‹ L'anthropologie criminelleChapitre 60 sur 119 · ESPRIT DE RUSE · texte numérisé non relu

ESPRIT DE RUSE

vergne, la majorité des forçats présente une intelligence au-dessous de la moyenne ; Laurent (i) estime que la plupart des criminels sont d'une intelligence inférieure; et Bruce Thomson (2), après 18 ans de séjour dans les prisons et d'expérience des criminels, estime que les neuf dixièmes d'entre eux sont d'une intelligence en dessous de la moyenne, mais que tous sont excessivement rusés.

Esprit de ruse. — Ruse et intelligence ne sont pas des qualités connexes, inséparables ; l'on voit souvent des personnes d'une intelligence bornée déployer beaucoup d'habileté et de finesse dans l'administration de leurs affaires.

Mais cette habileté et cette finesse sont en somme plus apparentes que réelles. L'homme rusé doit son succès à la vivacité du sentiment de l'intérêt personnel, à sa cupidité, à une volonté obstinée et tenace, en même temps qu'à la dissimulation et au choix peu scrupuleux des moyens employés.

A priori^ l'affirmation de Bruce Thomson est donc parfaitement acceptable.

De fait, les annales du monde criminel consignent des exemples assez remarquables d'habileté et de ruse. On a vu Cognard (3) tenir fort bien la place du haut personnage dont il avait dérobé les papiers et la personnalité. Le forçat Collet s'incarnait de la manière la plus parfaite dans les rôles les plus diflférents : évêque ou général selon qu'il éprouvait le besoin de s'attaquer à la caisse d'un diocèse ou à une caisse militaire, il préparait ses vols en procédant avec la même aisance, soit à l'ordination de

(i) Les habitués des prisons de Paris, Paris, 1890, p. SyS.

(2) De l'hérédité des crimes, Journal of Mental Science, v. XV, p. 487.

(3) Causes célèbres du xix« siècle rédigées par une société d* avocats et de publicistts, Paris, 1834, t* ^h p. 217.

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