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CHAPITRE XL

CARACTÈRES PHYSIQUES sur le vivant. — anthropométrie de la tête,

DES MEMBRES, DU BASSIN. — TAILLE. — COLORATION DE LA PEAU, DES YEU.^C. — NATURE DES CHEVEUX, — TRAITS DE LA PHYSIONOMIE. — STÉATO- PYGIE.

Les caractères tirés des organes internes tiennent le premier rang en histoire naturelle pour distinguer et grouper les hommes et les animaux, parce que leur champ est plus vaste. Mais l'anthropologiste, comme le naturaliste, ne néglige pas pour cela les caractères extérieurs qui sollicitent davantage le regard et frappent au premier abord.

Les uns, parmi ces derniers, sont particuliers à l'enveloppe même du corps et à ses annexes comme la couleur de la peau, la nature des cheveux, ou les particularités des organes externes des sens ; les autres ne sont que la contre-partie de la conformation intérieure. Logiquement il semble superflu, ceux-ci étudiés sur le squelette ou le cadavre mieux et directement, d'y revenir dans des conditions peut-être moins bonnes. Mais en anthropologie, les occasions de scruter au scalpel ou au ruban métrique les restes de races éloignées ne sont pas si communes, et Ton s'estime heureux de pouvoir y suppléer.

Ces réflexions conduisent à appliquer au vivant les procédés

d'observation précédemment exposés en les modifiant à propos ÎSous parlerons ensuite des caractères (jui sont plus particulièrement du ressort des voyageurs ordinaires.

Mensuration de la tête et du corps. — Les mesures ostéométriquesles plus utiles, applicables à la tète, sont de trois ordres : des lignes droites qui se prennent encore avec le compas d'épaisseur ou le compas à glissière, des projections auxquelles convient aussi le procédé de la double équerre, et les angles; ci-joint la liste des principales :

Diamètre antéio-postérieur maximum. Comme sur le squelette, de la glabelle, ici I e point intersourcilier, au point maximum postérieur.

Diamètre transverse maximum, comme sur le squelette aussi, c'est-à dire au-dessus des oreilles.

Longueur simple de la face du point intersourcilier au point alvéolaire, entre les dents incisives médianes supérieures et à leur racine.

Diamètre bizygomatique ou facial transverse maximum.

Hauteur du vertex au-dessus du sol.

— du trou auditif —

— du menton —

Distance du trou auditif en avant du plan postérieur.

— du point sus-orbitaire. —

— du point alvéolaire supérieur. —

Les deu.x premières mesures donnent l'indice céphalique du vivant, qu'il faut se garder de confondre avec celui du crâne osseux. M. Broca a démontré, en elTet (i), que par suite de la résistance et de l'épaisseur des parties molles, le diamètre transverse est toujours plus grand sur le vivant ; sur dix-neuf cadavres, l'excès était de 1,68 du diamètre antéro-postérieur ; il pense que sur le vivant il doit aller à 2,00 en moyenne. Par conséquent, lorsqu'on voudra comparer les indices obtenus

(1) Comparaison des indices céphaliques sur le vivant et sur le squelette, par M. Broca, in Bull. Soc. anthrop., 2e série, t. III, 1868.

sur le crâne sec et sur la tète, il faudra défalquer dans ce dernier cas 2,00. Ainsi l'indice déterminé par le docteur Argelliès sur 47 Basques vivants, de Saint-Jean de Luz, étant de 83,09, descendrait à 81,09 et celui de 58 autres Basques de 80,23 à ■78.25 ; la même réduction de 2,00 devra donc être faite sur les autres indices céphaliques suivants relevés sur le vivant :

20 Xegritos de Luçon (Micklucho-Maclay) 87.5

309 Auvergnats (Durand de Gros) 84.6

423 Bretons de l'intérieur (Guibert) 84.9

443 — du littoral — 83.0

8 Finnois (Beddoe) 83 .7

'10 Ruthéniens ou Petits Russes (Koperniçki).. . 81. G

28 Danois (Beddoe) 80.5

38 Suédois ~ 78.8

10 Anglais — 78.1

180 Berbers (Topinard; 76.7

47 Arabes — 7G.3

9 Dravidicns (Roubaud) 75.8

6 Noirs Mandas de l'Inde — 75. G

Les deux mesures venant après donnent Tindice facial de M. Broca, c'est-à-dire le rapport de la longueur simple de la face il sa largeur bizygomatique; les différences qui en résultent par rapport au même indice sur le vivant, n'ont pas encore été déterminées.

