TYPE AMÉRICAIN
les deux Amériques, quoiqu'on y rencontre des tribus, les unes très-grandes, comme les Patagons du Sud et les Assiniboins du Nord, et les autres plutôt petites, comme les Péruviens et certaines tribus de File de Vancouver ; ce qui prouve, du reste, la présence d'éléments divers dans le type américain (1).
En somme, dans son ensemble, l'Américain se rapproche du type des races jaunes par plusieurs caractères de premier ordre; sa face et son nez quelquefois aplatis, la couleur de sa peau, la nature de ses cheveux, la couleur de ses yeux, le peu de développement et la rudesse de son système pileux, ses yeux petits à fente palpébrale étroite ; l'aplatissement de l'occiput se rencontre de même dans quelques races d'Asie. Mais aussi il présente des ditférences sérieuses, telles que son nez saillant, convexe et relativement étroit, sa taille plutôt grande, sa cavité cérébrale peu capace et son prognathisme moindre. Ce sont, en somme, des caractères de races croisées, l'un des éléments étant franchement asiatique et l'autre tout à fait spécial, dolichocéphale, à nez européen, etc. A^chaque instant, dans des séries de crânes américains, les deux éléments se présentent à part. La description qui précède convient plutôt aux Américains du Nord. Néanmoins le sous-type toltèque, auquel Morton rapporte les indigènes du Mexique, du Pérou et de la Nouvelle-Grenade, en diffère peu. Le sous-type araucan est dans le même cas. La difficulté dans la craniologie américaine provient des déformations crâniennes si répandues. Kn se basant sur elles et laissant de côté quelques déformations plus rares, on pourrait cependant, pensons -nous, détacher de la masse des Américains deux races anciennes, l'une qui se dé-
(1) Voir: Crania americana de Morton. Philadelphie, ï8û9.- Types of Mankind, Xollet dindon. Philadelphie, I8ôi.— L'homme américain, par Aie. d'Orbigny, 2 vol. Paris. 1859.— Article Américais, de E. Daily, in Eiicyclop. se. méd.,l. III, 1865, etc.
TYPK PATAGO.X. ÎS09
formait ù la^façou dos Naliuas, l'autre à la façon des Âymaras. 11 faudrait également mettre de côté le type tehuclchc ou pataj^'on et enfin tenir compte de ces singulières divergences de teint: j)àle chez les Botocudos et dans la race guarani, presque noir chez les anciens Californiens et les Charmas de rUruguay aujourd'hui éteints.
« Les Californiens, dit La Pérouse, ont le teint semblable à celui de nègres dont les cheveux ne seraient pas laineux ; à ne voir que leur couleur on se croirait, parmi eux, dans une plantation de l'île Saint-Domingue. » Leurs cheveux, ajoute RoUin, sont longs et très-solides ; ils ont le front bas, des sourcils épais et noirs, les yeux enfoncés et noirs, le nez court et déprimé à la racine, les os malaires saillants, une grande bouche, des lèvres épaisses et de belles dents. »
« Les Charmas, ditPrichard,serangent par leur couleur parmi les races noires ou parmi celles qui .se rapprochent du noir à peine mélangé d'un peu de rouge. Us sont droits, bien proportionnés et actifs, leur taille est moyenne, et d'un pouce environ de plus que celle des Espagnols. Us ont le front ouvert, les traits réguliers, quoique leur nez paraisse étroit et comme enfoncé entre les deux yeux, les sourcils rares, pas de barbe et très-peu de poils à la surface du corps. Leurs cheveux sont épais, très-longs, luisants et toujours noirs. Leurs mains et leurs pieds sont plus petits que ceux des Européens et le cou de leurs femmes est moins plein que celui des Indiens. »
Les traits de ces deux races se rapprochaient donc plus de l'élément américain mongol que nous pressentons que de l'autre élément aux traits saillants.
Le type patagon, ou mieux certain type patagon, demande une mention à part. Toute population reléguée dans une extrémité de continent a plus de chance, de même que dans les montagnes, d'être le reste de quelque race primitive. Les Pala-
âlO TYPE PATAGON.
gons ou Tehuelches sont bien dans ces conditions. Voici d'abord leurs caractères sur le vivant :
Leur taille est fort élevée, leurs membres et le tronc sont développés en proportion. Ils ont la tète grosse, la face en ovale allongé, le teint brun-olivâtre ou de ce ton que Fitz-Roy compare à du vieil acajou, le nez court et épaté (d'Orbigny), le front bombé et proéminent, les arcades sourcilières assez prononcées, le menton saillant, la barbe et les moustaches rares. Jusqu'ici il y a peu de différence avec le type américain moyen, mais il s'agit de Patagons actuels. Cinq de leurs crânes, provenant d'anciens campements, ou paraderas préhistoriques de la Patagonie, et envoyés au musée du laboratoire d'anthropologie de l'École des hautes études par M. Moreno, présentent en effet une physionomie profondément distincte de tous les autres crânes américains de la même collection.
