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sang. Notre administration doit se pénétrer de cette vérité, si elle veut s'assimiler la race indigène de l'Algérie, la race berbère ; très-distincte de la race arabe, elle veut être traitée par des moyens différents; c'est l'anthropologie qui apprend à les reconnaître l'une et l'autre.
L'homme finit par s'acclimater partout, mais à force de persévérance. Une race succombe dans un pays tandis qu'une autre y prospère. En suivant certains préceptes, les difficultés sont amoindries. Or la science des conditions de racclimatement est du ressort de l'anthropologie.
Il vient d'être dit que les races sont comparables à des terrains sur lesquels les maladies se développent diversement et qui appellent des soins et une hygiène propres. Reconnaître ces races est donc aussi utile qu'en pathologie diagnostiquer un tempérament arthritique, herpétique ou nerveux. Dans la triste expédition du Mexique, la connaissance d'un des caractères de la race nègre a conduit à une application fort heureuse. Vera- Cruz a été gardé par un bataillon de noirs venus de la haute Egypte; leur immunité relative contre la fièvre jaune a sauvé la vie à ceux de nos soldats qu'ils remplacèrent.
Nous ne sommes plus au temps d'Albert Durer et de Rubens, où l'on se contentait, dans les arts, de copier les tètes qu'on voyait autour de soi pour représenter des types étrangers. Nos expositions annuelles témoignent du progrès accompli dans ce sens, et il est commun de rencontrer, dans les galeries du Muséum, des artistes étudiant les variations du type humain. Le professeur d'anatomie à l'école des beaux-arts n'ignore pas le devoir qui lui incombe sous ce rapport; il est tenu d'enseigner les diverses formes que revêt le beau, suivant les climats et suivant les races, et par conséquent d'être anthropologiste.
Que Ton accepte ou que l'on nie la doctrine moderne que nous exposerons', il est indubitable que l'homme, par un certain
élevage, par des croisements recommandés, peut, en vertu des lois de l'hérédité accumulée, être modifié dans ses générations successives, au physique comme au moral. Selon la nature des institutions, il ira soit en dégénérant, soit en se perfectionnant. L'anthropologie intervient ainsi dans le but le plus louable, le plus pratique, et son action en cette seule circonstance devrait suffire à lui assurer les encouragements et le patronage de nos Assemblées.
L'anthropologie, on le voit, n'est pas une science de luxe. Dès aujourd'hui, elle mène aux application? les plus inattendues et les plus^ fécondes, et projette une vive lumière sur une multitude de points des connaissances humaines. Naturalistes, médecins, historiens, politiques, jurisconsultes, philosophes, artistes, tous y trouvent de quoi glaner à leur convenance.
L'historique de l'anthropologie peut se résumer rapidement.
L'étude de la nature, et de l'homme en particulier, remonte aux premiers essais de l'esprit humain ; mais l'anthropologie réelle, en tant que science spéciale, se détachant de l'histoire naturelle, est née d'hier. Ignorée jusqu'à la fin du siècle dernier, elle n'a pris son élan que vers la seconde moitié du dixneuvième siècle. Ses premiers éléments sont dispersés çà et là, dans les écrits des médecins et des naturalistes ; les premiers, en effet, en observant l'homme sous tous les climats, et les seconds en le posant comme le type de l'organisateur complet, faisaient de l'anthropologie... de même que M. Jourdain faisait de la prose.
Tels furent Hippocrate, décrivant dans son livre Des eaux, des airs el des lieux les caractères « des Scythes et autres nomades» et les déformations crâniennes des macrocéphales, au delà du Palus-Méotide ; Aristote, comparant les singes à l'homme et parlant des métis humains et des Ethiopiens ; Pline, dont les
récits souvent fantaisistes ont été justement critiqués par Isidore Geoffroy Saint-Hilaire ; Galien, qui, en disséquant les singes, préparait la voie àl'anatomie humaine, fondée parles Mundinus et les Vésale (loi4j.
Quant aux philosophes, que pouvaient -ils en faveur de Thistoire positive de l'homme? Quelques-uns, comme Lucrèce, ont témoigné d'un grand jugement, mais certes ceux qui les premiers ont acclamé la méthode d'observation ont plus de droits à notre reconnaissance.
