CHAPITRE PREMIER
ANOMALIES MORPHOLOGIQUES '
S'il est vrai qu'une grande fécondité est la preuve d'une bonne santé, je crois que l'école d'anthropologie criminelle n'a besoin d'aucun autre témoignage pour démontrer qu'elle est bien vivante et qu'elle se porte très bien ; quoique quelques gens prétendent qu'elle soit mort-née; et quoique, en mauvais chrétiens, ils n'aient garde de lui refuser même le baptême et le nom qu'on donne pourtant toujours aux pauvres innocents. Che mai non fur vivi (Dante).
Il y a quatre ans seulement qu'au milieu de l'étonnement des ennemis du progrès moderne, on a vu se rassembler à Rome 128 savants 2 qui étaient venus de tous les côtés de l'Europe, nous
(1) Relation lue au 2" Congrès d'anthropologie criminelle, Paris, 1889.
(2) Actes du premier congrès d'anthropologie criminelle, 1887, Rome.
26 LES PROGRÈS DE l'aNÏUROPOLOGIE CRIMINELLE
apportant les dernières découvertes de cette science nouvelle et déjà mûre, découvertes qu'une merveilleuse exposition confirmait expérimentalement. — Mais depuis de ce moment, le mouvement (ce n'est pas une exagération de l'affirmer) a redoublé de vitesse et d'intensité.
Les nouvelles observations foisonnent de tous côtés.
Cerveau. — Nous citerons seulement les anomahcs des circonvolutions cérébrales qui, pour bien des raisons, paraissaient se soustraire aux recherches scientifiques, parce qu'on n'avait pas encore pu saisir complètement leur type normal. Lemoine nous a signalé chez un cleptomane, ex-membre de la Commune, une anomalie unique jusqu'ici dans la science, la fusion congénitale des deux lobes frontaux {Archives d'anthropologie criminelle^ 1886). Hotzen [Befunde am Gehirneiner Muttermorderin, 1886) décrit chez Marie Kauster qui à quinze ans, avait tué sa mère, pour en hériter, et qui n'avait pourtant montré aucune anomalie psychologique, une pachiméningite hémorrhagique^ une atrophie des circonvolutions frontales et du lobe occipital qui ne couvrait pas le cer-
ANOMALIES MORPHOLOGIQUES
vclet, et un grand nombre de segmentations atypiques dans les circonvolutions, surtout de l'hémisphère gauche.
Lambl {WestphaLArchio fïir Psijchiatrie, 1889) a trouvé une complète parencéphalie avec destruclion des racines de la circonvolution frontale ascendante chez une jeune escroc.
Richter a présenté à la Société de psychologie de Berlin, un cerveau de criminel, avec bifurcation de la scissure de Rolando. {Archives de Neurologie, 1883.) Fallot {Bulletin de la société d'Anthropologie, 1889), Benedikt, Brown, Tenchini, Willigk et Mingazzini ont observé S fois sur 112 criminels, un vrai opercule occipital, c'est-à-dire une plus grande profondeur du deuxième pli de passage, ce qui est très rare dans les cerveaux normaux, très fréquent dans les microcéphales (4 sur 12). La séparation de la scissure calcarienne de l'occipitale a été observée par eux sept fois sur 112 criminèls; sur 100 hommes honnêtes une fois, et sur 12 nègres une fois.
Un autre fait qui est maintenant bien assuré, c'est le plus grand développement du cervelet qui contraste avec le volume du cerveau; même les femmes criminelles qui ont toujours le minimum des anomalies étaient en cela très voisines des mâles. Le poids du cervelet et de ses annexes
28 LES PROGRÈS DE L'aNTOROPOLOGIE CRIMINELLE.
était de 133 grammes, tandis que chez les femmes honnêtes il est de 147 {Archivio Psichiatria, IX, 612), chez les mâles il va jusqu'à 169.
Toutes les observateurs confirment la fréquence des communications anormales des circonvolutions et cela dans des cerveaux bien souvent plus volumineux que chez les autres ; ces anomalies confirment la prophétie de Broca qui fut le père de lanthropologie, et, par là, l'ancêtre de l'anthropologie criminelle.
