‹ L'anthropologieChapitre 182 sur 209 · TYPE EUROPÉEN · texte numérisé non relu

TYPE EUROPÉEN

pour le moins; et en Amérique, où l'existence d'indigènes qu'on songe à lui rapporter a été maintes fois signalée. Ses caractères peuvent se résumer ainsi :

Le teint est toujours blanc chez les enfants. Le système pileux est assez développé par tout le corps. La barbe, les moustaches et les favoris sont abondants. Les cheveux sont droits, ondes ou ondulés, souples et longs. Le sommet de la tête est arrondi. La norma verlicalis du crâne montre un ovale à contour régulier, les arcades^zygoniatiques demeurant cachées. Le crâne antérieur est très-développé relativement au postérieur. La capacité de la cavité crânienne atleint les chiffres les plus élevés, 1 323 dans le type celte. Les sutures crâniennes sont très-compliquées. Les grandes ailes du sphénoïde s'articulent avec le pariétal dans une grande étendue. La courbe que décrit la ligne temporale est peu ample. Le front est large à sa base, bien développé sans être fuyant, ni bombé à son sommet, les bosses frontales s'y dessinent de chaque côté d'une façon modérée, quoique distincte. Les arcades sourcilières sont variables, sans jamais atteindre dans le sexe masculin l'exagération qu'on observe dans les races mélanésiennes, ni l'effacement propre à certains crânes mongols ou nègres. Le visage, regardé de face, décrit un ovale plutôt allongé, sans que les os malaires ou l'appareil maxillaire y tiennent une place exagérée, comme dans le type mongol ou les types nègres. Les parties médianes saillantes donnent lieu, dans leur exagération, à ce que l'on appelle, en style familier, le visage en lame de couteau . Le nez, hautement caractéristique dans le type européen, est développé en saillie aux dépens de son diamètre transversal ; ses deux faces latérales se réunissent sous un angle aigu ; la pointe en est ferme et les deux narines, situées dans un même plan horizontal, sont elliptiques, dirigées d'avant en arrière et sensiblement parallèles. Le squelette du nez est leptorhinien ou mésorhinien, jamais platyrrhinien ; son ouverture

antérieure a la forme d'un as de cœur à pointe supérieure trèsallongée, à base formée par une épine nasale, souvent très-longue et par un bord simple, tranchant. L'ensemble des deux mâchoires et des dents forme presque une ligne droite; c'est au type européen que convient le mot d'orthognathisme pour exprimer le minimum de prognathisme observé chez l'homme. Ce minimum varie dans les moyennes de 82 degrés à 75°, 5. La bouche est petite, les lèvres vermeilles, bien dessinées, jamais fortes, sauf dans certains tempéraments. Les dents sont droites, serrées, blanc-bleuàtrcs, ou blanc-jaunàtres, et sujettes à la carie. Le menton est saillant. L'oreille a une forme ovale allongée, ourlée à son sommet et en arrière, à lobule bien fait. Enfin le plan du trou occipital prolongé rencontre le visage audessus du milieu du nez et souvent à sa racine.

La beauté des formes n'est pas un privilège de l'Européen et bien des sauvages à cet égard lui rendent des points. Le plus souvent cependant sa taille est bien prise, grande ou dans les environs de la moyenne, son cou est dégagé, sa poitrine large, ses épaules écartées, la courbure de ses reins prononcée, ses muscles fessiers vigoureux, ses mollets gros, et atteignant le milieu de la jambe, son pied bien voûté, et l'on voit rarement chez lui de ces difformités d'abdomen et de muscles, signalées par les premiers navigateursdansles races inférieures. L'Européen se décrépit moins vite que le nègre, les seins des femmes conservent plus longtemps une fermeté relative et des proportions modérées, ses articulations sont plutôt petites. Quant aux proportions de de son corps, nous renvoyons au chapitre X.

Les deux divisions les plus naturelles du type européen sont le type blond et le type brun.

Le type blond est caractérisé , à sa plus haute expression, par trois caractères : des yeux bleus, des cheveux blonds et une peau d'un blanc mat rosé, ou fleurie, sanguine, prenant un ton

rougc-brique uniforme, ou par taches, ou plaques sous raction du soleil.