L'histoire naturelle prit naissance avec Aristote et s'arrêta à lui. Un certain Belon, le premier, en 1655, se risqua à mettre en parallèle le squelette de Vhomme avec celui d'un autre animal ; c'était un oiseau. Jusqu'au dix-huitième siècle, le chefd'œuvre de la création, pour se servir du mot classique, ne fut étudie que par les médecins. Linné, en 17o5, en le faisant rentrer dans sa classification et lui appliquant sa nomenclature binaire sous le titre d'/iomo sapiem, obligea les naturalistes à l'accepter comme de leur domaine. A la même époque. Buffon consacrait deux volumes « aux variétés humaines » (1749).
La voie était ouverte. Presque simultanément, Daubenton, en 1764, publiait son mémoire sur /« situation du trou occipital dans Vhomme et les animaux; Blumenbach, en 1773, sa thèse inaugurale sur les variations du genre humain; Sœmmering, son mémoire sur les nègres, en f78o; Camper, sa dissertation posthume sur les différences que présente le visage dans les races humaines, en 1791 ; White, son travail sur la gradation régulière de l'homme et des animaux, en 1799.
Les grands voyages étaient alors fort en vogue. Sur terre, on parlait de Byron, de Bruce, de Le vaillant, de Pallas, de Barrow; sur mer, de Bougainville, de Cook, de La Pérouse, de Pérou. Le Muséum de Paris brillait de tout son éclat, l'histoire naturelle y marchait à pas de géant. Tout d'abord on observa
HISTORIOLE. 15
simplement, sans passion ; mais peu à peu s'y dessinèrent deux écoles rivales : l'une, dite classique, représentée par Cuvier, qui s'en tenait aux faits; l'autre, dite philosophique, ou des idées, qu'illustrèrent Lamarck et Etienne Geoffroy Saint-Hilaire. Des préoccupations d'un autre ordre vinrent par malheur se mêler à leurs luttes.
Linné et Bluraenbach avaient parlé d'un genre humain sans y attacher d'importance. Lamarck soutint que les espèces varient et se transforment. Jusque-là, l'orthodoxie ne s'en émut pas. Mais avec L'éloquence d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire le danger parut sérieux, la jeunesse s'ébranlait. Un mot d'ordre sembla donné ; « le monde a été créé en six jours ; Adam et Eve sont l'origine de toutes les races actuelles ; le déluge universel a tout détruit, hormis les couples privilégiés sauvés avec \oé. » La science devait plier devant ces articles de foi.
Le premier assaut se termina au préjudice de Lamarck, trop modeste auprès de l'autorité imposante de Cuvier. Le second fut défavorable à Etienne Geolfroy Saint-Hilaire. Le transformisme paraissait vaincu. Le troisième eut toutes sortes de péripéties et se prolongea jusqu'en 1859 environ, à la découverte de Boucher de Perthes ; le terrain y fut eu apparence déplacé. L'école classique ou orthodoxe, désignée alors du nom de monogéniste, plaidait en faveur de l'unité de l'espèce humaine et de la variabilité des races sous l'influence des milieux et des croisements. L'école adverse ou polygéniste soutenait au contraire la pluralité des races et la non-influence des milieux ; Cuvier était le grand nom derrière lequel la première s'abritait en France; Virey, Bory de Saint-Vincent et A. Desmoulins étaient partisans de la seconde. Mais, dès l'année 1808, un vigoureux champion s'était déclaré, à l'étranger, en faveur des monogénistes, Prichard. Son argumentation la plus importante, mais non la plus impartiale, forme cinq volumes, publiés en 181 3,
et fourmillant de documents qui en font aujourd'hui encore un véritable vade-mecum pour l'anthropologiste.
