MENSTRUATION
elles se transforment facilement chez les Européennes en de véritables ménorrhagies.
D'où la difficulté dans les statistiques de menstruation de dégager ce qui revient à la race ; deux influences contraires se neutralisent et peuvent fausser en apparence les résultats. Nous nous bornerons à reproduire les chiffres publiés les plus importants sur l'époque moyenne de la première menstruation suivant les races.
Nombre Première
de femmes. menstruation à
Faye. Christiania 2 691 16 ans.
Rawn. Copenhague 3 840 16 —
Lagneau. Allemagne du Nord. . . 4 324 16 — 9 mois.
Lieven. Russie 1000 16 — 6 —
Lagneau. France. . . 3 661 15 — 1 —
- Angleterre 3 759 14 —11 —
Roberston. Madère 242 14 — lo —
Robertson. Jamaïque (négresses). 80 14 — 10 —
Lagneau. Asie méridionale 1140 12 — 10 —
Les races qu'il nous importerait le plus de connaître n'y figurent pas, comme les Esquimaux elles Lapons, les Australiens et les Boschimans. Sur les premiers, les documents sont contradictoires et roulent sur trop peu de cas, sur les seconds il n'y en a pas (1).
La durée de la grossesse, la fécondité, le nombre de jumeaux sont autant de questions d'anthropologie comparée, qui succèdent à celle de la menstruation. Sur le premier point il n'y a pas de renseignements au-delà de nos pays. La facilité d'accoucher rapportée chez les peuples sauvages, malgré l'absence des soins les plus élémentaires, dépend à la fois de la disposition anatomique et physiologique des parties et du degré de
(1) Voir Tilt. Monihly Journ. of Aled. Se, 1850, t. LXL Lagneau, Gaz. hebd. de méd., 1867, 2e série, t. IV, p. 615, etc.
résistance à la douleur. încontcstablemcnt il y a là des diffé renées très-réelles qui se font sentir d'une race à l'autre en Europe. La fécondité réelle est fort difficile à apprécier: en France il y 3 ou 4 enfants par mariage légitime; dans les autres pays de l'Europe, le chiffre i est généralement dépassé ; en Islande, suivant Moser, il s'élèverait à 5. Les races hyperboréennes seraient moins fécondes; les slaves, plus. Les négresses conçoivent aisément et sont de bonnes nourrices. En Australie occidentale, 44 femmes, passé l'âge de retour, avaient eu 188 enfants, soit 4,3 par tète; 3 en avaient eu 7 chacune et une seule était demeurée stérile (G. Grey). Mais que de causes d'erreur dans ce genre de relevés ! Dans les nations civilisées on limite volontairement le nombre de ses enfants ; dans les pays sauvages on pratique l'avortement et l'infanticide sur une grande échelle. Quant aux naissances multiples, les renseignements ne vont guère au-delà de nos contrées. Suivant un tableau de Moser, c'est à Dublin et en Russie qu'il naîtrait le plus de jumeaux. En Australie il y en aurait autant que chez nous ; j'en connais quatre cas, écrit sir G. Grey.
La question des croisements, si controversée jusque dans ces derniers temps, vient ici.
Sous ce nom on entend, en histoire naturelle, l'union de deux individus, quelle que soit leur distance zoologique. Leurs produits portent le nom d'hybrides d'une manière générale, et de métis dans le langage courant, lorsqu'il s'agit de l'homme. Mais dès que la question de doctrine intervient, la première de ces dénominations s'applique aux produits des espèces entre elles, et la seconde aux produits des variétés ou des races.
Les croisements sont artificiels lorsque la main de l'homme transporte directement l'élément fécondant, provoqués lorsqu'elle se borne à favoriser l'accouplement, ou naturels. Pour que ces deux derniers modes réussissent, il faut d'abord que les
or^ranes puissent physiquement s'adapter, puis qu'entre les deux éléments màlc et femelle mis en présence il y ait une affinité suffisante. Entre individus de la même espèce, celle-ci est de règle, autrement l'espèce ne tarderait pas à s'éteindre. Entre individus d'espèces différentes, l'expérience seule la révèle ; ni la ressemblance anatomique, ni l'analogie fonctionnelle dans le retour du rut, la durée de la grossesse, le chiffre de la portée ne la font prévoir.