« Une ou plusieurs de ces communications, écrivait-il, n'empêchent pas un cerveau d'être à la fois très intelligent et très bien équihbré ; mais lorsqu'elles sont nombreuses, lorsqu'elles affectent des parties importantes, elles sont l'indice d'un développement défectueux. C'est ce qu'on voit souvent sur les cerveaux peu volumineux des pauvres d'esprit ou des imbéciles, et c'est ce qu'on voit aussi très fréquemment sur les cerveaux des assassins, avec cette différence que, dans le premier cas, le moindre développement des plis de passage ou d'anastomoses est en rapport avec le développement des circonvolutions en général et avec la petitesse cérébrale; tandis que, dans le second cas, il coïncide, au contraire, avec l'ampleur de la plupart des circonvolutions et témoigne de l'irrégularité du développement du cerveau. »
ANOMALIES MORPHOLOGIQUES
Cra:<es. — Il est naturel que ce soit sur le crâne dont le type normal est bien connu, que les anomalies aient été reconnues en plus grand nombre, non seulement dans ces dernières années, mais même depuis plusieurs siècles.
Commençons par l'anomalie qui est peut-être la plus caractéristique et certainement la plus atavistique chez les criminels, par la fossette occipitale moyenne. Sa fréquence a été confirmée par tous les observateurs, ïenchini, Benedikt, Mingazzini, excepté par M. Féré, qui, nous le croyons, n'a pas très approfondi cette étude.
Il est curieux de noter, par exemple, que M. Marimo qui avait entrepris ses recherches pour combattre l'importance de cette anomalie et sa signification atavistique, a dû la confirmer au contraire, l'ayant trouvée dans la proportion*
de 4, 19 chez les Européens normaux (1320).
» 16 chez les Européens criminels (150) .
» bO chez les Zélandais (22).
» 22 chez les Australiens (222).
ï 26 chez les Américains (46).
» 19 chez les Egyptiens et les Etrusques (126).
MM. Romiti, Tenchini, Mingazzini et Frigerio ont (I) Archivio di Psichialria, 1889.
'àO LES PROGRÈS DE L'aNTHROPOLOGIE CRIMINELLE
trouvé des proportions numériques encore plus grandes.
La fréquence de la synostose précoce a été également confirmée par les recherches de MM. Mingazzini et Romiti et celle de la crête frontale hypertrophique (étudiée par M. Tenchini pendant les séances du premier congrès) a été confirmée par MM. Mingazzini, Varaglia, Marimo, qui l'ont trouvée dans 47 p. 100 des criminels, et 14 p. 100 des honnêtes. {Archivio di Psichiatria, vol. VIII, p. 68.)
M. Marimo a [trouvé les wormiens du jrtéréon dans la proportion de 23 p. 100 de ses criminels {Arch. crAnthrop., 1889); j'avais trouvé cette même proportion (Ho7mne crhninel, p. 171). Papous 36 p. 100, Australiens 28 p. 100, Italie du Midi 16 p. 100, du Nord 83 p. 100.
M. Penta, à son tour, a observé un phénomène atavistique des plus singuliers : la présence de deux os anormaux aux côtés de l'occipital qui vont rejoindre le ptéréon, comme dans les poissons pleuronectiles. [Rivista di discipline carcemne, 1889, p. 23.)
M. Mingazzini, en étudiant 30 crânes criminels, trouve, dans 16 p. 100 des cas, le métopisme, dans 6 p. 100 la fusion des os du nez, une fois l'os basiotique, dans 33 p. 100 la proéminence des arcades sourcihères, dans 10 p. 100 la sub-
ANOMAUTLS MORPnOLOGTQUES
microcéphalie, dans 20 p. 100 la Léralologie complète du crâne, c'est-à-dire asymétrie, sténocrotaphle, mâchoire énorme, énorme index perplalyrhinique et brachistapliylique dans le même crâne {Archivio di Psijchiatria , IX, p. 612). M. Severi nous a montré, ainsi que Varaglia l'avait entrevu, une plus grande capacité des fossettes crâniennes occipitales, ce qui confirme et explique le volume plus grand qu'on avait reconnu dans le cervelet des criminels.
