‹ L'anthropologie criminelleChapitre 84 sur 119 · SENTIMENTS RELIGIEUX · texte numérisé non relu

SENTIMENTS RELIGIEUX

ment du motif de son chagrin ; il apprend qu'elle e^t menacée d'une saisie, faute d'être en mesure de payer son loyer, console l'affligée et s'offre à intercéder pour elle, court chez le propriétaire impitoyable, le tue, brise son secrétaire et porte son argent à sa protégée de rencontre, qui le comble de remercîments et de bénédictions, comme un sauveur inespéré (i).

La Scia qui n'aimait^ disait-elle, ses enfants pas plus que des chats, et qui fit assassiner son amant, avait un penchant pour sa complice Azzario et accomplissait des œuvres de vraie charité, passant, par exemple, des nuits entières au lit des moribonds.

Raskomkost, dans le célèbre roman de Dostojevsky, tue froidement, avec calcul, deux femmes pour les voler et se faire une position ; il n'a d'affection ni pour sa sœur, ni pour sa mère ; et pourtant, le même homme donne une somme considérable pour une personne pauvre qu'il ne connaît pas, et expose sa vie pour sauver deux enfants (2).

Sentiments religieux. — L'état des sentiments religieux chez les criminels varie suivant l'éducation, suivant le milieu.

Souvent ces sentiments persistent — altérés à la vérité — chez les malfaiteurs auxquels ils ont été inculqués dès la plus tendre enfance et qui vivent dans un pays où la religon est encore très vivace. Il en est ainsi des criminels italiens. Lombroso cite une bande de malfaiteurs qui croyaient expier leurs crimes en récitant un Pater pour chacune de leurs victimes. L'Avelina place l'empoisonnement de son mari sous la protection divine et la Lambeccari avait voué un calice à Notre-Dame de Lorette pour le cas où elle réussirait à empoisonner son mari.

(i)Corre, p. 243.

(2) Lombroso, p. 35i.

IÇO SENTIMENTS RELIGIEUX

Tout autres sont les sentiments religieux des criminels parisiens.

Bien rarement religieux, quelquefois irréligieux, ce sont surtout des indiffe'rents.

J'ai bien rencontré quelquefois parmi eux, dit Laurent (p. 402), des gens qui blasphémaient et crachaient sur les choses les plus saintes avec un cynisme révoltant ; mais c'était bien plus par parade, par vantardise, pour « épater les pantres », que par absence de sens religieux.

Par contre, j'en ai vu quelques-uns pratiquer sans hypocrisie et ceux-là, je ne sais pourquoi, étaient presque toujours des protestants ou des israélites. Les autres sont absolument indifférents . Lorsqu'on leur demande : « Croyez-vous en Dieu?» quelques-uns répondent: « Oui, je crois tout de même qu'il y a quelque chose au-dessus de nous. » Mais ils n'ont pas de conceptions plus précises.

D'autres répondent plus simplement: «Je ne sais pas, je m'en f... » ou bien encore : « Je ne me suis jamais aperçu que Dieu s'occupe de moi ; je ne m'occupe pas de lui, je lui f... la paix, qu'il me f... la paixl » Telles sont les professions de foi qu'on entend le plus souvent dans la bouche du criminel parisien. C'est un sceptique et un railleur. Il appelle Dieu le « Grand Mèque ».

L'indiflFérence religieuse gagne même les Arabes, chez qui les croyances sont vivaces, lorsqu'ils sont depuis quelques années à Paris. Laurent (p. 40) en cite deux exemples.

Mohammed benHaïa est originaire de Tunis; il a trentedeux ans. Sur le front, sa mère lui a tatoué une raie symbolique destinée à éloigner les maléfices. Sur la poitrine, un marabout lui tatoua son nom en caractères arabes et différents emblèmes religieux. Plus tard, des tatouages profanes vinrent orner ses bras.

Son père n'avait qu'une femme, qui lui donna neuf en*

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