Un troisième indice à calculer est le rapport de la projection verticale de la tète, exprimée par la différence entre la hauteur du vertex et la hauteur du menton, à la largeur bizygomalique de la face. C'est l'indice général de la tète du vivant. Il répond à l'impression que le voyageur rend par les mots : tète longue ou large, visage long ou large. Si l'on prend ici le plus petit chiffre ou la longueur de la face comme terme = 100, c'est que déjà^ dans l'indice facial ordinaire, il est adopté dans ce sens.

Les six dernières mesures sont des projections rapportées,

non pas au plan alvéolo-condylion ou horizontal vrai du crâne, dont les points de repère sont inaccessiltlcs, mais au plan de Camper, c'est-à-dire à la ligne passant par le trou auditif et la base des narines, la seule commode et facile à déterminer sur le vivaut. A Taide du tableau de la page 285, qui donne l'incli-

Fig. 41. — Attitude de la tête pour en prendre les projections sur le vivant. La ligne passant par le trou auditif et la base des narines, ou de Camper, figurée par le bord supérieur de la grande équerre, est exactement horizontale, c'està-dire perpendiculaire au plan postérieur.

AD, projection totale de la tête; BD'=:HD, projection totale da crânc;CD, projection du crâne postérieur ; GH, projection du crâne antérieur ; AH, projection de la portion nasale et sus-nasale de la face.

naison de ce plan par rapport à l'alvéolo-condylien, il sera toujours possible de convertir les projections et même les angles qui s'y rapportent en mesures correspondantes sur le crâne.

Voici la façon générale de procéder (voir la figure 41). Le sujet est debout contre la muraille sur laquelle est appliqué un ruban métrique dont le 0 répond au sol, ou une règle graduée; la tète regarde en avant de façon que la ligne horizontale de Camper, passant par le trou auditif et la base des narines, soit exactement perpendiculaire à la muraille; une première équerre, la principale, glisse le long du mur, cherchant les points de repère: sommet de la tète, trou auditif, etc.; une seconde équerre plus petite glisse à angle droit sur elle pour indiquer les points de repère inaccessibles à la première : points sus-orbitaire, alvéolaire, mentonnier, etc. ; il n'y a plus qu'à lire sur le ruban métrique les hauteurs au-dessus du sol et sur l'équerre principale, qui est graduée, les distances horizontales en avant du plan postérieur, distances directement visibles ou indiquées par le talon de la petite équerre. Dans la figure 41, la petite équerre (ju'on tient à la main a été supprimée pour ne pas obscurcir le dessin.

Dans le cas où la partie postérieure de la tête ne pourrait toucher la muraille, il faut l'appuyer sur quelqu'objet dont on défalque l'épaisseur de chaque distance horizontale. L'immobilité du sujet pendant les diverses mensurations et Thorizontalité parfaite de la ligne auriculo-sous-nasale déterminée par la première équerre, tels sont les points fondamentaux de la méthode. Par de simples soustractions on obtient alors tous les éléments principaux des proportions de la tète, savoir : la projection verticale totale de la tète comme il a été dit, la projection horizontale du crâne BD' sur la figure, les projections particulières du crâne postérieur CD et du crâne antérieur HC et celle de la portion nasale et sus-nasale de la face. On obtient de même les éléments de l'angle facial de Camper, c'est-à-dire la ligne HC, la ligne AH, la perpendiculaire BH à leur intersection H et par conséquent la position du point B; il n'y a plus

qu'à construire le triangle sur le papier et à mesurer au rapporteur Tangle BAC. Néanmoins on fera bien de mcsur«'r directement l'angle deCloquet, à sommet au point alvéolaire supérieur,

■J,^DCUlt^\(

Fig. 42. — Goniomètre facial médian de M. Broca, en position pour prendre l'angle facial de Jacquart, ou de Camper sur le vivant, ayant son sommet au point sous-nasal.