Appliquant la photographie composite (galto-
Pig. 1. — PhoLographie composite de crânes de criminels.
nienne) à l'étude du type criminel, j'ai trouvé dans six crânes d'assassins et dans six de voleurs de grands chemins, deux types qui se ressemblent merveilleusement et qui présentent, avec une exagération évidente, les caractères du criminel-né
32 LES PROGRÈS DE l'aNTHROPOLOGIE CRIMINELLE
et même, on pourrait bien le dire, de l'homme sauvage : sinus frontaux très apparents, zygomes et mâchoires très volumineux , orbites très grands et très éloignés, asymétrie du visage, type ptéléiforme de l'ouverture nasale, appendice lémurien des mâchoires (Qg. 1). Six autres crânes d'escrocs et de voleurs m'ont donné un type moins précis, mais l'asymétrie, la largeur des orbites, la saillance des zygomes y sont toutefois très nettes quoique moins marquées. Ces anomalies sont moins évidentes dans une photographie obtenue avec ces dix-huit crânes. *
Cette observation me semble avoir une importance tout aussi grande, dans un ordre d'idées bien plus général, car elle vient étayer puissamment la signification et l'importance des statistiques moyennes, lesquelles semblaient devoir s'écrouler sous les derniers coups qu'on leur a portés. Nous avons aujourd'hui des indications très nettes à l'appui de nos théories, en ne travaillant que sur des groupes véritablement homogènes.
Squelette. — M. Tenchini étudiant 63 squelettes
(1) Pour les autres figures, consuUei' l'Allas de lllomme crimmel, Alcan 1888.
ANOMATJES MORPHOLOGIQUES 33
de criminels, y a trouvé dans 6 p. 100 des cas, la perforation de l'olécrâne qu'on observe dans 36 p 100 des Européens et dans 34 p. 100 des Polynésiens; il vient d'observer, de môme, chez eux, 10 fois sur 100, des côtes et des vertèbres en plus, et 10 fois sur 100 en moins; ce qui rappelle la grande variabilité de ces os dans les vertébrés inférieurs.
Dans ces derniers temps il a môme trouvé, chez un criminel, quatre vertèbres sacrales de moins, remplacées par quatre vertèbres cervicales supplémentaires.
Anomalies hans les vivants. — Marro [Caratteri dei ddinquenli 1889), qu'on peut bien appeler le Jussieu de l'anthropologie criminelle, a étudié toutes les sous-espèces de VHomo criminalis, et il a trouvé que les anomalies qu'il appelle atypiques (comme nez tordu, goitre, etc.) sont, chez les auteurs de ^blessures, moins nombreuses que chez les normaux, pendant qu'on vérifie le contraire sur les voleurs et les filous. Seuls les escrocs s'approchent de la moyenne physiologique, tout en restant au-dessous.
Les anomalies pathologiques (parésies, etc.), qui dépendent presque toujours des habitudes
à-i LES PROGRÈS Ï)K L'aNTIIROPOLOGIE CRIMINELLE
alcooliques ou de la vie de prison, se remarquent avec une grande fréquence chez les meurtriers, tandis qu elles présentent quelque diminution chez les auteurs de blessures.
Il trouva une plus grande capacité et une plus grande circonférence de la tête chez les filous, et cez les simples voleurs, chez lesquels il observa encore que la courbe transversale de la tête est plus grande, — il observa le plus petit diamètre vertical du crâne (dans la proportion de 4,3) chez les homicides récidivistes, tandis qu'il était de 1,6 chez les homicides non récidivistes, Ferri avait trouvé la longueur du visage plus grande dans les homicides que dans les auteurs de blessures et dans les filous. Marro remarqua que chez les escrocs la hrachicéphalie était moins exagérée etlamzc;'ocepA«/ze frontale moins fréquente.
