‹ L'anthropologie criminelleChapitre 57 sur 119 · FILS · texte numérisé non relu

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voleui

D'autres faits du même genre ont été réunis en grand nombre, notamment parle D' Thomson (3) et Lucas (4).

Thomson rapporte l'exemple de la famille Juke, dont le nom est devenu, paraît-il, aux États-Unis, synonyme de criminel. Le premier membre connu est un nommé Max Juke, né vers 1720. Sept générations comprennent 709 personnes, sur lesquelles 76 ont été condamnées pour avoir commis 1 1 5 délits ou crimes. Sur ce même ensemble de 709 membres connus de la famille Juke, on compte en outre, 142 vagabonds, 128 prostituées, 121 cas d'infirmités diverses.

(0 Paris, t. III, p. 18

(2) Déjérine, Vhérédité dans les maladies du système nerpeux, Paris, 1886, p. 38.

(3) De Vhérédiié des crimes y Journal of mental science, v. XV* <4) Lucas, Traité de V hérédité, Paris, 1847, t. 1, p. 480.

Francottb. — Anthropologie criminelle. 9

Le même auteur a vu huit prisonniers de la même famille. Le père avait été souvent condamné à de longues peines.

Une autre famille avait un de ses chefs condamné aux travaux forcés pour assassinat ; trois frères, une sœur et son mari étaient voleurs. De plus, leurs oncles et leurs tantes avaient été au bagne; un neveu et des cousins s'étaient livrés aussi à des actes coupables.

Au mois de février 1845, la cour d'assises condamnait une mère et son fils, tous deux reconnus coupables d'assassinat sur le beau-père du fils.

L'hérédité n'est pas toujours directe : pour la retrouver, il faut parfois monter plus haut que le père et la mère.

Galetto, un des pires bandits italiens appartenant à l'association dite de la « Taille », et condamné à mort aux assises d'Aix, en juillet 1872, était le petitfils d'un nommé Orsolano, appelé le féroce^ et qui mourut sur l'échafaud pour avoir tué plusieurs jeunes filles et avoir fabriqué du saucisson avec leur chair. Galetto était surnommé la hyène par ses compagnons, à cause de sa férocité et sa soif de carnage (Despine) (i).

On sait que l'hérédité ne reproduit pas toujours sous une forme similaire, le mal originel.

Ainsi, dans la suite des générations, on voit alterner les grandes névroses convulsives et les maladies mentales ; on voit encore le diabète, la goutte, l'obésité, la lithiase biliaire affirmer une étroite parenté par leur apparition successive sous l'action héréditaire.

Il y a au fond de chacune des espèces morbides appartenant à un même groupe, une essence corn-

(i) Bi la folie, Paris, 1875, p. 65i.

mune : c'est cette essence morbide que l'hérédité transmet, en la revêtant successivement des différentes formes du groupe.

Les statistiques tendent à établir qu'il se passe quelque chose d'analogue dans la transmission héréditaire du crime ; en effet, on trouve chez les ascendants des criminels un certain nombre d'états morbides qui se représentent avec une certaine constance et que l'on peut considérer comme unis par d'intimes rapports à la criminalité.

Parmi ces états morbides, l'alcoolisme occupe la première place. L'aliénation mentale et l'épilepsie se présentent aussi assez fréquemment. Nous trouvons, en outre, les maladies organiques du système nerveux, l'âge avancé des parents et enfin la tuberculose que Moreau a considérée comme un des modes de la transformation héréditaire de la folie.

Les statistiques suivantes justifieront ce qui vient d'être dit.

Sur 5o7 criminels, Marro (i) a trouvé :

Alcoolisme chez le père 209 fois, soit 41 .0 •/•

— chez la mère 26 — 5.i

Aliénation chez le père 47 — 9.2

— chez la mère 17 — 3.3

— chez collatéraux paternels. 46 — 9.0

— — matern... 40 — 7.8

— chez les aïeux paternels... 14 — 2.7

— — maternels . . 6 — 1 . i

— frère et soeur 49 — 9.5

Epilepsic chez le père 9 — 1.7

— chez la mère . 5 — 0.9

— chez les collatéraux paternels. 3 — o.5

— — matern... 3 — o.5 -— chez les aïeux paternels i — o. i

— — maternels .... i — o. i

— chez les frère ou sœur 8 — i .5

(i) Op, citato, p. 237.

IJ2 RÉCIDIVITÉ

Criminalité chez le père 17 — 3.3

— chez la mère 2 — o.3

— collatéraux ascendants. .. . 14 — 2.7

— chez les frère ou sœur.... 68 — i3.4 Caractère violent ou immoral chez le

père ii5 — 22.6

Caractère violent ou immoral chez la mère 56 — 1 1 . o

Moelî (i) a également reconnu la fréquence d'antécédents héréditaires névropathiques ou psychopathiques parmi les criminels.

Sur 79 sujets plusieurs fois condamnés pour vol, il a constaté 41 fois l'existence de la folie ou deTépilepsie chez l'un ou l'autre membre de la famille.

Chez 12 de ces 79 sujets, il ne fut pas possible d'obtenir de renseignements.