Les deux fiches auriculaires O demeurant en place, le point A s'abaissant au point alvéolaire supérieur et la branche KB étant remontée de la quantité nécessaire, l'instrument donne de même l'angle de Cloquet.

à l'aide du nouveau goniomètre facial médian de M. Broca, le point de contact supérieur de la ligne faciale étant le point sussourcilier ou sus-orbitaire (voir la figure 42). Cet angle est en effet la mesure du prognathisme facial et pour le rendre com-

parable à la mesure correspondante sur le crâne, il suffit d'y ajouter l'angle moyen que fait la ligne alvéolo-auriculaire ici employée avec le plan alvéolo-condylien préféré sur le squelette (voir p. 286 et 302).

Inutile de dire que par la même méthode précédente de la double équerre, combinée à l'attitude indiquée, on peut prendre une foule d'autres projections, suivant le but qu'on se proposerait.

Les mesures sur le vivant et sur le squelette se correspondent en somme passablement, sauf à en corriger quelquesunes. Sur le reste du corps elles concordent moins, quoique leur but soit le même : établir le rapport de chaque segment de.^ membres ou du tronc à la taille et entre eux.

Dans ce dessein on choisit sur le coi'ps non les points de repère les plus logiques, mais les plus apparents, les plus accessibles. Ainsi au poignet, faute encore de la ligne articulaire dont la constatation exige quelque habitude, on accepte le sommet de l'apophyse styloïde saillante sous la peau. Mais la longueur de la main en est diminuée d'autant, c'est-à-dire de 6 à 8 millimètres. La précaution de rigueur dans toutes les mensurations sur le vivant, c'est que le corps soit dans Faltitude verticale, les pieds rapprochés, la ligne qui s'étend du trou auditif au dessous des narines horizontale, les bras pendants, les mains à plat sur la cuisse. La moindre asymétrie devient une cause d'erreur. Ainsi l'on accepte pour extrémité supérieure du bras, le rebord de l'acromion; le sommet de la tète de l'humérus lui correspond en effet assez bien lorsque l'attitude est gardée , mais le bras vierit-il à se porter en dehors qu'aussitôt la tète de l'os plonge en dedans de l'acromion et même jusque dans l'aisselle, diminuant d'autant la longueur de Thu^ raérus. Au membre inférieur lorsqu'on prend l'épine iliaque antérieure et supérieure pour premier point de repère.

puis quelque autre dans l'oteudue du inembrc pour second, la diflereucc de longueur du membre au repos et en adduction atteint des proportions étonnantes.

Les mensurations sur le squelette et sur le vivant ne sauraient donc être comparées, tant qu'on n'aura pas fait le travail ayant pour objet de donner des règles de réduction pour chacun. En ajoutant, par exeiuple, 7 millimètres à la longueur de la main sur le vivant on aurait la longueur vraie sur le squelette.

La branche de Tanthropologie, qui s'occupe de la mensuration des diverses parties du corps, est encore peu avancée, il faut avouer, malgré quelques beaux travaux, notamment ceux de Quételet et de M. Weisbach, à bord de la Novarra.

Suivent les mesures les plus importantes recommandées par les Instructions de la Société d'anthropologie, et en regard les chiffres correspondants obtenus par M. Gillebert d'Hercourt, sur dix-huit Arabes et dix nègres d'Algérie. Le sujet debout, comme il est dit pour la tète, adossé à la muraille, on prend la hauteur de chaque point par le procédé de la double équerre. Pour avoir ensuite la longueur d'une partie, on retranche la plus petite de la plus grande : la hauteur de l'épicondyle étant de 1 057 miUimètres chez le nègre et celle de l'apophyse styloïde du radius de 79 j, l' avant-bras aura 262 millimètres, lesquels, rapportés à la taille totale, seront exprimés par 189,2, et pourront, dès lors, être comparés à la même mesure chez l'Arabe.