Il trouva chez les criminels les proportions de 86 p. 100 de fronts étroits et de 41 p. 100 de fronts bas.Les mêmes proportions chezlesnormaux étaient respectivement de 51,9 p. 100 et de 15 p. 100.
Chez les assassins, Marro, a trouvé bien souvent le diamètre mandibulaire exagéré, les zigomes distants, les cheveux noirs et touffus; défaut de barbe, et pâleur du visage.
La hrachicéphalie se montra, chez les auteurs de blessures, plus fréquente que dans toute autre
ANOMALIES MORPHOLOGIQUES 3b
espèce de criminels ; la longueur des bras et même des mains est aussi, un caractère de ces gens. Au contraire, chez les coupables de viols, on rencontre le front étroit, lesmains et les bras courts , caractères fréquents qui les rapprochent assez des femmes criminelles, commenous allons le voir.
Chez les vagabonds, on remarque l'absence des caractères physiques (tels que les sinus frontaux, la mâchoire volumineuse) qu'on peut croire des signes d'énergie, et la présence, au contraire, des autres anomalies qui annoncent la faiblesse physique elmovcûe {hernies, par exemple).
Les anomalies somatiques et psychiques atteignent, chez les assassins, 45 p. '100; chez les auteurs de viols, elles vont jusqu'à 33 p. 100; chez les voleurs avec effraction à 24 p. 100; elles abondent aussi parmi les criminels d'occasion.
Quant aux névropathies, nous voyons qu'elles sont assez fréquentes chez les assassins (45. p. 100). et encore plus chez les incendiaires (85 p. 100); elles sont plus rares chez les voleurs de vol simple (36 p. 100) et chez les oisifs (38 p. 100); et plus rares encore chez les violateurs (33 p. 100), chez les voleurs de grand chemin (23 p. 100), les voleurs avec effraction (24 p. 100), les auteurs de blessures et les escrocs.
Pour les diflérences de la main, Marro a trouvé
36 LES PBOGRKS DE LANTnnOPOLOGIE CRIMINELLE
qu'en général, les mains trapues et courtes abondent chez les meurtriers, tandis que chez les autres espèces de criminels prédominent les mains allongées, dans lesquelles la longueur des doigts est égale à celle delà paume de la main et quelquefois plus grande.
Les différences de la sensibilité sont remarquables dans les diverses classes de criminels et même chez les individus d'une même classe. — Marro a trouvé que la diminution de la sensibilité générale se montre avec plus de fréquence chez les auteurs de viols, puis chez les assassins, les voleurs de grand chemin et les escrocs.
Pour ce qui est de l'intelligence, on peut dire que, généralement, elle est moindre chez les criminels contre les personnes, et plus puissante chez les criminels contre la propriété et chez les escrocs.
La passion du jeu est grande chez les auteurs de violet de blessures; un peu moins chez les oisifs, chez les voleurs de grand chemin et les assassins.
En voici les proportions :
Assassins 37 p. 100
Auteurs de blessures 60 —
Auteurs de viols 60 —
Voleurs de grand chemin . . . . 51 —
Incendiaires 14 —
Escrocs 43 —
Voleurs 63 —
Oisifs 59 —
ANOMALIES MORPHOLOGIQUES 3i
On pouvait bien s'attendre à ce que les habitudes d alcoolisme fussent très répandues chez les criminels, et en effet, Marro les a trouvées chez 74,7 p. '100 des criminels.
De ses études, il résulte encore que les habitudes religieuses sont développées chez les criminels, presque à l'égal des normaux, plus encore même parmi les assassins et les auteurs de viol (peut-être parce que ceux-ci abondent chez les villageois); au contraire, elles sont bien .faibles, chez les criminels d'occasion, les voleurs exceptés.
La récidivité et la précocité abondent parmi les criminels d'occasion, qui présentent peu de caractères dégénératifs.
Pour ce qui est de l'hérédité , on voit qu'elle dépend en première ligne, de l'âge avancé des parents, de l'alcoolisme, de l'irritabilité du père, en deuxième ligne de l'aliénation et de la criminalité des parents 1.