Entre animaux de classes éloignées, on a vu parfois de singulières intimités s'établir, entre le chien et la truie, ou le canard dans nos basses-cours, mais l'instinct génésique n'y est pour rien. On affirme que des individus d'ordres différents ont donné naissance à des rejetons, comme le taureau et la jument, dont les petits, ou jumarts, habiteraient les montagnes du Piémont et de l'Atlas. 11 est mieux établi que le phénomène s'établit entre genres différents. M. de Bouille a décrit en 1873 le fruit du croisement de l'isard des Pyrénées avec la chèvre domestique, Celle-ci et la brebis donnent entre les mains des Péhuclhes, dans les Alpes chiliennes, des métis très-vivaces appelés <-/(a6m.f, éont les descendants, féconds pendant un nombre infini de générations, sont l'objet d'un commerce de peaux ou pellions trèsproductif. Entre espèces, les croisements sont communs et fertiles, les métis eux-mêmes étant tantôt stériles comme les mulets et les bardeaux issus de l'àne et du cheval, tantôt féconds comme les petits du lièvre et du lapin, du chien et du loup, du chacal ou du renard, des deux chameaux entre eux, de Falpaga et du lama ou de la vigogne, du cheval et du zèbre ou de l'hémione, du bison et du bœuf européen, etc.
11 n'y a donc pas à lutter ni à prétendre qu'on s'est trompé sur la réalité de certaines espèces et que ce ne sont que des variétés. Deux, trois faits bien établis, et il y en a davantage, suffisent. Aujourd'hui il est certain que les limites de l'espèce
ne sont pas un obstacle absolu pour la fécondation et par conséquent que sa circonscription n'a rien trarrètée, co qui va nous mettre entièrement à l'aise pour parler des croisements humains. Que des races autbropolofïiquement distantes aient ou n'aient pas de rejetons indéfiniment féconds, peu importe, la question si elles représentent des espèces ou des variétés demeure entière.
Bien des mystères restent cependant àéclaircir dans les phélomènes de l'hybridité en général; pourquoi, par exemple, tel mâle d'une espèce donne des métis féconds avec la femelle d'une autre espèce, tandis que, à l'inverse, une femelle de la première avec un mâle de la seconde sont stériles [hybridité uniliiléralc) ; pourquoi une femelle sauvage réduite en captivité ne donne plus de produits fertiles avec son propre mâle, tandis que la captivité accroît la fécondité d'autres espèces ; pourquoi parmi les chiens ou les hommes, les germes paraissant bons, il y a des unions fécondes et d'autres qui ne le sont pas . L'expérience est tout le critérium.
M. Broca a caractérisé avec bonheur les divers degrés de l'affinité sexuelle, qu'il appelle homogénésie ; en voici le résumé (1):
Ilétérogénésie.
abortive
, sans postérité.
j abortive
1 agénésique i ^
Homogéni'sieJ dysgéiiésique |
) paraffénésique i .. ■..
f , , . ^ ? avec postérité. I eug'enesique )
Dans l'hétérogénésie il peut y avoir rapprochement sexuel, mais sans fécondation. L'homogénésie abortive est théorique; la fécondation alieu, mais le fœtus n'arrive pas à terme.
(1) Mémoire 6wr t7iî/67-id(/e, par il. Broca [Journal de physiologie, L I, 1858).
Dans l'homogénésie agénésique ou agénésie, il y a des produits, mais absolument inféconds entre eux ou avec des individus de l'une ou de l'autre race mère. Dans l'homogénésie dysgénésique ou dysgénésie, ces métis sont encore stériles entre eux, mais ils sont féconds avec des individus de l'une ou de Tautre race mère, leurs produits, appelés métis de second sang, étant toutefois stériles, en sorte qu'il ne peut encore se former de race nouvelle.
Dans l'homogénésie paragénésique, ou paragénésie, ou hyhridilé collatérale, les métis directs ou de premier sang sont encore stériles par eux-mêmes ou à leur seconde ou troisième génération, mais ceux de second sang sont indéfiniment fertiles, en sorte qu'une race y prend naissance par les collatéraux. Dans Ihomogénésie eugénésique, ou eugénésie, ou bybridilé directe, les deux ordres de métis sont cette fois indéfiniment féconds, eu sorte que la race nouvelle se produit sans entrave et directement.
L'hétérogénésie n'est jamais qu'individuelle chez l'homme, aussi bien par conséquent que l'agénésie. On avait une tendance, il y a quelques années, à croire à la dysgénésie absolue entre certaines races ; il faut y renoncer aujourd'hui ; tout le débat se concentre sur les deux dernières sortes : y a-t-il des unions qui ne puissent donner naissance à une race nouvelle que parles collatéraux, c'est-à-dire par un retour vers l'une ou l'autre race mère ?
