ARTICLE VII. — HYSTÉRIE
L'hystérie, cette autre névrose qui a, comme l'épilepsie, des attaches si intimes avec les psychoses, détermine un état mental particulier, qui se caractérise notamment par une inclination au mal, par une oblitération du sens moral, en même temps que par la rapidité et même l'instantanéité de production des idées, des impulsions et des actes.
Aussi les hystériques se trouvent-elles fréquemment en conflit avec la loi. Les vols aux étalages, les vols dans les grands magasins constituent une des formes les plus habituelles de leur criminalité.
On en trouvera des exemples dans les deux observations suivantes, publiées par Legrand du Saulle ( i ).
Observation. — Hystérique. — Excentricités, prodigalités. — Idées de suicide. — Vol dans un magasin. — Irresponsabilité, — Acquittement.
La femme C... est âgée de 28 ans ; elle est chloro-anémique et hystérique. Elle a eu six grossesses déjà, mais a avorté trois fois, et elle a perdu deux enfants sur trois.
En 1873, à la suite d'une fausse couche, elle a eu un accès de délire passager. La femme C... s'est toujours
(i) Motet, Annales médico^psychologiques, 5« série, t. VI, p. 368, 1871. Cité par Legrand du Saulle, Traité de médecine légale^ Paris, 1886, p. 794.
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montrée grondeuse, irritablç, fantasque, capricieuse, jalouse, mobile, d'une humeur changeante et d'un caractère difficile, comme toutes les femmes à impressionnabilité nerveuse excessive et hystériforme, elle a eu des troubles gastriques, de la leucorrhée, des pertes utérines, des migraines et des névralgies. Elle passait souvent, sans transition, d'une gaieté anormale à une tristesse découragée, du rire aux larmes. On avait même noté parfois des idées de suicide chez elle. Dernièrement, elle a volé dans un magasin, sans motif et sans besoin. Elle a obéi machinalement à une impulsion subite et inconsciente; elle ne se rend pas un compte bien exact de ce qu'elle a fait et n'en a conservé qu'un souvenir confus.
Quelques jours après, a éclaté un franc accès de délire mélancolique, avec illusions sensoriales étranges, demistupeur, idées de suicide, insomnie, sensiblerie, inappétence et accablement général. Ne pouvant pas recevoir à son domicile les soins nécessaires, on l'a dirigée sur l'asile de Ville-Évrard et elle y est réellement soignée avec sollicitude. Sachant que cette malade avait eu du délire à la suite d'une fausse couche, en 1873, je cherchai s'il n'y avait pas aujourd'hui une cause utérine. Or, la femme C... présente en ce moment tous les signes d'une grossesse présumée, remontant environ à cinquante, cinquante-cinq ou soixante jours.
L'état mental de la malade est extrêmement amélioré, en ce moment, et la guérison est tout à fait prochaine.
Relativement à l'acte incriminé, je ne crois pas à une somme possible de liberté morale et de responsabilité légale.
En résumé :i" La femme C... est affectée d'hystérie ; 2» Elle est très probablement enceinte; 3° Elle est convalescente en ce moment d'un accès de délire mélancolique; 4° Elle a commis un vol inconscient.
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Observation. — Lorsque A. F... nous fut présentée à la prison de Saint-Lazare, nous ne pûmes nous défendre d*un sentiment de méfiance. Cette jeune femme, d*une mise presque élégante, conservant au milieu des détenues une certaine coquetterie dans la toilette, dans le maintien, nous semblait pouvoir être une de ces femmes astucieuses qui cherchent, en simulant des troubles de l'intelligence et du système nerveux, à échapper aux conséquences des actes dont elles se sont rendues coupables. Mais cette première impression ne tarda pas à disparaître.
À. F..., âgée de trente et un ans, est née à Paris, d'un père qui est mort de paralysie générale. Placée de bonheur dans un couvent, elle s'y montra d'un tempérament nerveux excessif, d'un caractère mobile porté à l'exaltation et à d'incroyables exagérations. Aventurière et capricieuse, elle partit pour la Russie, remplissant dans une famille les fonctions d'institutrice ; elle abandonne bientôt cet emploi, sans motifs, et revient en France, malade, sans ressources.
Recueillie par un homme plein de bienveillance pour elle, qui lui fait donner des soins, elle appelle et abandonne de longues séries de médecins, devient difficile, insupportable. Une grossesse vient encore aggraver son état ; des accidents nerveux de toute nature éclatent ; violente, emportée, elle frappe ou insulte ses domestiques; ses crises se terminent par des larmes. A la suite, elle est tourmentée par des idées de suicide, que la pensée seule de son enfant, qu'elle allaite, l'empêche de réaliser.
Sa conduite cependant reste assez régulière pour faire croire qu'elle est la femme légitime de ***, mais ses actes la font passer pour excentrique, bizarre. Elle n*a pas de besoins, son existence et celle de son enfant sont largement assurées, et cependant elle règle si mal ses dépenses qu'elle est toujours à court d'argent. Pour