Voir Saint Paul, introd., p. vu et suiv
78 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 62]
de la vogue dans quelque partie du monde juif. Supposons qu'un homme répondant aux aspirations assez diverses de la démocratie s'élève de nos jours. Ses partisans diraient aux uns : « Vous êtes pour l'organisation du travail ; c'est lui qui est l'organisation du travail ; » aux autres : « Vous êtes pour la morale indépendante; c'est lui qui est la morale indépendante; » à d'autres: « Vous êtes pour la coopération; c'est lui qui est la coopération ; » à d'autres : «Vous êtes pour la solidarité ; c'est lui qui est la solidarité. »
La nouvelle théorie de Paul peut se résumer à peu près ainsi qu'il suit ^ :
Ce monde est le règne des ténèbres, c'est-à-dire de Satan et de sa hiérarchie infernale, laquelle remplit l'atmosphère. Le règne des saints, au contraire, sera le règne de la lumière. Or les saints sont ce qu'ils sont, non par leur propre mérite (avant Christ, tous étaient ennemis de Dieu), mais par Tapplication que Dieu leur fait des mérites de Jésus-Christ, le fils de son amour. C'est le sang de ce fils, versé sur la croix, qui efface les péchés, réconcilie avec Dieu toute créature et fait régner la paix au ciel et sur la terre. Le Fils est l'image du Dieu invisible, le
\. Épîtpe aux Colossiens et Épître aux Éphésiens, tout entières.
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premier-né des créatures; tout a été créé en lui, par lui et pour lui, choses célestes et terrestres, visibles et invisibles, trônes, puissances, dominations ^ Il était avant toute chose, et tout existe en lui. L'Église et lui forment un seul corps, dont il est la tête. Gomme en toute chose il a toujours tenu le premier rang, il le tiendra aussi dans la résurrection. Sa résurrection est le commencement de l'universelle résurrection. La plénitude de la divinité habite corporellement en lui. — Jésus est ainsi le dieu de l'homme, une sorte de premier ministre de la création, placé entre Dieu et l'homme ^ Tout ce que le monothéisme dit des rapports de l'homme avec Dieu peut, selon la théorie actuelle de Paul, être dit des rapports de l'homme avec Jésus ^ La vénération pour Jésus, qui chez Jacques ne dépasse pas le culte de dulie ou d'hyperdulie*, atteint chez Paul la proportion d'un véritable culte de latrie, comme
1. Classes d'anges. Gomp. Rom., viii, 38; I Cor., xv, 24; I Pétri, III, 22 ; Test, des douze patr., Lévi, 3 et suiv.
2. C'est ainsi que Philon appelle le Verbe ■«aêiv t&>v àrsXMv ôeo'ç. Legis alleg., III, 73.
3. Je fais abstraction du verset Col., ii, 2. La complète incertitude de la vraie leçon de la un de ce verset empêche qu'o puisse raisonner dessus.