L'ouvrage de Prichard était exclusif. Un autre, conçu sur le modèle de l'Histoire naturelle de l'homme de \\vey, en 1801, mais dans un esprit plus large, parut à Londres en 1817. Il portait le titre de Leçons professées au Collège des chirurgiens sur l'histoire naturelle de l'homme, par Lawrence, et inclinait pour la pluralité des espèces humaines, quoique se prétendant monogénisle. Nous ne saurions trop regretter qu'il n'ait jamais été traduit en français. Ces deux ouvrages prouvent déjà que les recherches sur l'homme ne se perdaient pas toujours sur le terrain des principes. La linguistique et l'ethnographie, presque synonymes à l'origine, et Tanatomie comparée humaine se développaient. L'un de nos collaborateurs de la Bibliothèque des sciences contemporaines dira prochainement l'intluence que les travaux de Kalproth et d'Abel de Rémusat ont eue jusqu'à ceux de MM. Renan, Chavée etFr. MûUer, sur la science anthropologique.
Quant à l'ethnographie, la première société y ayant trait (ut instituée à Paris en 1800, sous le titre de Société des observateurs de Vhomme, et périt faute d'aliment au milieu des guerres de l'époque ; et la seconde à Londres, en 1838, dans un but de philanthropie. Les polygénistes venant de déclarer que les nègres sont inférieurs aux blancs, les intéressés s'en firent une arme en faveur de l'esclavage ; la Société devait réagir contre cette doctrine, elle vécut à peine. L'année suivante, W. Edwards, qui depuis quelque temps s'attachait à démontrer tout le parti que l'historien doit tirer de la connaissance des races, fondait la Société ethnologique de Paris, qui a fourni d'excellents travaux, en tête desquels se place une lettre de son fondateur sur les caractères physiologiques des races humaines considérées dans leurs rapports avec V histoire. Dans le même
ordr(! d'idées ethnographiques se produisirent hicntôt en France et ailleurs de bons travaux, parmi lesquels nous citerons Vllommc (oncricain, d'Alcide d'Orbigny (1).
En anatoraic comparée, le crâne qui avait été l'objet des travaux des premiers anthropologistcs continuait à attirer leur attention. Aux Décades de Blumcnbach en succédèrent d'autres. En 1830, Sandifort publie la première livraison de ses Tabulœ craniorum divcrsarum geniium. En 1839, paraît le modèle dans ce genre, les Crania Americaua de Morton, et en 1844, ses Crania jL'gypliaca; en 1845, V Allas de cranioxcopie de Carus; en 18o6, la première livraison des Crania Brilannica de Davis et Thurnam ; en 1 8o7, les Crania selecta de von Baer, etc. Les noms à citer seraient nombreux : Tiedemann, à Heidelberg, connu par ses cubages défectueux du crâne; Retzius, par sa division des crânes en longs et courts ; van der Hoevcn, en Hollande ; Wagner, Huschke, Luca^, etc. En France, l'influence que nous avons dite encourageait peu les anatomistes à entrer dans une voie si décriée, et c'est à peine si, longtemps après Daubenton, on peut indiquer Dnreau de la Malle, Dubreuil, Foville, Maslieurat-Lagémard, Pucheran, Lélut, Parchappe, Serres, Jaequart, Joulin.
L'anthropologie jusque-là n'existait pas à l'état de science distincte; les efforts étaient isolés; il n'y avait pas de programme; son nom était prononcé par hasard. 11 devenait urgent de centraliser toutes les études afférentes à l'histoire naturelle de l'homme et de ses races. Ce fut le rùle de la Société d'anthropologie, fondée à Paris en 1859, sur l'initiative d'un professeur de la faculté de médecine, le docteur Paul Broca, par un petit groupe de savants parmi lesquels Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, de
(1) L'homme américain de l'Amérique méridionale, par Alcide d'Orbigny, 2 vol. Paris, 1839.
Quatrefages, Gratiolet, Dareste, Ernest Godard, Charles Robin, Béclard, etc. La Société, conçue dans l'esprit le plus libéral, appelait dans son sein les hommes de toutes spécialilés scientifiques, littéraires ou artistiques, de façon qu'une question surgissant, elle pût y être traitée par les personnes les plus autorisées. La dénomination nouvelle, l'anthropologie, y fut consacrée.
A l'imitation de Paris, de nombreuses sociétés de même nom se formèrent successivement à Londres en 1 863, à New- York, Saint-Pétersbourg et Moscou en 186o, à Manchester en 1866, à Florence en 1868, à Berlin en 1869, à Vienne en 1870, à Stockholm et à Tiflis en 1874.