Les métis humains sont en somme de plusieurs espèces. Il y a : 1° des métis de premier sang comprenant leurs rejetons directs et tous ceux qui en dérivent par alliances entre eux; 2° des métis de second sang (premier degré de retour], comprenant tous les rejetons issus du croisement des premier sang avec l'une des deux races mères; 3° des métis de troisième sang (second degré de retour), résultant du croisement des second sang avec
l'une dos races mères; et ainsi de suite. Au cinquième ou sixième croisement de retour, toute trace de métissage a généralement disparu, les traits de la race mère ont repris le dessus. Il va sans dire qu'il n'y a qu'une espèce de métis de premier sang, mais deux des second, des troisième, des quatrième sang, chacune se rapprochant de plus en plus de l'une des deux races originaires; enfin, qu'il y a des métis complexes et sans nom résultant du croisement de métis d'ordres différents.
Si l'on exprime par B, ou blanc, et par N, ou noir, les deux races, et par une fraction la quantité de chacune à tous les degrés, on aura la série suivante de retour vers B :
Métis de premier sang = B 1/2 -+■ N 1/2
— de second sang = B 3/4 -f- N 1/4
— de troisième sang := B7/8-+-N1/8
— de quatrième sang n= B 13 16 -f- ^^ 1/16
— de cinquième sang = B 31/32 -i- N 1/32
L'horaogénésie est absolue ou eugénésique, à plus forte raison paragénésique également, entre races voisines. Les peuples d'Europe en fournissent la preuve ; tous, à divers degrés, ne sont que la résultante d'une série de croisements dont l'un des fruits les plus frappants est l'association chez un même individu de yeux bleu clair, bleu de faïence, avec des cheveux et une barbe noir de jais. Un de nos amis qui retrace parmi ses ancêtres des éléments d'une part touchant aux Pyrénées occidentales et de l'autre lorrains, est dans ce cas. M. Broca a établi dans son étude sur la taille, que les dix-neuf vingtièmes de la surface de la France présentent à des degrés inégaux les caractères des races croisées. Les Bretons sont au quart Kymris et aux trois quarts ou plus Celtes, sans parler d'un autre élément qu'on entrevoit et qui remonte au-delà des Celtes. Jusqu'à la révolution française, vainqueurs et vaincus vivaient isolés ; les uns étaient l'aristocratie, les autres, le peu-
pie ; niais depuis ils se sont rapprochés, et ce qui prouve la valeur de leur union, c'est que le chiffre de la population s'est dès lors très-accru. Le tableau que nous avons dressé avec les observations de M. Beddoe établit que, partout en Europe et jusque chez les Juifs, il faut compter avec deux éléments, le blond et le brun, inégalement fusionnés.
La prospérité de la nouvelle race américaine fournit un second exemple d'eugénésie. L'immigration, qui a pris un essor si considérable aux Etats-Unis depuis une trentaine d'années, y était déjà énorme. Les croisements les plus variés s'y opèrent entre Anglais, Irlandais, Allemands, Italiens, Français, etc., avec le plus grand succès. Nous citerons ensuite les nombreux Espagnols de la Péninsule, chez lesquels se retrouvent les traits des envahisseurs sarrasins du neuvième siècle, puis cette population qu'on désigne sur la côte barbaresque du nom d Maures et qui résulte des mélanges les plus variés, dans lesquels dominent les sangs arabe et berber.
En se reportant aux races jaunes, là aussi on découvre une eugénésie parfaite. Il serait difficile, dans la partie de l'Asie qui les concerne, cle citer une seule race, un seul peuple qui soit indemne de croisements. De Mas parle dans les meilleurs termes des métis de Chinois et de Mongols et Mil. Mondières et Morice de ceux de Chinois et d'Annamites, sous le nom de Miiiuongs. M. Bowring décrit dans les Philippines une race intermédiaire aux ^Malais et aux Chinois comme l'agent principal de la civilisation en ces parages. Leurs métis, qu'on a cités, peu prospères dans les îles orientales de la Malaisie (Waitz) et ceux de Chinois et de Cambodgiens, peu féconds (Gutzlaff), sont des exceptions locales subordonnées aux difficultés de l'acclimatation dans ces pays insalubres. L'un des premiers effets du défaut d'acclimatement porterait sur la fécondité, qui est diminuée. Les Mameloucks d'Egypte
CROISEME?ÎTS. 395
pendant ofiO ans n'ont pu avoir d'enfants avec leurs propres femmes venues de Géorgie et n'ont jamais pu faire souche dans la vallée du Nil (Volnevj. Ce sont là de ces phénomènes singuliers tels qu'il s'en présente dans tout ce qui a trait à la reproduction. Le défaut d'acclimatement semble s'attaquer au germe dans SCS réservoirs.