Tout d'abord on croirait voir des crânes d'Esquimaux. L'étroltesse du front, sa hauteur, son bombement à la hauteur des bosses frontales ; l'allongement antéro-postérieur du crâne , sa partie postérieure formée d'un plan incliné, puis d'une courbe ronde ; la hauteur de son diamètre vertical ou acrocéphalie, la chute, verticale que dessinent ses côtés, la disposition allongée de la face, la projection en avant des os malaires, le degré du prognathisme, l'étroitesse de l'intervalle orbitaire, l'harmonie de forme entre la face et le crâne : tout cela est de l'Esquimau ; les dents elles-mêmes sont usées horizontalement comme chez ces derniers. Mais il leur manque plusieurs caractères. Leurs os malaires regardés de profil se projettent en avant et tombent droits comme chez l'Esquimau (comparez les figures 49 et SO) ; mais, vus de face, ils ne se projettent pas en dehors et ne sont pas massifs ; d'où la forme ovale du visage constatée par le lieutenant Musters sur les Patagons actuels, tandis que l'Esquimau a la figure pleine et très-large à l'endroit des pommettes et
TYPE PATAOON. 511
que. rAméricain, abstraction faite de la proéminence de son nez, l'a à la fois large et aplatie.
L'indice oéphalique de ces cinq crânes est de 72.02, c'està-dire parmi les dolichocéphales les plus prononcés du globe,
Fig. 50. — Type patagon. Crâne des Paradéros de la collection de M. Moreno (musée du laboratoire d'anthropologie de l'Ecole des hautes études).
comme les Esquimaux, et leur prognathisme de 69", 4, c'est-àdire moins que l'Américain et autant ou plus que l'Esquimau.
En revanche, ils sont mésorhiniens, très-voisins de la platyrhinie, tandis que les Esquimaux sont les plus leptorhiniens du monde.
11 n'y a pas d'unité de type, il est vrai, parmi les crânes des paradéros : il s'en trouve de bracliycéphales, de déformés et de non déformes; ce qui prouve que déjà à cette époque les races de Patagonie étaient multiples. Mais le type que nous en détachons devait prédominer, car la moyenne des 27 crânes normaux de M. Moreno reste dolichocéphale, à 75.92.
Quoi (ju'il en soit, ce rapprochement inattendu avec les Esquimaux ouvre de singuliers liorizons. Les Tehuelches seraient-ils l'élément dolichocéphale autochthone de TAmérique, qui par son croisement avec une race d'Asie aurait donné naissance au type américain actuel? La singularité craniologique des Esquimaux, qui par certains traits ressemblent aux Samoyèdes et aux Mongols proprement dits, et par d'autres en sont aussi éloignés que possible, ne s'expliqucrait-elle pas de même? Us seraient une autre forme de croisement du même clément asiatique brachycéphale avec le même élément autochthone américain dolichocéphale (1) !
Un type rouge africain est indispensable à admettre au centre de l'Afrique.
Les Américains sont souvent désignésdu nom de rouges, non pas à cause de la coloration de leur peau, mais parce qu'ils se teignent souvent le visage ainsi. 11 serait aussi légitime d'appeler de même certains des insulaires de la Polynésie. En Afrique aussi, cette nuance est très-répandue au centre du continent de la mer Rouge au Sénégal, mais là il se détache d'une façon si décisive au milieu des populations noires environnantes, qu'il est nécessaire de l'y considérer comme un type particulier.
Le type rouge africain s'associe à des cheveux noirs et lisses et se retrouve, par malheur, partout associé ou superposé à des populations nègres. Çà et là cependant il est suffisamment isolé, chez les Foulbes par exemple, pour que son indépendance soit démontrée. Considérons d'abord la teinte de la peau.