L'époque de la fondation de la Société de Paris coïncida avec deux événements de la plus haute importance : la confirmation publique de la découverte de Boucher de Perthes, qui reportait à une époque incalculable l'antiquité de l'homme, et la publication de livre de Darwin, sur l'Origine des espèces, qui a contribué aussi à donner à la science de l'homme la vive impulsion dont nous sommes les témoins. Elle marque avec éclat le début de la période actuelle.
Ce sont les faits apportés et les idées ayant cours pendant cette dernière phase que nous nous proposons d'exposer dans cet ouvrage. Bien des noms ont été omis dans ce court historique ; chemin faisant, nous aurons occasion d'en combler les lacunes.
Le plan que nous adoptons découle de ce qui a été dit de la conduite tenue par les naturalistes mis en présence d'un être quelconque.
Dans une première partie, l'homme sera ti'aité dans son ensemble comme groupe zoologique et dans ses relations avec les groupes voisins. Les divisions de ce groupe feront l'objet de
U seconde partie. De part et d'autre, nous passerons en revue parmi les quatre sortes de caractères ceux qui conduiront le mieux à déterminer le type général et les types particuliers et nous permettront d'atteindre notre double but : connaître la place de rhoninic dans la classification zoologique et connaître le Dombrc et la nature de ses races fondamentales. Les questions litigieuses sur les origines viendront à la fin.
Classification zoologique. — Lorsque le naturaliste à l'esprit synthétique détache son regard des faits de détails et embrasse par la pensée l'ensemble du règne animal, il est frappé du petit nombre de moyens mis en œuvre pour obtenir les formes les plu§ diverses. 11 constate que d'une manière générale il y a progression continuelle des organismes inférieurs aux organismes de plus en plus élevés. Cette impressionil la rend par des périphrases : « le plan suivi par la nature », « l'unité du type »ou« de composition», ou« de conformité organique », ou bien il compare la suite des êtres à une échelle (i3onnet), à une chaîne, à un arbre aux branches très-ramifiées. Sa pensée intime, qu'il la formule ou non, c'est qu'il y a gradation et succession dans les divers types d'animaux, comme si quelque force d'organisation s'était manifestée dans le cours des âges, dans tous les sens imaginables, et s'était ingéniée à retoucher, à remanier incessamment son œuvre pour porter le nom, bre et la variété des formes à l'infini.
Cuvier, qui ne voulait pas s'élever au-dessus du fait, pensait différemment. Pour lui, le Créateur avait détruit à chaque phase ce qu'il avait terminé dans la précédente, et les animaux actuels ne descendaient pas des animaux anciens. Son opinion appartient désormais à l'histoire.
Quel que soit le secret de l'univers, les êtres se présentent aujourd'hui « comme si » ils dérivaient les uns des autres. Bien
des lacunes existent encore, mais chaque jour leur nombre va en diminuant, par des découvertes imprévues dans les entrailles de la terre, dans les abîmes de l'océan, ou en quelque coin ignoré du globe. On le répète depuis longtemps, « la nature ne fait pas de sauts ». La continuité, à défaut d'une démonstration complète, se révèle lorsqu'on s'attache aux caractères particuliers. M. Ch. Martins et M. Durand (de Gros) nous en fournissent des exemples. La façon dont la nageoire se transforme en membres coudés dans le même sens comme chez la tortue, puis dans des sens opposés comme chez l'homme ; ou se divise en colonnes osseuses longitudinales qui s'épaississent ou s'atrophient pour former la jambe du chien, du sanglier, du cheval ou du gorille, est vraiment merveilleuse (1). Agassiz aimait à montrer sur un tableau, à ses auditeurs de Nevv-York, comment « en contournant ceci, en allongeant cela», on arrivait à faire un poisson, un reptile, un mammifère, un singe (2).
De là les difficultés qu'éprouvent les naturalistes à circonscrire exactement les limites de leurs divisions dans la classification et à donner à chacune le titre hiérarchique qui lui convient, ce qui est famille pour l'un devenant ordre pour l'autre, ce qui est genre devenant espèce, ou réciproquement ; tout dépend du point de vue auquel ils se placent et de leur opinion particulière sur les caractères adoptés.