Les jeux \ei dùtrcs, grisâtres, jaunâtres, brun clair, bref toutes les nuances claires s'y rattachent dés qu'ils s'associent à l'un des doux autres caractères. I.a coloration rougeàtre due à Talbinismc duilen être soigneusement distinguée. Les cheveux jaune doré, rougeàlres et châtains sont dans le môme cas; ces derniers cependant ont moins de valeur en ce sens que, d'une part, ils répondent souvent à un premier degré de croisement du type blond avec le type brun et que, de l'autre, ils caractérisent quelques types autres que le blond et le brun. M. Beddoe n'accorde pas de signification aux cheveux rouges. Nous croyons au contraire que, dans la généralité des cas, ils sont une forme de cheveux blonds et que d'autres fois ils caractérisent un type à part dont nous parlerons bientôt. Quant aux nuances de la peau, elles ont une moindre valeur, les croisements et les milieux l'altérant plus facilement. Les yeux bleus sont en somme l'élément le plus certain pour trahir, chez un individu isolé, ou en l'absence d'une description suffisante des autres caractères, la présence actuelle ou passée du type blond dans le sang.

Ce type, complet ou incomplet, s'est répandu dans quatre parties du monde sur cinq. Les peuples qu'il caractérise possèdent à un haut degré la faculté d'émigration et de colonisation sans être doués pour cela d'une faculté d'acclimatation très-développée. Le centre naturel d'où il se serait irradié semble être le nord de l'Europe.

C'est en Islande, dans la presqu'île Scandinave, la Laponie exceptée, et le Danemark qu'il est le plus pur. Viennent ensuite la Hollande, rAllomagne du Nord, la Saxe, puis la Belgique et les Iles-Britanniques. En France, il est mitigé et s'arrête environ à la hauteur d'une ligne oblique allant de Granville (côtes de la Manche) à Lyon. Çà et là cependant, on le retrouve plus

au sud, particulièrement dans le pays basque et dans le midi de l'Espagne. Les populations qui s'y rattachent sont de haute taille, ont la charpente solide et carrée, le visage allongé, le nez grand et droit, une constitution lymphatique, les passions peu vivesi et le sens de Tindividualisme très-accentué. La forme de leur tète est difficile à déterminer par suite des croisements sans nombre qui Tont altérée çà et là. Les Norwégiens, les Danois sont brachycéphales, les Normands mésaticéphales, les Suédois, les Belges, les Anglais dolichocéphales ; quant aux Allemands, dans le sens large qu'ils entendent donner à leur nom, ils présentent toutes les formes imaginables. Pour notre part, nous sommes convaincu que le type blond primitif était dolichocéphale.

Quelques exemples montrent l'influence des croisements sur ce type. Sur 293 Hollandais examinés par le docteur Sass, 163 étaient blonds à la fois par les cheveux et par les yeux, 63 étaient regardés comme bruns par l'auteur, et 67 avaient descaractères contradictoires, c'est-à-dire croisés. Mais en s'en tenant aux yeux sur ces 293 cas, il n'y avait que 6 bruns purs, c'est-à-dire avec cheveux noirs associés à des yeux noirs, et 47 avec yeux bleus, associés à des cheveux noirs.

Dans une race plus mêlée, celle des Irlandais à Dublin, le docteur Beddoe a trouvé, sur 1300 sujets, 34 pour 100 de cheveux clairs, dont 5 pour 100 de rouges, 13 de blonds et 36 de châtains, donc un peu plus de moitié de blonds par les cheveux. M. Wilde, sur 1200 autres cas d'Irlandais, a rencontré de son cùté 24 pour 100 de yeux bleus, 9 de bruns et le reste décidément foncés. Les Hollandais sont donc bien plus purs comme blonds que les Irlandais.