En Afrique on ne peut nier que les races nègres ne se croisent sur une grande échelle. Les Cafres ont transporté leur haute taille sur une foule de points, les Boscliimans ont laissé cà et là leur stéatopygie et leur petite taille. Sur les frontières actuelles des deux races une foule de métis se rencontrent.
Entre races déjà un peu éloignées, l'eugénésie persiste encore. Les métis d'Indiens et d'Européens sont à l'infini dans les deux Amériques; nous-méme avons vu aux Etats-Unis des familles nombreuses issues de l'InVlien et du Yankee, dont les rejetons étaient très-féconds Le rapport officiel sur les indigènes en 1870, annonce qu'il existe au Kansas tout un corps de nation de métis de blancs et d'Osages 'halfbreed Osages). Au Mexique les métis d'Espagnols forment les deux tiers ou les trois quarts de la population totale. Au Brésil, à la Plata, au Chili, les métis de Portugais sont également en majorité. A Lima il y a vingt-trois dénominations différentes pour désigner les variétés de métis d'Espagnols, de Péruviens et de Nègres.
Les enfants de métis de Chinois et d'Espagnols portent le nom de tornas atras, suivant M. Bowring. La facilité du croisement du Chinois avec toutes sortes de races est du reste un fait notoire. Aux Antilles, en Californie, partout ils se répandent et s'y croisent avec les Indiens et les blancs, donnant plusieurs variétés de métis [X. Mauryi : si le nombre de ces derniers n'est pas plus grand, c'est que le Chinois se marie peu à l'étranger et s'en retourne dans sou pays dès qu'il a amassé une petite somme.
L'infériorité des métis de Chinois et de Portugais signalée à Macao (Castano) doit encore être mise à la charge de l'acclimatement, de même que le cas des Lippladens, ou métis de Malais et de Hollandais, qui ne font pas souche durable à Java et ne produiraient plus que des filles stériles à la troisième génération (Ivan).
Dans notre colonie deTIndo-Chine, M. Morice parle de métis d'Européens et d'Annamites comme résistant déjà mieux au soleil que leur père européen. Fitz-Roy dépeint les enfants et petits enfants d'Anglais et de Malais ou de Polynésiens comme de couleur rouge-brun brillant. Les métis d'Anglais et de Néo- Zélandais furment une race saine et bien musclée suivant Waitz. Prichard parle des mariages entre eux de métis d'Européens et d'indigènes samoens et tongans comme aussi prolifiques que tout autre. Le succès des métis polynésiens n'est plus mis en doute d'ailleurs depuis le fait suivant : en 1789, 9 matelots anglais, 6 Tahitiens, et 13 Tahitiennes s'établirent dans l'îlot désert de Pitcairn, dans le Pacifique: en 1793, ils étaient réduits à 4 blancs et 10 Tahitiennes; en 1846, la population de l'île s'élevait à 66 individus et en 1856 à 189. Du reste, à la fin des voyages de Cook, les races polynésiennes étaient encore vierges de toute infusion de sang blanc ; aujourd'hui les métis y sont si nombreux, qu'il serait difficile d'y trouver des individus de race pure (de Quatrefages).
En Afrique se découvre un grand centre de croisements entre deux races également éloignées, le Soudan. Là au dixième siècle est apparu une race rouge aux cheveux lisses dont le nom le plus répandu est de Foulbes (Barth) et qui se superposa en dominatrice sur une couche antérieure de nègres aux cheveux laineux en donnant lieu à toutes sortes de métis dont les Toucouleurs du Sénégal sont les plus célèbres. Les Somalis, les Gallas et vingt autres peuples de l'Afrique orientale, sont assurément des métis
de nègres et de quelque race rouge ou d'Arabes. Sur lo plateau abyssinien les croisements continuent, mais l'élément arabe augmente. Dans la plaine de Sennaar ils se compliquent tellement, que de l'Arabe plus ou moins pur au nègre pur, il y a six dénominations : 1° les El-Asfar ou jaunes, 2° les El-Kat Fa?é/o6rm, analogues aux Abyssins; 3° \e-iEl--lkdar ou rouges; 4° les El-Azraq ou bleus ; b° les El-Ahcdar ou verts et 6° les Ahbits ou Noubas, dont les cheveux ne sont pas encore absolument laineux.
Entre races plus éloignées encore les croisements demeurent féconds, mais dans quelle mesure le sont-ils ? la race intermédiaire se produit-elle directement ou par collatéraux, facilement ou difficilement dans le premier cas?
