‹ L'anthropologie criminelle et ses récents progrès (volume 2)Chapitre 20 sur 28 · CRIMES POLITIQUES. — LNFANTJCIDES, ETC · texte numérisé non relu

CRIMES POLITIQUES. — LNFANTJCIDES, ETC

Déjà au Congrès d'anthropologie criminelle de Rome', mon collaborateur Lasclii et moi, nous avons communiqué les résultats de nos premières reclierches sur les délits politiques ; nous avons résumé les facteurs anthropologiques, physiques et sociaux qui, secouant l'inertie naturelle à l'homme et lui faisant oublier sa haine du nouveau (le misonéisme) , pouvaient pousser un peuple aux révolutions politiques et à la criminalité particulière qui en découle.

Des études ultérieures nous mettent à même d'exposer d'une manière plus détaillée l'action de quelques-uns des plus importants de ces facteurs.

D'abord nous devons faire remarquer que délit

(I) Voir les Actes du 1" Congrès international d'antliron, criminelle. Uome-Turin, 1886-87.

LOMBKOSO.

134 LES l'ROGRKS DE t/aNT11R0P0L00IE CRIMINiaLE

politique, dans sa signilicalion anthropologique, est moins pour nous un attentat contre une organisation politique particulière, que toute opposition violente au misonéisrae politique, religieux ou social de la grande majorité.

En effet, en admettant que le progrès organique et humain n'ait lieu que lentement, au milieu d'obstacles puissants, provoqués par les circonstances extérieures et intérieures, et que l'homme et la société humaine soient instinctivement conservateurs, il s'ensuit que les efforts vers le progrès, se manifestant par des moyens trop brusques et trop violents, ne sont point physiologiques et que s'ils constituent quelquefois une nécessité pour une minorité opprimée, ils sont, au point de vue juridique, un fait antisocial et, par conséquent, un crime.

Mais, ici, il faut distinguer les révolutions qui ont un développement lent, préparé, nécessaire, tout au plus accéléré par quelque génie ou par quelque fou, elles révoltes qui ne sont qu'une incubation précipitée et artificielle à une température excessive, un explosion d'embryons voués, pour cela, à une mort certaine.

On peut donc appeler les premières des phénomènes physiologiques, les secondes des phénomènes pathologiques ; celles-là ne sont jamais

ClîI.MICS POLITIQUES. — I.M'ANTICIDKS, ETC. l.iO

un délit, parce que l'opinion publique les sanclionnc cl leur donne son appui ; tandis que cellesci sont toujours l'équivalent d'un délit, car elles représentent l'exagération des rébellions ordinaires.

Il y a ensuite les points intermédiaires : ce sont les révolutions provoquées par des causes

A ï B î G i Fig. 4. — Échelle représentalive des départements (1 à 25;.

Echplle de diffusion des sufTcages républicains.

Échelle de diffusion des suffrages monarchiques dans les élections politiques.

A, montagnes, collines, C, plaines.

justes et générales, mais qui sont trop précoces.

Elles finissent cependant par triompher : mais en attendant qu'elles se soient adaptées au milieu, elles peuvent constituer un délit, évidemment temporaire, qu'une époque non éloignée transformera môme en héroïsme et en martyre.

Le facteur le plus puissant des révolutions et

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des révoltes, c'est le climat. — Comme on peut le

voir par nos diagrammes, c'est dans les départements des montagnes de France, qu'on obser\e

CRiMKS poLrriOL:i:s. — iniwnticides, etc. '1'-]T

le plus grand nombre de génies et de républicains, tandis que leur moindre nombre est dans la plaine. (Voir fig. 4 et S.)

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Race. — Déjà M. Le Bon nous avait démontré la grande influence de la race sur les révolutions.

En France, il a reconnu la différence de caractère des brachycéphales et des dolichocéphales : les premiers seraient amoureux des traditions et de l'uniformité, conservateurs en un mot ; tandis que les seconds seraient révolutionnaires. — Mais il a exagéré.

En effet, il y a des peuples dolichocépliales (Egyptiens, Nègres, Australiens^, Sardes, etc.), peu révolutionnaires, et des brachycéphales (Auvergnats, Romagnols) qui, au contraire, ne sont pas conservateurs; et on voit 86 émeutes italiennes (1793-1870) donner le dessus à la dolichocéphalie (Sicile, Naples, Ligurie, Calabre), quoique la brachycéphalie y fût aussi représentée dans de fortes proportions (33,72 p. 100).

En France, ayant comparé, d'après Reclus, Topinard et Jacoby, une carte des races avec les

'Jî^8 LES PROGRKS DE L'.VXTlIROl'OI.Or.lF. CRIMTNKLLE

résultats des élections politiques des années 1877, 1881 et 1885, nous avons pu en conclure qu'en général les départements oîi prédomine la race ligurienne, donnent un plus grand contingent de votes aux républicains, ainsi que les départements

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LICURft 1 OELGICA GftLLICA i ISERICA 1 CIM3RICA

Fig. 6. — Échelle représentative des départements (1 à 25).

_____ Ligne de diffusion des principes républicains.

Ligne de diffusion des principes monarcliiques.

de race gauloise, lesquels abondent aussi en génies (fig. 6).

La Vendée, par contre, le Morbihan, le Pas-de- Calais, le Nord, les Basses et Hautes-Pyrénées,

r.RIMKS l'OUTIOI E?. — INKANTICIDES. KTC. 1

le Gers, la Dordognc, le Lot, sont réactionnaires et comptent aussi peu d'hommes de génie.

