Col., II, 11-12, 16-23; Eph., ii et m
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gereux ennemis de la civilisation. Les recrudescences de l'esprit de Paul seront autant de défaites pour l'esprit humain. Paul mourra quand l'esprit humain triomphera. Ce qui sera le triomphe de Jésus sera la mort de Paul.
L'apôtre terminait son épître aux Colossiens en envoyant à ces derniers les compliments et les vœux de leur saint et dévoué catéchiste Épaphras. Il les priait en même temps de faire un échange de lettres avec rÉglise de Laodicée^ A Tychique, qui devait porter la correspondance, il adjoignit comme messager un certain Onésime, qu'il appelle « un fidèle et cher frère* ». Rien de plus touchant que Thisloire de cet Onésime. Il avait été l'esclave de Philémon, un des principaux de l'Église de Colosses; il s'enfuit de chez son maître, en le volant, et alla se cacher à Rome. Là, il entra en relations avec Paul, peut-être par l'intermédiaire d' Épaphras, son compatriote. Paul le convertit, le décida à retourner vers son maître, et le fit partir pour l'Asie en compagnie de Tychique. Afin de calmer les appréhensions qui pouvaient rester au pauvre Onésime, Paul dicta à.
4. Col., IV, 12 et suiv. VDir ci-dessus, p. 90-91. 2. Col., IV, 9 et Philem. entier. Onésime était un nom d'esclave. Suétone, Galba, IZ.
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Timothée pour Philémon un billet, vrai petit chefd'œuvre de l'art épistolaire, qu'il remit entre les mains du délinquant :
Paul, prisonnier de Jésus-Giirist, et frère Timothée, a Philémon, notre bien- aimé et notre collaborateur, et a SŒUR Appia, et a Archippe, notre compagnon d'armes, et A l'Église qui est dans ta maison.
Grâce et paix descendent sur vous tous des mains de Dieu notre père et du Seigneur Jésus-Christ.
Je rends sans cesse grâces à mon Dieu, quand ton souvenir se présente à moi dans mes prières. J'entends parler, en effet, de ta foi au Seigneur Jésus, de ta charité pour tous les saints. Puisse ta foi se communiquer efficacement et te révéler toujours ce qui pour nous est le bien, en vue de Christ! Ta charité, en effet, m'a causé beaucoup de joie et de consolation; car les entrailles des saints ont été réjouies par toi, frère. Voilà pourquoi, bien que j'eusse beaucoup de droits en Christ de te prescrire ce que tu dois faire, j'aime liiieux te le demander au nom de la charité, et en mon nom,.,, au nom de Paul vieux et maintenant prisonnier de Christ Jésus.
Je viens donc te prier pour mon fils, que j'ai engendré dans les fers, pour Onésime, qui autrefois ne t'a guère été utile*, mais qui maintenant peut l'être beaucoup à toi et à moi. Je te l'ai renvoyé, lui, c'est-à-dire mes entrailles. Je voulais d'abord le garder près de moi, pour qu'il
L Allusion au nom (ï Onésime, qui veut dire « utile ».
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me servît à ta place dans les chaînes de l'Évangile; mais je n'ai rien voulu faire sans ton avis, de peur que cette bonne action n'eût l'air de t'avoir été imposée, et ne vînt pas de ton plein gré. Peut-être, en effet, Onésime n'a-t-il été quelque temps séparé de toi qu'afm que tu le retrouves à jamais*, non plus comme esclave, mais comme frère bien-aimé au lieu d'esclave. Il est cela pour moi; à combien plus forte raison doit-il l'être pour toi, et selon la chair et selon Christ ! Si donc tu es en communion avec moi, reçois-le comme moi-même. Et s'il t'a fait quelque tort, s'il te doit quelque chose, passe-le à mon compte.
Paul prit alors la plume, et, pour donner à sa lettre la valeur d'une vraie créance, ajouta ces mots :
Moij Paul, fai écrit ceci de ma main. Je payerai sans reproche et sans te rappeler ce que, de ton côté, tu me dois. Oui, frère, puissé-je être content de toi dans le Seigneur ! Réjouis mes entrailles en Christ,
Puis il se remit à dicter :
Confiant en ton obéissance, je t'ai écrit, sachant que tu feras plus que je ne te dis. Prépare-toi aussi à me recevoir ; car j'espère que, grâce à vos prières, je vous serai rendu. Épaphras,mon compagnon de chaîne en Christ Jésus, Marc, Aristarque, Démas, Luc, mes collaborateurs, te saluent.
\. Il y a peut-être ici une allusion au Lévitique, xxv, 46, pasgage qui servait de base à beaucoup de disputes rabbiniques.
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Qnè la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec votre esprit!
On voit que Paul se faisait de singulières illusions. Il se croyait à la veille d'une délivrance, il fondait de nouveaux plans de voyages, et se voyait au centre de l'Asie Mineure % au milieu des Églises qui le révéraient comme leur apôtre sans l'avoir jamais entendu. Jean-^Marc, aussi, se préparait à visiter l'Asie, sans doute au nom de Pierre. Déjà les Églises de la Phrygie avaient été informées de la prochaine arrivée de ce frère. Dans la lettre aux Colossiens, Paul inséra une nouvelle recomnjandalion à son sujet *. Le tour de cette recommandation est assez froid. Paul craignait que les dissentiments qu'il avait eus avec Jean-Marc et plus encore les liaisons de Marc avec le parti de Jérusalem ne missent ses amis d'Asie dans l'embarras, que ceux-ci n'hésitassent à recevoir un homme dont ils avaient appris jusqu'alors à se défier. Paul alla au-devant de ces malentendus et ordonna à ses Églises de com-
4. Il est vrai que ceci répond médiocrement à Act., xix, %\ ; Rom., XV, 23-24. Comp. Phil., i, 25; ii, 24. Peut-être Paul, pour tenir en éveil ses disciples et ses Églises, leur parlait-il do prochains voyages, môme quand il ne faisait qu'en entrevoir la possibilité.
^. Col., IV, 10. Cf. I Pétri, V, 43.
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munier avec Marc, dans le cas où il passerait par leur pays. Marc était cousin de Barnabe, dont le nom, cher aux Galates, ne devait pas être inconnu aux gens de la Phrygie^ On ignore la suite de ces incidents. Un effroyable tremblement de terre venait justement d'ébranler toute la vallée du Lycus. L'opulente Laodicée se rebâtit avec ses propres ressources*; mais Colosses ne sut se relever; elle disparut presque du nombre des Églises^; l'Apocalypse, en 69, ne la mentionne pas. Laodicée et Hiérapolis héritèrent de toute son importance dans l'histoire du christianisme.
Paul se consolait par son activité apostolique des tristesses qui l'assaillaient de toutes parts. Il se disait qu'il souffrait pour ses chères Églises; il s'envisageait comme la victime qui ouvrait aux gentils les portes de la famille d'Israël ^. Vers les derniers mois de sa prison, il connut pourtant le découragement et l'abandon ^ Déjà, écrivant aux Philippiens, il disait, en opposant la conduite de son cher et
4. Colosses est à une quarantaine de lieues d'Antioche de Pisidie, qui faisait partie de la province de Galatie.
2. Tacite, Aiin., XIV, 27; cf. Apoc, m, i7 et suiv. V. Saint Paul, p. 337-358.