Parmi les 67 restants :

a. 16 (23 pour 100) nièrent tout antécédent ;

b. 10 (15 pour 100) présentèrent chez leurs ascendants ou chez leurs collatéraux des particularités du système nerveux, du suicide, de la criminalité ou de l'ivrognerie ;

c. Chez 14 (21 pour 100), il y avait — indépendamment d'autres antécédents pour quelques-uns — de l'aliénation mentale évidente ou une maladie nerveuse chez un autre membre de la famille, notamment chez un frère ou une sœur.

d. Chez 27 (40 pour 100), on trouva — indépendamment d'autres antécédents chez quelques-uns — spécialement dans l'ascendance directe de la folie évidente ou de l'épilepsie.

Réddlvlté. — La récîdivîté est, pour employer le langage de Lombroso (p. 390), comme « le sceau

(i) Ueber irre Verbrechetf Berlin, 1888, p. m.

mmmmmmmmtmm^

RÉCIDIVITÉ 133

juridique qui sert à compléter et à contrôler la conception du criminel-né. En dehors de l'anthropologie théorique pure, le criminel-né ne peut être considéré comme tel avant d'avoir commis une ou plusieurs récidives. Et cela d'autant plus que les anomalies anatomiques peuvent se rencontrer dans presque toutes les formes psychiatriques dégénératives, même chez l'aveugle-né et le sourd-muet, et que les tendances criminelles sont communes au premier âge. »

« C'est la récidive obstinée qui commence à nous signaler^le coupable de cette catégorie, surtout quand elle se fait remarquer en lui dès son enfance. »

Qu'il existe des malfaiteurs chez lesquels le crime est passé à l'état d'habitude, chez lesquels il est comme une fonction, je dirai plus, comme un besoin, la chose est bien certaine.

Un voleur disait à Lombroso : « Nous Tavons dans le sang; ne verrais-je qu'une aiguille, je ne puis m'empêcher de la prendre, quoique un peu plus tard, je sois disposé à la restituer. »

Un forçat du nom de Deham avouait à Lauvergne (i) qu'il était irrésistiblement poussé au vol.

Ne plus voler, disait-il, serait pour moi comme ne plus vivre. Le vol est une passion qui brûle comme Tamour; quand mon sang bouillonne dans ma tète et dans mes doigts, je crois que je me volerais moi-même si c'était possible.

Sur les galères, il volait les cercles des mâts, les clous, les coussins des rameurs. Lui-même, après chaque vol, fixait le nombre des coups de bâton qui devaient lui revenir, quitte à recommencer après.

(i) Lauvergne, Les Forçats, p. 358.

1 54 RÉcronriTÉ

Un jour, à la prison de la Roquette, Abadie, chef d'une bande de voleurs, assassin d'une cabaretière à Montreuil, dit à M. Macé (i) : « On ne meurt pas toujours d'une condamnation à mort et on s'échappe de la Nouvelle. »

a Que ferez-vous, si jamais vous redevenez libre, demanda M. Macé. » — « Je repiquerai au truc », répondit-il ; ce qui signifie : « Je reprendrai mes anciens moyens d'existence. »

Il est important de noter que la récidive vient du délit plus que du crime proprement dit et qu'elle pousse également plus au premier qu'au second.

11 y a beaucoup de récidivistes assurément parmi les accusés de cour d'assises ; mais l'immense majorité d'entre eux avait débuté par des actes de moindre gravité. En 1887, par exemple, il y a 1,683 accusés récidivistes. Sur ce nombre, 82 seulement étaient en récidive légale de peine criminelle à peine criminelle; car 11 étaient libérés des travaux forcés, 71 de la réclusion, 601 de l'emprisonnement de plus d'un an, 888 de l'emprisonnement d'un an et moins r les 112 autres n'avaient été précédemment condamnés qu'à l'amende (2). Il est vrai qu'avant la loi de 1854 (qui fait rester à la Nouvelle- Calédonie les hommes condamnés à plus de huit ans), le nombre des forçats libérés qui récidivaient était plus considérable : il était en moyenne de 143 au lieu de 1 1. Mais les autres chiffres étaient à peu près les mêmes. Donc, même alors, il fallait s'attendre à voir des actes en apparence moins redoutables préparer leurs auteurs à la cour d'assises, plus sûrement que les grands forfaits ne destinaient à y revenir. On a observé d'ailleurs à la

(i) Macé, Mon musée criminel ^ Paris, 1890, p. 184. (2) Ces chiffres sont donnés comme exprimant des proportions qui varient tort peu. V. Compte général pour 1887,

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RÉciDnriTÉ • 135

Nouvelle-Calédonie et à la Guyane que le nombre des condamnations prononcées par les conseils de guerre contre des forçats libérés, en résidence stable, est faible: 9 pour 100 dans la première des colonies, 7 pour 100 dans la seconde (i).

La fréquence de la récidive est également un fait bien constaté; partout, on observe une progression rapide et considérable.

Pour la France, en réunissant les prévenus et les accusés récidivistes, on obtient les chiffres suivants :

Accusés

ou prévenus.

De i856 à 1860.

ils sont ....

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