Les métis de nègres et d'Européens portent des noms divers selon leur degré. Les premier sang sont des mulâtres, les second des tiercerons, les troisième des quarterons, les quatrième des quinterons, etc., sans parler d'une foule de dénominations locales pour eux et pour ce que nous appellerions les métis mêlés de tout sang. Ils forment une race particulière et sont paragénésiques, nulle discussion à cet égard, mais sont-ils également cugénésiques? Nott, après avoir comparé les métis de la Caroline, de la Louisiane et de la Floride, leur reconnaît une différence de fécondité dans ces différents pays et conclut que la race anglo-saxonne donne, avec les nègres, des hybrides stériles à la première ou à la seconde génération, tandis que la race brune d'Europe engendre des mulâtres mieux constitués et décidément féconds entre eux. Les observations de Long à la Jamaïque, colonie anglaise et les faits inverses constatés à Cuba, à Haïti et à Porto-Rico, colonies françaises et espagnoles, confirment cette interprétation. Jacquinot, Waitz, van Amringe, Hamilton Smith et Seemann, d'autre part, sont défavorables à la fécondité des nègres avec les Européens quels qu'ils soient.
Les difficultés sont immenses, nulle part l€s statistiques n'établissent de distinction entre le premier et second sang. La femme blanche se refusant en général à épouser un mulâtre et celui-ci à épouser une négresse, il faut pourtant que le oaiulàtre trouve une femme, et ce ne peut être le plus ordinairement que parmi les siens. Une fois seulement un document s'est produit, dans la Caroline du Nord. La caste des affranchis y est formée essentiellement de mulâtres libérés par leur père blanc ; FEtat, effrayé de Timportance qu'ils prenaient, a mis des entraves à cette libération ; réduits ainsi à eux-mêmes, leur nombre aurait diminué de 29 pour 100. Somme toute, la question n'est pas résolue.
Passons sur le continent africain. L'un des arguments de Prichard en faveur de la fécondité sans bornes de toutes les races humaines était tiré de la considération des Griquas issus de l'union à la fin du siècle dernier, des Hottentots avec les Hollandais. Prichard était trop absolu et M. Broca fit remarquer avec raison que le nombre des bâtards primitifs fut faible et bientôt noyé dans une masse de Boschimans et de Korannas qui vinrent s'y adjoindre; en sorte qu'en 1823, les Griquas pouvaient être considérés comme revenus au type indigène. Si Texpérience a été détruite par l'excès de croisements de retour, il n'en résulte pas moins qu'à l'origine elle avait réussi. L'auteur anglais citait également l'existence des Malayo- Papous dans l'archipel malais sur l'autorité de Quoy et Gaimard; pour nous il avait raison, et l'existence de ces métis nous parait démontrée par la craniologie, quoique quelques-uns soient considérés aujourd'hui comme des Négritos.
L'un des arguments en faveur de la dysgénésie était pris chez les Australiens. Jusque dans ces dernières années on ne connaissait de leurs métis avec les Européens que trois ou quatre cas cités par hasard par Freycinet, Quoy et Gaimard et Lesson.
D'autres de Mackenzie et Robert Dawson avaient passé inaperçus. Cependant la fréquence du concubinage des blancs avec les gins australiennes était de notoriété générale. Mais depuis MM. Miles, Murray de Sydney, P. Bevcridge, R. Lee ont affirmé pour les avoir vus, qu'ils sont communs spécialement sur les confins des régions envahies par les squatters, où ils rendent de très-grands services. Un exemple sans réplique a été donné par Stokes. De 1800 à 1803, des pêcheurs de phoques anglais, vivant isolés dans le détroit de Bass, avaient échangé contre le produit de leur pèche, puis enlevé sur les deux rives du détroit des femmes auslraUennesettasmaniennes. En 1846 ils avaient donné toute une descendance nombreuse. A l'ile Préservation seule il y avait vingt-cinq enfants, ou mieux petits enfants, puisque les unions primitives remontaient à plus de quarante ans. Ce sont d'excellents marins, dit M. Stokes. Enfin, dans ces derniers temps, la fréquence des métis australiens dans les villes et dans les plantations nous a été personneUemeut confirmée par écrit par M. de Castelnau, consul de France à Melbourne, et verbalement par M. E. Simon, consul de France à Sydney. Reste à savoir, comme pour les mulâtres, dans quelles limites ils sont plus fréquents par les collatéraux que par les premier sang.
Les renseignements fournis par Prichard, en 1836, sur les métis de Mélanésiens des îles Fidji nous paraissent ici applicables aux Australiens. Les croisements des demi-sang entre eux y sont moins féconds, dit-il, que ceux des sang de retour. Autrement dit leurs croisements sont eugénésiques, mais ils réussissent moins que les paragénésiques.
De tout ce qui précède on doit conclure que la règle dans l'humanité est Teugénésie, mais que certaines races sont moins fécondes entre elles par leurs métis de premier sang, que par leurs collatéraux. Ce n'est qu'une question de degré.
