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Et ce qui complète la démonstration, c estlanalysc de lïnspiration créatrice qui, môme aux yeux de ceux qui ignoraient les récentes découvertes sur la nature de l'épilepsie, la leur manifeste^^ -, non seulement elle s'associe fréquemment à l'insensibilité dolorifique, non seulement il y a l'irrégularité du pouls, l'inconscience souvent somnambulique de l'instantanéité, de l'intermittence, mais encore elle s'accompagne de mouvements convulsifs, elle est suivie souvent d'amnésie, elle est souvent provoquée par des substances, ou par des conditions qui produisent ou augmentent l'hypérémie cérébrale, ou par des sensations puissantes, et enfin elle peut se transformer en hallucinations ou leur succéder.
Cette ressemblance de l'inspiration avec l'accès épileptique nous est corroborée par une
(1) « Il y a une fatalité (écrit de Concourt) dans le premier hasard qui vous dicte l'idée. Puis c'est un e force inconnue, une volonté supérieure, une sorte de nécessité d'écrire qui vous commandent l'œuvre et vous mènent la plume ; si bien que quelquefois le livre qui vous sort des mains, ne vous semble pas sorti de vous-même; il vous étonne comme quelque chose qui était en vous et dont vous n'aviez pas conscience. C'est l'impression que j'éprouve devant Sœur Philomâne. » Journal des Goncourt. Paris, 1888.
BufTon même qui avait dit : que l'invention dépend de la patience ajoute : il faut regarder longtemps son sujet : alors il se déroule et se développe peu à peu : vous sentez un petit coup d'électricité qui vous frappe à la tète, et en môme temps vous saisit le cœur; voilà le moment du génie.
JU LES PROGRÈS DE L'aNTIIROPOLOGIE CRIMINELLE
preuve plus directe, plus intime, les confessions mêmes des grands épileptiques, qui nous montrent comment l'un se confond complètement avec l'autre. Telles sont les confessions de Concourt, de Buffon, et surtout de Mahomet et de Dostojewski.
« Il y a des moments, écrit ce dernier, et cela ne dure que cinq ou six secondes de suite, où vous sentez soudain la présence de l'harmonie éternelle. Ce phénomène n'est ni terrestre, ni céleste, mais c'est quelque chose que l'homme, sous son enveloppe terrestre, ne peut supporter. 11 faut se transformer physiquement ou mourir.
C'est un sentiment clair et indiscutable
Le plus terrible, c'est l'effrayante netteté avec laquelle il s'accuse, et la joie dont il vous rempHt. Si cet état dure plus de cinq secondes, l'âme ne peut y résister et doit disparaître. »
« Au milieu de l'abattement, du marasme mental, de l'anxiété qu'éprouvait le malade, il y avait des moments oîi son cerveau s'enflammait tout à coup, pour ainsi dire, et oîi toutes ses forces vitales atteignaient subitement un degré prodigieux d'intensité. La sensation de la vie, de l'existence consciente, était presque décuplée dans ces instants rapides comme l'éclair. » (Dostojewski, Bési.) Zola, dans les Roinanciers naturalistes^ nous
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donne cette confession de Balzac : « L'artiste opère sous l'empire de certaines circonstances, dont la réunion est un mystère. Il ne s'appartient pas, il est le jouet d'une force éminemment capricieuse : tel jour pour un empire il ne toucherait pas son pinceau, il n'écrirait pas une ligne.
« Un soir, au milieu de la sève, un matin en se levant, ou au sein d'une joyeuse orgie, il arrive qu'un charbon ardent touche ce crâne, ces mains, cette langue tout à coup ; un mot réveille les idées, elles naissent, grandissent, fermentent. Tel est l'artiste, humble instrument d'une volonté despotique, il obéit à un maître. »
C'est sans doute à cette même seconde que faisait allusion Fépileptique Mahomet quand il disait « qu'il visitait toutes les demeures d'Allah en 7noins de temps quil n'en fallait à sa cruche cV eau pour se vider ^ -».
Rapprochons, maintenant, cette description de l'accès qu'on pourrait appeler psycho-épileptique, et qui correspond exactement à l'idée physiologique de l'épilepsie (irritation corticale) avec toutes les descriptions que les auteurs euxmêmes nous ont donnée de l'inspiration géniale,
(1) Th. Uostojewski. L'Idiol. Paris.
LES PROGRÉS DE l'aNTHROPOLOGIR CRIMINELLE
ot nous verrons combien est parfaite la correspondance qui existe entre ces deux phénomènes.
Ajoutons que pour certains d'entre eux, ce n'est pas seulement quelque rare paroxysme, mais l'existence entière qui rappelle la symptomatologie psychique de l'épileptique. — Bourget observe que « pour les Goncourt, la vie se réduit à une série d'attaques d'épilepsie entre deux néants ». {Nouveaux essais de psychologie, 1888, p. 179.) Et les Goncourt ont fait toujours de l'autobiographie. — Mais il suffira, pour tous, de jeter un coup d'œil sur le tableau que nous trace Taine, du plus grand des conquérants modernes, et sur le portrait que nous donne Renan du plus grand des apôtres. Toutes ces analogies nous expliquent comment on peut trouver une grande intelligence chez les criminels-nés, qui sont pourtant des imbéciles moraux, des idiots du sentiment. .
Passons aux délinquants per impelo , c'està-dire par éclat de passion, par coup de foudre. Leur proportion est très mince, ^ à 6 p. 100.