiquement au ii* siècle tous les documents où l'on trouve des traces d'un pareil esprit est fort téméraire. Cet esprit était en germe dans Philon et dans le christianisme primitif. La conception théosophique du Christ devait sortir nécessairement de la conception messianique du Fils de l'homme, quand il serait bien constaté, après une longue attente, que le Fils de l'homme ne venait pas. Dans les épîtres les plus incontestablement authentiques de Paul, il y a certains traits qui restent peu en deçà des exagérations que présentent les épîtres écrites en prison *. L'Épître aux Hébreux , antérieure à l'an 70, montre la même tendance à placer Jésus dans le monde des abstractions métaphysiques. Tout cela deviendra sensible au plus haut degré quand nous parlerons des écrits johanniques. Chez Paul, qui n'avait point connu Jésus, cette métamorphose de l'idée du Christ était en quelque sorte inévitable. Tandis que l'école qui possédait la tradition vivante du maître créait le Jésus

4. Par exemple, II Cor,, iv, 4, Satan est appelé « le dieu de ce monde ». Comp. Jean, xii, 31,

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des Évangiles synoptiques, l'homme exalté qui n'avait vu le fondateur du christianisme que dans ses rêves le transformait de plus en plus en un être surhumain, en une sorte d'archée métaphysique qu'on dirait n'avoir jamais vécu.

Cette transformation, du reste, ne s'opérait pas seulement dans les idées de Paul. Les Eglises issues de lui marchaient dans le même sens. Celles d'Asie Mineure, surtout, étaient poussées par une sorte de travail secret aux idées les plus exagérées sur la divinité de Jésus. Gela se conçoit. Pour la fraction du christianisme qui était sortie des entretiens familiers du lac de Tibériade, Jésus devait toujours rester l'aimable fils de Dieu qu'on avait vu passer parmi les hommes avec cette attitude charmante et ce fin sourire ; mais, quand on prêchait Jésus aux gens de quelque canton perdu de la Phrygie, quand le prédicateur déclarait ne l'avoir jamais vu et affectait presque de nei rien savoir de sa vie terrestre*, que pouvaient penser ces bons et naïfs auditeurs de celui qu'on leur prêchait? Comment pouvaient-ils se le figurer? — Comme un sage? comme un maître plein de charme? Ce n'est nullement ainsi que Paul présentait le rôle de Jésus. Paul ignorait ou feignait d'ignorer le Jésus]

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