Mesures absolues en millimètres.

Hauteur au-dessus du sol.

18 Arabes. 10 nègres.

Du verte.K (taille) 1666 1645

De l'acromion (omoplate) 1374 1352

De l'épicondyle (tubérosité externe de l'humérus, en basj 1 0G7 J OjT

18 Arabes. 10 nègres.

De l'apophyse styloïde du radius 804 795

De l'extrémité inférieure du médius 6]9 601

Du grand trochanter . 877 875

De l'interligne articulaire du genou (en

dehors) 464 438

De la malléole interne 78 74

Largeur.

Grande envergure 1 737 1 704

D'un acromion à l'autre (sommet) 372 372

D'une crête iliaque à l'autre (maximum}.. 281 255

Longueur dupied 239 233

Il faut y ajouter : la hauteur du vertex au-dessus du sol, le sujet assis à terre. Diminuée de sa partie sus-jacente à racromion, elle devient la hauteur totale du tronclaquelle est sujette à de grandes variations dans les races.

La méthode de la double équerre, recommandée dans tous les cas, est bien supérieure à celle suivie par l'expédition de la Novarra. Ainsi pour la longueur de la main; celle-ci prescrit de prendre de l'apophyse styloïde du radius à l'extrémité du médius en passant par la face dorsale de la main, la ligne est donc obhque et de plus augmentée par le développement des chairs.

A titre d'exemple particulier de ce que peut donner l'étude des proportions sur le vivant, nous avons dressé la liste ciaprès des longueurs de la main et du pied rapportées à la taille dans diverses races, avec indication de la source.

Main. Pied.

(Gill. d'Hercourt). 10 Kourouglis 9.9 14.9

(Wilkes) 10 Polynésiens 10.4 13.5

(Topinard) 27 Arabes IJ.l 13.4

— 86 Berbers 11.1 13.4

(Quételet) 300 Belges (de 23 à 30 ans) 11.5 13.4

Main. Pied.

(Novarra) 10 Roumains 11.5 14.8

(Shortt) 50 Tribus infér. des Nilghi-

ris(Indes) 10.8 15.3

(Gill.d'IIercoui't).. 10 nègres d'Algérie 11.8 15. S

(Shortt) 25 Todas, tribus super, des

Nilghiris 11.8 18.1

(Novarra) 30 Allemands 12.0 15.1

— 1 Australien 12.4 IG.l

— 20 Slaves 12.7 15.3

— 26 Chinois 12.8 15.9

(Bourgarel) 12 Néo-tlalédoniens 12.8 15.6

(Novarra) 53 Nicobariens 13.1 16.2

— 2 Néo-Zélandais 13.7 16.5

— 1 île Steward 14.8 17.3

Que tirer de ces rapprochements ? Que la main et le pied de Thomme, quoique plus courts que ceux de l'anthropoïde, ne diminuent pas progressivement des races inférieures aux races supérieures et qu'il n'y a aucune gradation dans leurs dimensions. Les Korouglis et les Polynésiens sont les plus favorisés par la petitesse de la main et les Arabes par celle de leur pied. Les Malais et les Chinois, en négligeant les petites séries insuffisantes, ont tout à la fois la main et le pied plus grands. Mais à côté de cette absence de toute disposition sérielle, cette liste nous donne des différences particulières très-accentuées. Ainsi les Arabes et lesBerbers, si semblables par la main et par tant d'autres caractères, se séparent absolument par le pied. Les Chinois et les Malais, c'est-à-dire tous les représentants des races jaunes dans notre liste, se distinguent par le développement de leur quatre extrémités. La main du Korougli est décidément caractéristique, celte de l'Allemand est plus longue que celle du nègre, si toutefois on peut s'arrèlcr à une petite série de dix individus.

La conclusion générale, c'est que les proportions de la main

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