Par conséquent, directement ou indirectement il pourra toujours, entre deux races aussi distantes qu'il en existe actuellement sur le globe, se produire une race rigoureusement intermédiaire. Souvent la race s'éteindra avant de s'être fixée par une répétition suffisante des lois de l'hérédité ou parce que les milieux et l'acclimatement ne la favoriseront pas. Souvent, par suite de la prédominance de l'un ou de l'autre élément, il y aura retour progressif vers l'une des races mères comme dans le cas des Griquas. Mais, le temps et les circonstances aidant, la production de cette race est inévitable.
Supposons que le croisement ne soit que paragénésique, le résultat sera le même. Soient deux races parallèles et déjà croisées. Tune formée par un retour des métis de premier sang vers lo blanc, l'autre par un retour des mêmes métis vers le noir. Une fois fixées leur distance anthropologique sera évidemment moindre qu'entre les deux races mères primitives. Que les croisements entre elles recommencent, il se formera encore deux races nouvelles inclinant dans la même hypothèse l'une vers le blanc, l'autre vers le noir, mais plus rapprochées l'une de l'autre que les précédentes. Leur fixation se produisant de même et l'opération se répétant, la distance sera une fois de plus amoindrie, si bien qu'à un moment quelconque la distance sera nulle et qu'entre les deux races originaires, blanche et noire, il aura surgi une race définitive, rigoureusement intermédiaire. Il n'y a pas d'autre moyen d'expliquer le nombre infini de races qui actuellement tiennent à la fois de deux races voisines ayant toutes les apparences de races relativement pures. Sur une série de cent crânes de Néo-Calédoniens un tiers représente plus ou moins un type particulier très-défini, très-accentué, ne ressemblant à rien autre de ce que l'on connaît et qui est le type mélanésien disparu; un tiers ne se distingue en rien des crânes polynésiens les mieux caractérisés ; et un tiers est la superposi-
tion OU le mélange en diverses propot ions des caractères des deux autres tiers. Avec le temps le type moyen sera celui d'une race néo-calédonienne, et cependant à une époque reculée il y avait là deux types profondément différents. Jadis, lorsque les eaux et les forêts isolaient davantage les groupes humains, les caractères accidentels se confirmaient dans une race^ leurs contours s'arrêtaient. Aujourd'hui que les migrations ont pris les plus vastes proportions les caractères se fondent. Le croisement est l'agent principal de la confusion des races, comme l'hérédité et les circonstances extérieures sont les agents principaux de leur séparation. L'un amènera l'unité dans l'avenir, les autres ont dû produire la pluralité dans le passé (1).
Hérédité. Dans tout individu ou dans toute génération d'individus, il y a deux tendances contraires, en effet, l'une de divergence ou de variabilité des caractères, l'autre de conservation ou de perpétuation de ces mêmes caractères. La force qui préside à cette dernière est l'hérédité, qui se définit la propriété des êtres vivants de se répéter, ou de se reproduire sous les mêmes formes et avec les mêmes attributs. Un homme blanc, transporté dans les pays chauds, prend un ton foncé au point quelquefois de pouvoir être pris pour un noir ; cependant son fils naît blanc et se maintient tel aussi longtemps qu'il n'est pas soumis aux mêmes conditions atmosphériques. Les Juifs de Cochin sont généralement foncés, et cependant ce sont des blancs ; leurs enfants naissent blancs, et leurs femmes, conservées à l'abri de la lumière, sont blanches. 11 en est de
(I) Les indications bibliographiques à donner, même les plus essentielles, sont si nombreuses dans les deux chapitres précédents et dans les suivants, que nous sommes obligés, faute d'espace, de ne les négliger que trop. Ici nous renvoyons à la bibliographie si complète de l'article Métis, du docteur Daily, in Encycl. sciences médicales, 2^ série, t. VII.
même desBerhers et des Arabes, sou-vent très-foncés. C'est que la couleur blanche est un caractère fixe de ces races, c'est-àdire remontant ainsi loin dans le passé que porte l'observation. De l'hérédité découle ainsi la loi de permanence des types que démontrent l'identité entre le type égyptien ancien représenté, il y a cinq ou six mille ans, sur les anciens monuments et le type des Fellahs qui habitent encore les bords du Xil, l'identité des types juifs delà même époque et de celle-ci, et la persistance des caractères des hommes de Cro-Magnon çà et là au milieu des populations qui les ont absorbées.
