TYPES HINDOU, TSIGANE, IRANIEN, CELTE, BERBER, SÉMITE, ARABE
Les quatre ordres de caractères dont nous venons de terminer la description ou l'esquisse n'ont pas, avons-nous dit, une égale valeur anthropologique. Si les races actuelles étaient pures, homogènes, telles que la nature lésa faites, il suffirait de faire la somme de leurs différences et de leurs ressemblances, de tenir compte de leurs variations individuelles et des écarts pathologiques et de procéder à leur groupement le plus naturel. Mais le terrain est tout différent, l'unité leur manque ; elles se sont divisées, dispersées, mêlées, croisées en toutes proportions, en toutes directions, depuis des milliers de siècles ; la plupart ont quitté leur langue pour celle des vainqueurs, puis l'ont abandonnée pour une troisième, sinon une quatrième; les masses principales ont disparu, et Ton se trouve en présence non plus de races, mais de peuples dont il s'agit de retracer les origines ou que l'on classe directement.
En d'autres termes, il y a deux classifications que Ton ne doit pas confondre : la classification des agglomérations humaines, telles que le flux et le reflux des temps nous les livrent; et la classification des races, telles que par l'analyse la plus minutieuse on arrive à les dégager. L'une est ethnographique, l'autre anthropologique.
Leur point de départ est le même, leurs points d'arrivée dift'érents. Les classifications les plus considérables des races humaines prennent en efiiet pour base les caractères physiques, comme la nature des cheveux et la couleur de la peau, et aussitôt après se lancent en toutes directions. Dans les détails,
lorsqu'elles tombent à quelque peuplade bien isolée par des circonstances exceptionnelles, comme les Esquimaux au Groenland ou les Tasmaniensà l'Ile de Van-Diémen, elles s'accordent encore. Mais au delà, dans leurs termes extrêmes, le point de vue ethnographique apparaît seul, et l'on se sert du mot race dans le sens le plus malheureux. On parle de races anglo-germanique et latine, de races allemande, anglaise, slave, comme s'il y avait dans ces épithètes autre chose qu''une dénomination politique, une agglomération fortuite d'éléments anthropologiques de sources diverses.
En France, où la nation est cependant si homogène et l'unité si complète, il y a des Français, mais pas de races françaises. On y découvre: au nord, les descendants des Belges, des Wallons et autres Kymris ; à l'est, ceux des Germains et des Burgundes ; à l'Ouest, des Normands ; au centre, des Celtes qui, à l'époque même où leur nom prit naissance, étaient formés d'étrangers d'origines diverses et d'autochlhones ; au midi enfin, des anciens Aquitains et des BasqucSj sans parler d'une foule de colonies, comme les Sarrasins qu'on retrouve çà et là, les Tectosages qui ont laissé à Toulouse l'usage des déformations crâniennes et les trafiquants qui passèrent par la ville phocéenne de Marseille. En Asie, où les peuples ont été brassés de l'Orient à l'Occident et de l'Occident à l'Orient d'une façon si prodigieuse, si bien que sa race la plus caractéristique doit être recherchée au-delà du Pacifique, dans les zones polaires ; en Afrique où un mouvement semblable s'est opéré à plusieurs reprises ; en Amérique où se sont produites aussi de grandes convulsions aux époques historiques, on ne connaît plus de races primitives, mais des résultantes de croisements répétés, de superpositions, de mélanges. Les classifications avec ces éléments ne sont plus guère qu'ethnographiques.
Gerdy affirmait avec raison qu'il n'y a plus de races pures.
Cependant notre illustre maître M. Broca en admet quelquesunes et M. de Qualrcfagcs publiait, il y a peu de temps, une longue liste de celles u regardées comme pures >/. Sans doute si l'on se contente d'un tout petit nombre d'individus ou de crânes, on peut en découvrir ou en réunir d'un type identique. Qui a vu un Toda les a tous vus, s'écrie M. Marshall. Soit, enregistrons son dire.
De toutes les races, d'un commun accord, il n'y en a pas de plus homogène que celle des Esquimaux, grâce à leur isolement maintenu par les conditions géographiques et atmosphériques. Leurs crânes, au nombre d'une douzaine au Muséum, tous provenant du Groenland, y forment en effet la série la plus homogène des galeries. Mais déjà dans la collection du Danemark, dont quelques échantillons ont été apportés au Congrès de géographie à Paris, l'unité n'est plus paFfaite et l'on reconnaît des indices de métissage. Dans la collection de M. Davis, qui provient des deux rives de la mer de Baffîn, les divergences sont encore plus marquées. Sur le vivant les voyageurs signalent des différences assez importantes. Les variations de la taille y dépassent les limites individuelles permises. Au détroit de Morton il y en a de 1™,82 ; à la pointe Barrow, de i™,o4. Dans une tribu la moyenne est de 1™,7I4 et dans une autre de l-^joSI sur les hommes. Au passage d'Hotham un Esquimau « ressemblait exactement à un nègre » et au goulet de Spafarret à « un juif » (Seeman). Le « visage ovale associé à un nez romain » n'est pas rare (King). Leur teint est tantôt très-foncé, tantôt très-clair.