(1^ chez Clicz Chez les aïeux Chez les aïeux
le père, la mère, paternels. matci nels.
Alcoolisme . . . . 41 p. 100 5,1 p. 100 >• »
Vieillesse 32 — 17 - 1 ?
Folie 9,2 - 3,3 - 2,7 1,1
Maladie cérébro-spin. . 21,1 — 18,0 — » »
Epilepsie 1,7— 0,9 — 0,1 0,1
Criminalité .... 3,3 — 0,3 — Immoralité ou caractère violent . . .22,6— 11,0— ? 1 Phtisie polmonaire. . 5,1 — 10,1 —
."J(S LES rROGRt;S 1»E L'aIS'THROI'OLOGIK CHIMINELLK
En résumant ces caracLères, on peut dire : Chez les assassins el les raeurtiers, il y a prévalence de la courbe et du diamètre transversal do la tête , la demi-circonférence postérieure de la tête est plus forte que l'antérieure : la mâchoire inférieure est volumineuse et les zygomes éloignés : ils ont le plus souvent les cheveux noirs et touffus et la barbe rare ; le goitre et les mains trapues s'y rencontrent aussi avec fréquence. Chez les auteurs de blessures, la brachicéphalie est le caractère le plus constant; viennent ensuite. la longueur des mains et des bras.
Chez les auteurs de viol, on a observé une taille petite, avec poids relativement élevé, les mains etlesbras courts^ le front étroit, la demi-circonfèrence antérieure de la tète très courte. Les anomalies des organes génitaux et du nez sont fréquentes, et presque toujours l'intelligence est très peu développée.
Les cheveux touffus et la barbe rare, la dérivation de parents alcoolisés et névropathes, carac-
el comme cause de mort l'on a reconnu :
J. 'alcoolisme. . . .
Le suicide . . . .
La l'olie
Les maladies cérébro-spinales. . .
La luberculose. .
Chez le père.
dans 7,2 p. 100
Chez la mère.
.ANOMALIKS MOKPHOLOGIQUKS
IcrisenL les voleurs de grand chemin. Beaucoup d'entre ceux-ci sont tatoués et ont les réflexes exagérés.
Les incendiaires sont presque tous aliénés : leurs parents l'étaient aussi.
On a trouvé chez les escrocs les mâchoires fortes, les zygomes éloignés, le poids du corps très élevé, parents âgés, intelligence discrète, quelquefois même très développée.
Les voleurs avec effraction ressemblent aux voleurs de grands chemins, par les caractères physiques et psychiques. Chez eux, on trouve un grand nombre de fous simulateurs. Chez les autres voleurs, on remarque les cheveux noirs et la barbe rare ; l'intelligence est plus soignée que dans les autres classes, les escrocs exceptes; l'alcooUsme chronique est très fréquent, tandis qu'il l'est moins chez leurs parents.
Chez les oisifs, Marro a trouvé beaucoup d'anomalies psychiques : arrêt du développement de rintelligence, en particulier l'épilepsie et d'autres défauts expUquent leur penchants étranges.
Sur les femmes criminelles, les influences sociales sont bien plus puissantes que sur les mâles; viennent ensuite la vieillesse, l'aliénation mentale et l'alcooUsme des parents qui produisent presque autant de femmes criminelles que d'hommes.
-40 LES PROGRÈS De i/antiiropologie criminelle
On a prétendu que ces découvertes étaient en contradiction avec les miennes; mais, au contraire, elles ne font que les confirmer complètement : seulement elles nous montrent des espèces, là 011 je n'avais entrevu qu'une genre : c'est le signe du progrès, que cette subdivision des phénomènes, qui paraissaient simples à première vue. On marche toujours du simple au coniposé.
En étudiant par la méthode statistique cent nouveaux types criminels qui ont posé (je vole le mot aux artistes) dans mon laboratoire, le professeur Rossi a confirmé presque toutes les observations de Marro La circonférence moyenne du crâne a été trouvée de 552 centimètres (selon Marro, elle serait de 550). La courbe antéro-postérieure était de 345 centimètres (340 selon Marro), la courbe transversale, de 229 centimètres (suivant Marro, 211).
