SENTIMENTS RELIGIEUX IQI
fants. Toute la famille était très religieuse, son père ne buvait jamais de vin et regardait le porc comme un animal immonde.
Loin de professer pour le vin la sainte aversion de son père, Mohammed est devenu un ivrogne.
D'une intelligence assez vive, il quitta Tunis à Tâge de vingt-deux ans, vint d*abord en Espagne, où il fit partie de la cuadrilla de Frascuelo comme picador; il vint ensuite à Paris, s'employant comme modèle chez les peintres, dansant dans les cirques forains, courant les filles et les cabarets mal famés. Il a subi plusieurs condamnations pour rixe et filouterie. Quand on lui parle du culte d'Allah, cela le fait se « bidonner », selon sa propre expression.
Un autre exemple non moins frappant :
Mohammed ben Habbid a cinquante-deux ans ; il est né à Mascara dans la province d'Oran. Son père était un croyant ; chaque jour, il allait à la mosquée, se prosternait dans le mirhab et, la face tournée vers TOrient, invoquait le nom d'Allah. Après avoir vendu les troupeaux de son père, Mohammed, alors âgé de cinquante ans, vint à Paris pour faire partie de la fantasia de l'Hippodrome. Il s*est fait condamner pour filouterie. Mais, dissimulé et patelin, il nie énergiquement : « Macasch, sidil Morask hâkarbihl » (i) et pendant qu'il proteste ainsi de son innocence, il me vole sournoisement une cigarette qu'il cache je ne sais où, jurant toujours qu'il ne me l'a pas prise : Marask hakarbih, sidi ! Mohammed aime passionnément le tabac et pour une cigarette, on lui ferait commettre toutes les bassesses. Malgré son âge, il court les brasseries à femmes, buvant et régalant ces dames avec l'argent des troupeaux de son père.
Au point de vue religieux, il est tout aussi indifférent au fils d'Abdallah qu'au fils de Meryem.
(i) C'esf fiaux^ monsieur, je le jure sur ma tête.