‹ L'anthropologie criminelleChapitre 61 sur 119 · ESPRIT DE RUSE I · texte numérisé non relu

ESPRIT DE RUSE I

jeunes prêtres, soit à rinspéction des troupes (Corre).

Laurent cite l'exemple d'un individu d'une intelligence assez éveille'e, il est vrai, qui avait inventé une foule de trucs très ingénieux.

Lorsqu'il était à la Santé, une de ses plus grosses privations était de manquer de tabac. Il arrivait assez facilement à s'en procurer, mais il fallait pouvoir en cacher de façon à être sûr d'en avoir régulièrement. Comment faire? Tout est visité avec tant de soin, la surveillance est si sévère, il y a tant à redouter de la délation des autres détenus jaloux! Un matin, je le trouvai radieux, et, s'il eût su le grec et connu Archimède, il m'eût sans doute dit : Euprixa ! L'animal avait trouvé un truc pour dissimuler son tabac. Il se le plaçait sous la plante des pieds entre la peau et une bande de diachylum. « Cela lui donnera peut-être un parfum un peu spécial, me disait-il; mais en prison, on ne saurait se montrer trop difficile sur le choix de son tabac. »

Il est interdit aux prisonniers de garder en poche la moindre somme d'argent. « Eh bien! dit Gautier (i), pour se procurer de l'argent « liquide » en vue d'emplois variés et parfois inqualifiables, les plus <c roublards n — c'est-à-dire, les plus dangereux — des détenus arrivent à réaliser de véritables tours de force. »

Gautier a vu un sou — il provenait de Mazas — qui ne valait pas moins de cinq francs et cinq centimes. On l'avait fendu par la tranche, on avait évidé l'intérieur, et à. l'aide d'un pas de vis imperceptible pratiqué dans l'extrême bord, on l'avait transformé en une petite boîte hermétiquement close qui dissi-

(i) £e monde des prisons. Archives de V anthropologie criminelle ^ t. m, 1888, p. 432.

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