La brachicéphalie est plus diffuse, — dans la proportion de 83,3, — tandis que, les dolichocéphales étaient dans la proportion de 8 p. 100 et les mésaticéphales dans celle de 8,3 p. 100;
(1) Unia ceniuria di Criminaii, 1889.
ANOMALIES MORPHOLOGIQUES
la capacité crânienne était de 45,48 (selon Marro lo,72.)
Les anomalies plus nombreuses de la tête ont été :
Les sinus frontaux énormes chez 20 p. 100.
L'oxicéphalie ^
La ptaticéphalie o —
La scaphocéplialie .... 4 -
La plagiocéphalie .... 5
Et dans la face :
L'asymétrie faciale .... 24 —
Lamâchoireliyperlrophique. 23 —
Les oreilles à anse .... 24 —
Le strabisme t'^ ~
Les dénis enchevêtrées. . . 8 — Les incisives médianes absentes 2
Les canines médianes absentes ■!
Les incisives médianes hypertrophiées 3 —
Les canines médianes hypertrophiées 2 —
La moyenne de la sensibilité tactile a été trouvée par M. Rossi chez 69 criminels, de 2,62 millimètres à droite, et de 2,41 millimètres à gauche.
L'analgésie a été trouvée dans 15 p. 100 des sujets, la sensibilité à la douleur plus forte à
42 LES PROGRÉS DE L'aNTHROPOLOGIE CRIMINELLE
droite dans 34 p. 100; à gauche dans 39 p. 100; égale dans 15 p. 100.
La force la plus grande était à gauche dans 40 p. lOOdescasJ'épilepsie existait dans 32 p. 100.
Sur 100 criminels, 81 p. 100 se livraient à la boisson (15 dès leur enfance).
L'impulsivité, le caractère irascible se remarquaient dans 40 p. 100.
L'mconstance dans 18 p. 100 ; la religiosité dans 25 p. 100; le tatouage fut observé dans 23 cas sur 100*.
M. Ottolenghi^ a examiné l'échancrure nasale de 526 crânes dont 397 normaux, 129 de criminels, 50 de fous. Il y a trouvé des anomalies dans la proportion de 23,92 p. 100 chez les normaux, 39,52 p. 100 chez les criminels (48,14 p. 100 d'hommes; 33,33 p. 100 de femmes).
Mais, ce qui est plus important, il a rencontré dans le plus haut degré de l'anomalie, la vraie gouttière simienne dans le rapport de 1,70 p. 100
(1) Cenluria di Criminali, 1888.
(2) Arç/nvio di Psichiairia c Scienze pénale, 1888.
ANOMALIES MORPHOLOGIQUES
Chez les normaux eL de 16,60 p. 100 chez les criminels.
Sur 20 crânes de crétins de la Lombardie el du Piémont, l'anomalie de l'échancrure nasale était dans le rapport de 55 p. 100. Chez les fous (presque tous Piéraontais) il a trouvé presqu'aussi fréquemment cette anomalie (42 p. 100); 13 épileptiques ont donné 38,46 p. 100. Il a cherché les anomaUes de l'épine nasale dans les crânes de 60 normaux, de 30 criminels, de 13 épileptiques, de 50 fous et de 20 crétins, et il l'a rencontrée très développée chez les criminels (48,7 p. 100), surtout chez les assassins et chez les fous (40 p. 100); et moins fréquemment chez les normaux (24 p. 100).
On a ensuite étudié la dimension, l'inclinaison, la surface, la direction et la protubérance des os nasaux.
Ce sont les criminels (surtout les assassins) qui offrent les os nasaux les plus développés (40 p. 100), tandis que chez les normaux la proportion n'est que de 4 p. 100.
Pour la direction, Ottolenghi a constaté fréquemment (36 p. 100) la déviation des os nasaux chez les criminels, 30 p. 100 chez les épileptiques, tandis qu'elle était de 16 p. 100 chez les normaux.