Si les caractères physiques dont l'existence se perd dans la nuit des temps se transmettent san smodification appréciable, en est-il de même des caractères acquis depuis moins de temps, et accidentellement? Si l'on a égard à la coutume des Chinoises de se serrer le pied, usitée depuis mille ans, sans que le volume de l'organe en ait été diminué ; à Fusage de la circoncision chez les Juifs, qui n'a pas eu la moindre influence sur la longueur de leur prépuce ; et à la non-transmissibilité des déformations artificielles du crâne, on serait disposé à répondre par la négative. Mais dans les deux premiers cas et généralement dans le troisième, la déformation ne porte que sur Tun des sexes. Gosse soutenait en effet que les déformations du crâne pratiquées sur les deux sexes pendant plusieurs générations, devenaient héréditaires. La question n^est pas résolue, mais on ne saurait se dissimuler que l'aplatissement vertical de la nuque chez les Malais, chez les Syriens et chez beaucoup d'Américains, semble favorable àcetteopinion L'hérédité de la polydactylie suivie à plusieurs reprises sur trois, quatre et cinq générations, dans plusieurs familles simultanément, mérite aussi d'être considérée. Dans tous ces cas, les mariages se faisaient en dehors des familles prédisposées ; s'ils eussent eu lieu dans leur sein, qui sait si une race nouvelle de polydactyles ne
se serait pas proihiile? 11 e>t vrai qu'une objection peut être faite à ces cas aussi bien qu'à ceux d'autres difformités héréditaires des membres cité>i pur Scouteltcn, d'hypospadias et de divisions du voile du palais ; c'est que la cause qui a engendré spontanémentpour la première fois l'anomalie s'est seule perpétuée, en un mot, qu'il n'y a qu'une prédisposition héréditaire. Mais chez les animaux dans lesijuels la sélection pratiquée par la main de l'homme a favorisé le développement d'un caractère, une lésion accidentelle est plusieurs fois devenue l'origine d'une race particulière. Ainsi les boeufs sans cornes ou à cornes trcs-rudimentaires du Paraguay, les moutons à jambes de basset du Massachusetts, les races de chiens sans queue. Ce que le choix a produit, le hasard ne peut-il pas le faire ?
Dans une race pure, tous les individus se ressemblent dans leurs traits fondamentaux. La loi d'hérédité fait que le fils est la reproduction de ses père et mère. Les Andamans et,assuret-OQ, les Todas sont tous semblables . On en peut dire presque autant des Groënlandais. Cinq crânes de Patagons que possède le laboratoire de M. Broca, sont identiques. Mais ce sont des raretés. Dans les influences insaisissables qui sollicitent l'enfant à revêtir tels ou tels caractères, il y a conflit de tous les cléments qui figurent dans sa généalogie ; il ressemblera à sa mcre durant une partie de son existence, plus tard à son père, et définitivement quelquefois à quelque collatéral éloigné. Nous avons vu que sur un métis on chiffre la quantité de sang appartenant à l'un et l'autre côté; dans les chances d'hérédité il en est de même, il y a lutte entre les caractères, les uns s'ajoutent, les autres se neutralisent, d'autres n'ont aucune influence réciproque. Les ancêtres les plus reculés y ont une part proportionnelle à leur éJoignement, aussi bien que les plus proches. M. de Quatrefages a connu un arrière-petit-tils du bailli de Suffren qui était le portrait frappant de son ancêtre, après quatre gêné-
rations, et qui, cependant, ne ressemblait ni à son père, ni à sa mère. Ainsi explique-t-on que le cheval présente inopinément les raies caractéristiques du xèbre, qui aurait fait partie de sa généalogie zoologique. Ce phénomène prend le nom d'atavisme et est commun chez l'homme; un individu présente les traits d'une génération passée dont le souvenir est absolument perdu. Il y a donc du hasard dans l'apparition de tels caractères, ou mieux il y a des influences virtuelles sur le germe impossibles à estimer. Certains caractères sont plus tenaces à rhérédité, comme la forme du nez, de Toreille. Tout le monde connetît le nez des Bourbons ; M. L. Rousselet Ta retrouvé à la cour de Bhopal, dans l'Inde centrale, sur un descendant direct de François I*', un souverain en réserve pour nous, par parenthèse, lorsque le besoin d'un sauveur se fera sentir.
Les qualités intellectuelles se transmettent aussi bien que les caractères physiques ; dans la famille de Bach il y eut trente-deux musiciens ; d'où les vocations. Les dispositions morbides aussi. Tout se réduit, dans les trois cas, à une transmission de modifications anatomiques primitives ou acquises, par n'importe quel procédé, par l'éducation entre autres. Dans laloi de l'hérédité comme dans toutes les autres de l'univers, il n'y a rien d'occulte. Ici le semblable engendre le semblable.