Pour se rendre compte des débats qui se poursuivent sur l'homme, et de la place qu'il occupe relativement aux autres êtres, il importait d'avoir présent cet état de choses . Pour les uns, les classifications répondent à des groupes naturels qui se voient parles yeux de l'esprit, alors même qu'ils ne peuvent être bien
{l]Création et transformisme, par J.-P. Duiand (deGros), m Bull. Soc. d'anthr., 2e série, t. V, 1870.
(2) Hommes et singes, par L. Agassiz, in Revue scientifique, 2« série, t. III, 1874, p. 818.
légitime? par les faits. Pour les autres, elles sont arbitraires, tt Les niethudes de classification, écrivait Daubenton, ont un défaut capital qu'il est impossible d'éviter, c'est que l'art a plus de place dans leur composition que la nature. » « Les classifications, disait aussi Lamarck, sont des moyens artificiels; la nature n'a réellement formé ni classes, ni ordres, ni familles, ni genres, ni espèces constantes, mais seulement des individus. Etienne Geoffroy Saint-Hilaire les appréciait en ces termes, ù son retour d'Egypte : «. Méthode utile, sans doute, mais nécessairement imparfaite dans ses moyens et incomplète dans son but; la vraie science doit chercher plus loin et plus haut. » L'illuslre adversaire de Cuvier, prêt à publier un catalogue du Muséum, qui était une véritable classification, y renonça, quoique les épreuves en fussent composées.
Néanmoins, les classifications sont précieuses et même indispensables; elles favorisent l'étude, rapprochent les êtres d'une façon généralement naturelle, et donnent la mesure des progrès accomplis. Sous ce nom, en somme, on entend, en histoire naturelle, le groupement hiérarchique des êtres d'après leur degré de parenté probable, basé sur le plus ou moins grand nombre et la valeur de caractères communs.
Ainsi, dès l'abord et pour la totalité du règne animal, on a trouvé un caractère principal, qui suffit pour fonder une première division en quatre embranchements. De la présence ou de l'absence d'un squelette, soit intérieur, soit extérieur, sont nés les zoophyles, les mollusques, les articulés et les vertébrés. Nous rappellerons, avant d'aller plus loin, que les premiers ou zoophytes donnaient la main dans leurs formes inférieures aux cryptogames du règne végétal, mais qu'aujourd'hui on a intercalé entre les deux un nouveau règne, formé d'organismes encore plus élémentaires, sous le nom de règne des prolistes d'Haeckel. Ensuite plusieurs caractères, tirés surtout de l'en-
vcloppe extérieure, ont permis de partager les vertébrés en quatre classes : les reptiles, les ponsons, les oiseaux et les mammifcrcs. Les mammifères, à leur tour, furent divisés, d'après l'existence ou l'absence d'une poche abdominale extérieure dans laquelle les petits traversent la seconde phase de leur développement, en deux sous-classes : les didelphes et les mnnodelphes.
Jusqu'ici, les caractères choisis entraînaient après eux des modifications si fondamentales dans la disposition des principaux appareils de l'organisme, que, en vertu de la loi de stihordinalion des caractères, il était facile de s'en tenir à un seul. La présence d'un squelette intérieur avait pour corollaire une disposition spéciale du système nerveux non moins caractéristique. Déjà cependant, dans la division des vertébrés et dans celle qui suit, le choix s'imposait médiocrement. Plus on descend dans les subdivisions de la faune, et plus l'embarras augmente. Dès lors, on s'adresse à plusieurs caractères et l'arbitraire éclate. A chaque étape la même incertitude renaît : quelle est la caractéristique du groupe? et d'abord est-elle légitime, ne la crée-t-on pas soi-même, et diversement, selon le trait distinctif qu'on accepte ?