Il y a, pourtant, des conditions particulières qui rendent encore plus efficace et plus active l'action ethnique, comme le croisement, de plusieurs races. Il en fut ainsi des Ioniens qui, par leur mélange avec les Asiatiques (Lydiens, Perses), devinrent plus révolutionnaires et plus intelligents que les Doriens ; nous voyons de même, de nos jours, les Japonais, bien plus avancés que les Chinois dans la voie du progrès, à cause sans doute de leur mélange avec les races malaises.

L'inoculation du sang germanique expliquerait la précoce civilisation de la Pologne et peut-être môme le fait qu'en Franche-Comté on remarque les plus grands révolutionnaires dans le domaine des sciences (Nodier, Fourier, Proudhon, Cuvier).

Des effets analogues sont dus aussi aux changements de climat, qu'on pourrait nommer un croisement climatérique : c'est celui-ci qui éleva en Europe le Sémite, à une hauteur de génie qu'il n'a pas en Asie, et qui transforma l'Anglo-Saxon en Américain bien plus libre et plus génial.

Quant à la France, elle offre d'abord un rapport remarquable entre la race et le génie. On voit celui-ci prédominer là oîi prévaut la race germanique (Marne, Meurthe-et-Moselle, Haute-Marne,

•l'iO LUS PROGRÈS DK LANTIIROPOLOGIE CRlMINiaLE

Aisne, Seine-el-Oise, etc.), tandis qu'il est plus clairsemé dans les départements où prévaut la race ibérique (Basses et Hautes-Pyrénées, Ariège

A î B î B î D î E î Fig.7. — Échelle représentative des départements (1 à 28).

Ligne de diffusion des principes républicains.

— ■ Li},nie de diffiisinn des principes moiuirchiqncs.

A. de 2ii à 40 liaijitants par kilomètre carré. — li, de Al) à 00 h. par k. m. q.

— B. de CO à 80 h. par k. m. q. — l), de 80 à 100 11. park. m. q. — E, plus dé 100 h. par k. m. q.

Gers, Landes, etc.) et la race celtique la plus pure (Morbihan, Vendée, Deux-Sèvres, Vienne, Charente, etc.). Mais même ici les contradictions "ne

CHIMES rOLITIQLÎES. — INFANTICiniCS, ETC. 'J 41

manqueiiL pas, car, ainsi que nous l'avons démontré dans Y Homme de Génie, les descendants des Burffimdiones donnent beaucoup de génies dans le Jura et le Doubs et un petit nombre dans la Saône-el-Loire. — Dans la même race, la Haute-Garonne produit dix fois plus de génies que l'Ariège, deux fois plus que le Gers et cinq fois plus que les Landes.

Dans la Guyenne, la Gironde produit le double du Lot et dans le Languedoc, l'Hérault donne sept fois plus de génies que la Lozère.

Toutefois, en cherchant les gros chiffres, on • voit que les races qui donnent le maximum des départements riches en génies, 5 sur 8 (66 p. 100) sont peuplés par la race belge et par la race gauloise, fournissant environ 19 p. 100 de départements avec le maximum de génialité.

La race ibérique donne des chiffres insignifiants de même que la race cimbrique, avec laquelle elle n'a pourtant aucune affinité (fig. 10).

Or, en comparant la distribution géographique du génie en France avec les résultats des élections politiques des années susmentionnées, on aperçoit que la génialité va de pair avec la tendance républicaine.

142 LES PROGRÈS DE l'aNTOROPOLOGIE CRIMINELLE

Densité de la population. — On comprend aisément que là où la population est, agglomérée, notamment dans les villes, et Jacobyl'a signalé le

premier, les agitations politiques doivent avoir lieu

CRIMES l'OLlTlQlIKS. - INFANTICIDES, ETC.

plus fréquemment, car, dans les grands centres dépopulation, les passions s'aiguisent par le contact mutuel et l'exemple se propage facilement. Il faut ajouter l'existence dans les gros centres ouvriers, de l'influence peu pacifique des génies (fîg. 8) et en même temps celle très dangereuse des déclassés et des criminels qui, dans les troubles politiques, cherchent à s'élever eux-mêmes ou à donner libre cours à leurs instincts pervers.

En outre, dans les centres très peuplés, il faut compter avec la névrosthénie endémique ; ainsi M. Béard a reconnu que la soif de l'or, les journaux excitants, les élections politiques favorisent la neurasthénie parmi presque tous les citoyens de New-York et celle-ci à son tour favorise la révolution (fig. 8). '

De l'étude sur les rapports entre la densité de la population et les votes monarchiques en France, il résulte que dans les départements où la population est le plus agglomérée, l'esprit public est plus enclin aux idées républicaines (fig. 7.)

En effet, les Basses-Alpes, les Landes, l'Indre, le Cher et la Lozère, dont la population ne dépasse pas 40 habitants par kilomètre carré, ont donné dans les élections politiques de 1877, 1881 et 1883 des quotités considérables de votes au parti monarchique.

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11 en est de môme pour les départements de la Vendée, du Nord, des Hautes-Pyrénées, du Gers, du Lot et de l'Aveyron, avec 60 habitants par kilomètre carré.

Des résultats aussi curieux nous sont oflerts par l'étude des rapports entre les révolutions et le

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