Les formes principales de l'hérédité sont les suivantes : l'hérédité continue lorsque le fils ressemble à son père et à sa mère et ceux-ci aux leurs ; l'hérédité interrompue lorsque, sans ressembler à son père ou à sa mère, on ressemble à son aïeul ; ceci est très-remarquable dans les transmissions pathologiques, elle y est souvent alors alternante ; l'hérédité collatérale lorsque l'enfant ressemble à un oncle ou un grand-oncle ; l'hérédité atavique lorsque la ressemblance remonte plus loin encore. Nous n'avons pas besoin de dire que les histoires de ressemblance à une personne étrangère qui aurait frappé l'attention de la
nicro pendant sa grossesse, sont des fables. De même, par parenthèse, ne doit-on croire que sous toutes réserves aux cas où l'enfant aurait eu les traits d'un premier mari de sa mère.
Les caractères que présentent les métis ne sont que des applications de la loi de l'hérédité dont les conséquences se réduisent à un calcul de probabilité. Tantôt le métis du premier sang est rigoureusement intermédiaire entre les deux parents pour la couleur de la peau, la nature des cheveux, ainsi que M. Pruner-Bey l'a bien établi, ou les proportions du squelette, ainsi que M. Broca l'a constaté sur quelques pièces. L'une des variétés de Zambos, ou métis de nègres et d'Américains, est le Cafuso chez lequel les cheveux sont très-frisés et assez rudes pour former une vaste perruque hérissée. Tantôt ce métis réunit une partie des caractères dans leur intégrité, de l'un ou de l'autre de ses parents, comme l'intelligence du père et les traits de la mère chez un mulâtre cité par M. de Quatrefages. Dans ce groupe rentrent les métis pie, dont la peau était noire par places et blanche en d'autres, ou blanche sur toute une moitié latérale ou supérieure du corps et noire sur l'autre. Tantôt, enfin, l'enfant est entièrement d'un côté ; l'enfant d'un père européen et d'une mère chinoise sera tout l'un ou tout l'autre. Européen ou Chinois, dit le docteur Scherzer. Un Berber aux yeux bleus et au lobule de l'oreille absent, marié à une Arabe brune et à l'oreille bien conformée, eut deux enfants, l'un comme lui, l'autre comme sa femme. Un officier anglais blond, aux yeux bleus et au teint fleuri, eut plusieurs métis avec une négresse des Indes ; les uns étaient le portrait du père, les autres de la mère. Lucas cite une négresse qui accoucha de trois enfants, l'un blanc, l'autre noir, le troisième cabre, c'està-dire de la couleur d'un métis quart de sang issu du nègre et du mulâtre (de Quatrefages).
Les exemples d'hérédités interrompue, collatérale et atavique
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sont nombreux chez les métis et, à vrai dire, c'est là qu'ils sont le plus frappants. Un nègre bien caractérisé, ayant eu un blanc parmi ses ancêtres, aura inopinément un enfant à la peau blanche avec une négresse; on a vu le fait se répéter régulièrement toutes les deux générations; c'est l'hérédité alternante.
Les traits de l'une ou l'autre race sont plus particulièrement tenaces. Les cheveux rudes de l'Américain ou laineux du nègre se lèguent davantage. Le caractère le plus persistant du croisement de retour du nègre vers le blanc est la coloration jaune des ongles et le défaut de consistance des cartilages du nez. Un nègre, avec uneblanche,produiraun enfant plus voisin du nègre qu'un blanc avec une négresse (Waitz,Fitz-Roy). Pallas raconte que les aUiances des Russes et des Mongols donnent des métis plus voisins de ceux-ci. D'autres, il est vrai, prétendent le contraire.
On s'est demandé si les croisements amènent l'amélioration ou l'appauvrissement des races au point de vue intellectuel et -s'ils doivent être favorisés. Mais on a trop négligé les conditions extérieures où se trouve la nouvelle race, comme dans leur degré de vitalité on a négligé leur acclimatement. Les métis sont souvent mis au ban de la société dans laquelle le sort les a jetés; aussi en acceptent- ils plus aisément les vices et usent-ils envers elle de représailles. La plupart de nos exemples leur sont plutôt favorables. Les Griquas, -s'ils ne valent pas les Hollandais, «ont supérieurs aux indigènes. Les métis de Java valent mieux que les Malais, d'après le docteur Yvan, 11 est impossible de douter que les Polynésiens n'aient gagné à leur croisement avec les blancs. Les métis australiens du détroit de Bass étaient très-bien doués, suivant Stokes ; on fait les plus grands éloges des boundry riders, méti? d'Australie. Si. en Amérique, les Zambos peuplent les prisons de