Un dernier exemple: dans le pays basque, le docteur Argelliès, sur 47 individus, a compté 22 fois des yeux clairs dont 14 fois bleus et 23 fois bruns, tandis que les cheveux n'ont pas ■offert un seul cas de blond, deux seulement étant roux,

quelques-uns châtain foncé et les autres noirs. Il en résulte que la race basque actuelle est formée de deux éléments, l'un brun , l'autre blond ; qu'elle est décidément brune par les cheveux , du moins dans les localités observées, et que le type blond s'y est maintenu par les yeux et non par les cheveux. La statistique des Irlandais indique, au contraire, que des deux éléments le plus résistant est celui des cheveux. Nous renvoyons à la page 36S pour d'autres détails importants et à notre tableau sur les proportions des blonds, des châtains et des bruns suivant les races, les deux éléments, cheveux et yeux, étant réunis.

Le type blond avec ses trois caractères fondamentaux se rencontre en d'autres parties du monde, mais vu la difficulté de se guider sur les descriptions tirées des cheveux et de la peau, nous ne porterons nos investigations que sur les yeux bleus.

En Asie, tout d'abord, on en signale sur les rives du fleuve Amour (Kalproth, J. Barrow, Castren). « Nous vîmes des Tartares Mandchoux.dil Barrow, qui accompagnait l'ambassade de iMacartney à Pékin, des hommes aussi bien que des femmes, qui étaient extrêmement blancs (/"aîV) etdecomplexion fleurie [florid); quelques-uns avaient des yeux bleu clair, le nez droit ou aquilin, les cheveux bruns [brown), et une barbe considérable et touffue (ftushj/)» (I). 11 y en a ensuite parmi lesMiaotsédu sud-est de la Chine, tribus "qui passent pour les aborigènes du Céleste- Empire. On en trouve dans l'Inde, notamment chez les Kattees, qui ont quelquefois les « cheveux clairs et les yeux bleus » (Prichard et L. Rousselet), et jusqu'à Ceylan parmi les Cingalais (J. Davy). Les Bisahuris de Rampoor, non loin des sources du Gange, ont souvent « le teint trè?-blanc [vcry fair), quoique brûlé parle soleil, les yeux bleus, les cheveux et la barbe bouclés et de cou-

(1) Travels in China (en 1793), par J. Uarrow, vol. in-4o. London,

;78 TTPE BLOND.

leur claire ou même rouge » (Fraser) (l). Les Patans ou soldats afghans sont communément bruns et de race iranienne, mais bon nombre ont « des cheveux rouges et des yeux bleus, et le teint clairet fleuri » (Fraser). Mais l'exemple le plus célèbre est celui deSiah Posh, duKaffiristan, à la jonction derHimalaya et de THindou-Kho. La plupart sont «grands, ont des traits caucasiques, le teint blanc, les yeux bleus et les cheveux châtains ». Leurs traditions les font venir de l'Afghanistan, ils parlent une langue dérivée du sanskrit et ont des usages funéraires qui rappellent ceux des Parsis. Ajoutons, d'après M. G. Hayward, que «les chevelures châtain clair sont plus communes que les noires, parmi les habitants du Darnistan, que les yeux y sont gris, châtains et parfois bleus, que les femmes y rappellent beaucoup celles des Anglais. » Enfin quelques Kirgliis du Turkestan, quelques Tadjicks de la Perse, auraient « les yeux bleus ou gris » et parmi les Ossètes, lesAbassiens et les Souanes du versant méridional du Caucase se voient des individus « aux cheveux blonds, au teint blanc, aux yeux bleus », qu'il ne faut pas confondre avec des immigrations assez récentes d'Allemands. Ces exemples démontrent que le type blond a joué un rôle en Asie, mais ils ne portent pas à croire que cette partie du monde en ait été le berceau.

Sa présence au nord de l'Afrique est également un point acquis à la science. Dans la Tunisie, en Algérie, au Maroc comme dans les îles Canaries et dans le Sahara, partout il existe. Il dériverait d'un peuple tamahou qui, vers 1500 avant notre ère, fit son apparition sur les frontières de l'Egypte, venant du Nord. Les blonds qu'on rencontre encore dans le pays basque et auprès du détroit de Gibraltar en Espagne en sont vraisemblablement les descendants.

(1) Journal ofa Tour... in Himalaya Mountains and lo tlie Sources of Ihe lUcers Jumna and Ganges (en 1815), par J.-B. Fraser, vol. in-4o. London, 1820.

Page 1