Dans la série des crânes malais, l'une des plus homogènes ensuite du Muséum, il y a deux types distincts au moins. Nous croyons avoir démontré qu'il n'y a pas d'unité parmi les Australiens. EnPatagonie, dans les crânes des Paraderos anciens, il y a deux types ; chez les Japonais, il en a trois distincts sur le vivant Rosny) et un quatrième que nous révèlent leurs crânes.
Chez les Aïnos, dans le même pays, il y en aurait deux. Le long de la côte de Guinée, les tribus varient à de très-courtes distances, et dans une même tribu les voyageurs décrivent des caractères tout différents, suivant les individus qui ont le plus fixé leur attention. Chez les Hottentots c'est bien pis.
Nous ne connaissons, pour notre part, qu'un exemple d'une identité parfaite de type dans un groupe humain. C'est celui des Andamans dont nous avons vu vingt-deux photographies, toutes leurs tètes semblent couler dans le même moule. Aussi les acceptons-nous pour une race demeurée pure. Ajoutons que M. Owen, ayant mesuré quatre-vingts crânes de nègres du Gabon, a été étonné de leur profonde ressemblance, plus grande, dit-il, que tout ce qu'on observe en Europe.
En un mot la plupart des classifications étendues proposées ne sont anthropologiques qu'à la base. Dès qu'on entre dans les divisions secondaires, elles deviennent ethnographiques et ne comprennent plus des races, mais des peuples. La classification des races humaines, c'est-à-dire des véritables divisions et subdivisions de la famille humaine, est encore à créer et ne pourra être abordée que lorsqu'on connaîtra les éléments composants vrais des peuples actuels.
Etant donné un groupe quelconque aujourd'hui, les questions suivantes surgissent donc. Quelle en est, aux points de vue physique et physiologique, la moyenne, c'est-à-dire le type? Les variations de cette moyenne sont-elles assez minimes pour qu'on puisse accepter ce type comme pur? Ces variations sontelles au contraire assez divergentes et se groupent-elles en moyennes secondaires assez évidentes pour qu'il faille y admettre un ou plusieurs types ? Y a-t-il eu fusion intime de ceuxci, autrement dit la race est-elle croisée, ou sont-ils demeurés distincts, autrement dit la race n'est-elle que mêlée ? En continuant ainsi, on arrive à séparer les caractères d'un, de deux,
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de plusieurs types successivement. L'ethnographie intervient utilement dans la plupart de ces questions, la linguistique également et par-dessus tout, lorsque c'est possible, la considération des caractères des restes humains anciens enfouis dans le sol.
C'est ainsi que M. Broca est parvenu h dégager l'élément celte qui a contribué à former le groupe breton, et qu'il espère retracer un jour les types primitifs dont se compose le groupe celle lui-même.
Les types les plus circonscrits de premier, de second, de troisième ordre, ainsi déterminés en nombre suffisant, il s'agit alors de rechercher leur parenté et de les classer. Alors seulement on pourra sérieusement se demander s'ils répondent à des genres, à des espèces ou à des variétés. La tâche est longue et laborieuse. La science est dans une phase de transition à cet égard. Quelques types généraux sont déjà acquis, quoiqu'on ne puisse toujours affirmer le groupe humain qui les exprime le mieux. D'autres sont admis â titre provisoire ; d'autre? enfin se pressentent plutôt et ne sauraient se démontrer pièces en mains. Dans le résumé que nous allons donner de quelques-uns, il ne faut donc voir qu'une série de jalons, d'essais destinés à montrer l'étape où en est l'anlliropologie.
Par lypr humain il faut en somme entendre la moyenne des caractères que présente une race humaine, supposée pure. Dans les races homogènes, s'il' en existe, il se constate à la simple inspection des sujets. Dans la généralité des cas il faut le dégager ; c'est alors un idéal physique dont se rapprochent plus ou moins la plupart des individus du groupe, mais qui est mieux exprimé dans certains. Souvent, dans une série, il s'associera à quelque antre type ; sur ses limites il se fondra parfois avec le type d'un autre groupe. 11 va sans dire que la communauté de type implique une parenté. 11 y a des types généraux, dans ceux-ci des types, sous-types, et dans chacun de ces derniers