Quoiqu'on affirme que la coloration rouge adoptée par les anciens Égyptiens pour se représenter sur leurs monuments soit arbitraire, il est permis de se demander s'ils n'avaient pas quel-
(1) Voir :^t Home wilhthePatagonians,pir G.Ch. Muslers. Loudon, 1871. — Des Cimetières et paradeios de Patagonie, par Fr. V. Morena fils, in Revue d'anthr., t. III, année 1874, etc.
que motif pour cela ; une partie des Barabras actuels de la vallée du Nil au-dessus de la première cataracte, ont encore ce teint que l'on compare chez eu\ à de l'acajou poli. Dans les plaines de Sennaar, Caillaud a décrit, à titre de métis ou de caste particulière, les El Akmarou rouges. Bon nombre de nègres danakils, sur les rives de la mer Rouge, ont la peau rouge-cuivrée (Rochet d'Héricourt). Les anciens habitants du détroit de Bab-el-Mandeb portent le nom d'Himyarites, qui signifie rouges, dit M. Maury. Parmi les Touaregs méridionaux et nègres tibbous on parle aussi de rouges. Les Ronga, Dor, Bongo, Kredj et Nyam- Nyams des affluents occidentaux du Bahr-el-Ghazal ont une teinte plus ou moins rougeâtre mêlée au noir.
Les anciens Égyptiens n'ignoraient pas, du reste, l'existence d'individus rouges au centre de l'Afrique; des personnages négritiques à la coloration rougeâtre sont Ogurés sur des monuments de Thèbes, de la dix-huitième dynastie. Aujourd'hui, on parle encore de tribus nègres sur les bords du Zambèse et jusque dans k' Congo, présentant cette nuance. Mais de toutes les considérations la plus importante est celle du peuple foulbe, actuellement florissant dans le Soudan.
Connus sous le nom de Peulsau Sénégal, appelés Foulahs par les Mandingues, Fellani par les nègres du Haoussa, Fellatas par les Kanoridu Burnou, et Foullan par les Arabes, ils seraient venus de l'Orient, d'après le docteur Barth, à une époque trèsreculée. Cependant ils n'apparaissent dans l'histoire que vers le dixième siècle. A cette époque, ils constituaient déjà l'élément « pâle y> prédominant dans le royaume de Ghanata, au sud- ouest de Tombouctou. En 1 500, ils étaient puissants dans l'ouest et le midi du royaume de Sonrhai, à l'est de Tombouctou. En 1600, ils apparaissent dans le Haoussa, en 1700 dans le Baghirmi. Ils sont pasteurs et nomades et vont s'infiltrant et propageant l'islamisme sans former de nationalités distinctes. Ce n'est qu'en 1803
qu'un de leurs chefs, Othman dan Fodie,au retour d'un pèlerinage à la Mecque, les réunit en faisceau, et par la voie des armes imposa sa domination à la plus grande partie du Soudan.
Dans ce vaste pays qui présente une civilisation relative, le docteur Barth a rencontré trois grandes races : 1° des nègres autochthones constituant la majorité, la population vaincue des campagnes; 2° les Foulahsou Foulbes (nom indigène) conquérants, au teint rouge et aux cheveux droits ; 3° les Arabes commerçants ou pasteurs, qui ont débouché par la partie orientale dans le Burnou il y a deux siècles.
Cetie superposition en tous lieux du Foulah au nègre explique que les voyageurs les dépeignent, tantôt comme sveltes et bien proportionnés avec des cheveux lisses (Mungo Park par deux fois écrit : « des cheveux soyeux »), tantôt comme trapus et courts, avec des cheveux crépus. Us prennent souvent en effet des femmes parmi les négresses, tandis que l'inverse est rare (Barth). Parmi leurs métis se remarquent les Toucouleurs du Sénégal, les Pouls noirs, les Torodes et les Sisilles, ces derniers provenant des Mandiiigues.
Lacouleur des Foulbes les plus purs est tantôt le rouge cuivre, tantôt la nuance même de la rhubarbe. Dans la campagne où les indigènes vont nus, le contraste des deux types, l'un jaune rougeàtre, l'autre nègre, est très-saisissant.
Quant aux autres caractères du type, voici ce qu'on dit des Foulahs occidentaux spécialement : ils ont le visage ovale, le nez long et arqué, les dents verticales, les lèvres assez minces, la taille svelte, élevée, les membres bien proportionnés, les extrémités déliées. Le docteur Barth, de son côté, décrit ainsi ceux à l'orient du Niger: «Us ont de petits traits menus, des traits aigus, des traits ouverts, vifs et inteUigents, un visage allongé par rapport au visage arrondi des nègres, des lèvres peu déjetées, le teint ci-dessus, les cheveux noirs, longs et une tresse
TYPE NÉORE. 515
descendant parfois jusqu'aux épaules, la taille droite et svelte, les extrémités grêles, une corpulence moyenne. »
En somme, il faut compter dans l'anthropologie de l'Afrique avec un type rou.qe particulier aux cheveux lisses, se rapprochant du type européen. Aujourd'hui noyé au milieu des races nègres, il n'est plus bien représenté que par les Foulbes non croisés (1).