Toute classification dans les sciences est provisoire et arbitraire, aussi longtemps que cette science n'est pas terminée: voilà le fait. Elle se borne, en réalité, à introduire quelque ordre dans la masse d'individus que l'on a sous les yeux, à poser des jalons dont le temps se charge de consacrer ou d'infirmer la justesse. Étant données deux collections d'individus, il est aisé, en s'attachant aux sujets les plus dissemblables, d'y distinguer deux types opposés ; mais un certain nombre d'individus s'en écarteront plus ou moins, et quelques-uns iront se confondre avec des types voisins tout différents. 11 est donc fort, peu de divisions secondaires en histoire natu-
relie que fou puisse regarder comme définitives, et que l'on ne soit expose à voir changer le lendemain. Ainsi, aux quatre l'iasses préci'dentes de vertébrés, beaucoup en ont ajouté une cinquième sous le nom de batraciens, en scindant colle des reptiles. Ainsi les didclphes, Tune des sous-classes les plus légitimes, en se fondant sur leur habitat, ont été disloqués et supprimés, la plupart étant rejetés avec les édenlés ou les rongeurs, et le reste devenant un ordre particulier sous le nom de pédimanes.
L'unité zoologique convenue est l'espèce. Nous la définirons en temps et lieu. Au-dessous, il n'y a que des variétés; audessus, il y a des genres, des familles, etc. Le genre est l'assemblage de plusieurs espèces présentant quelques points de contact ; la famille, l'assemblage de plusieurs genres, et ainsi de suite. Entre le genre et Tcspèce, on admet quelquefois des sous-genres; entre le genre et la famille, la tribu au besoin; entre la famille et l'ordre, le sous-ordre, etc. Le nombre de genres dans une famille ou d'espèces dans un genre est mdétermioé.
Or, dan^ la classe des mammifères, les didelphes comprennent les marsupiaux (kangourous, sarigues) et les monolrèmes (échidnés, ornithorynques) ; et les monodelphes : 1° les cétacés et les amphibies; 2° les pachydermes et les ruminants ; 3" les édentés, les rongeurs, les carnassiers, les chéiroptères, les quadrumanes et les bimanes, autant d'oROREs d'après Cuvier. Nous ne pouvons nous étendre; un ouvrage spécial de la Bibliothèque des sciences contemporaines, la Zoologie, dira ce qu'il faut penser de ces divisions. Notre lot à nous, ce sont les deux dernières. Précisément elles sont contestées dans leur valeur réciproque.
Linné réunissait l'homme , le singe et la chauve-souris dans un même ordre sous le nom de primates. Ce rapproche-
24 CLASSIFICATIOX ZOOLOGIQUE.
ment, purement zoologique, et qui laissait cependant l'homme au faîte de la série des êtres, froissa considérablement Blumenbach, Lacépède, Daubenton et Cuvier ; et, par esprit de réaction, semblc-t-il, ce dernier imagina d'isoler l'homme dans un ordre distinct, et de rejeter le singe dans un autre ordre, le cheiroptère dans un troisième, etc.
Deux classilications principales, en somme, sont proposées, dans lesquelles la distance qui sépare l'homme de ses plus proches voisins zoologiqucs est estimée différemment. Dans l'une l'homme forme un ordre à part, au même titre que le singe ou le carnassier; dans l'autre, il ne forme qu'une famille dans l'ordre des primates, les diverses divisions des singes venant à la suite. Ainsi :
Premier système : premier ordre: l'homme ; deuxième ordre : les singes ; troisième ordre: les chauves-souris; quatrième ordre : les chiens, les ours, etc.
Second système : premier ordre : les primates; première famille : Vhomme; deuxième famille: les singes supérieurs ou anthropoïdes (le gorille, le chimpanzé, l'orang et le gibbon) ; Iroisièmn famille : les singes de l'ancien continent ou pithéciens (semnopithèques, guenon, magot, cynocéphales) : quatrième famille : les singes du nouveau continent, ou cébiens (hurleur, atèle, sajou, ouistiti); cinquième famille, ou lémuriens : (maki, galéopithèque) (1) ; deuxième ordre : les chéiroptères ou
(1) Nous allirons l'allention sur tous les lerraes de ce paragraphe, dont nous aurons souvent à faire usage. Dans le langage courant, on appelle quelquefois aussi les anlbropoïdes « les grands singes » et les pithécienset cébiens, les singes ordinaires ou singes proprement dits. Souvent l'épith'ete de simien reviendra de même comme synonyme de semblable aux singes, particulièrement à ceux des trois premières familles.
Lesson réunissait les pithéciens et les cébiens sous le nom de simia-