CHAPITRE XVII
TVfES NÈORC, CAFRS, HOTTINTOT. — TYPES PAPOU, NÎGRITO, TASMAKIEN. TYPE AUSTRALIEN. — CONCLUSION SUR LES RACES HUMAINES.
Le type nègre se rencontre sur quelques points isolés de l'Asie méridionale, en Océanie où il revêt deux formes, le papou et le négrito, et en Afrique, sa terre classique, où il comprend deux groupes principaux : les Cafres au sud-est et les Ethiopiens noirs ou Guinéens au nord-ouest. Attachons-nous spécialement h son type africain .
La limite septentrionale des tribus nègres les plus homogènes part du fleuve Sénégal, s'incline à l'est jusqu'au dixième degré de latitude nord (Maury) et se perd dans la région visitée par Speeke et Baker, où se montrent des tribus différentes dont la parente est encore mal déterminée. Au-dessus de cette ligne, dans le désert, se rencontre cependant une peuplade nègre isolée, les Tebous ou Tibbous. Sur ses confins se succèdent en couche continue, mais çù et là masquée par les Foulahs : les nègres indigènes de l'Adamawa, du Massina, du Haoussa, du
(i) Travels and Discoveries in NorŒ and Central Âfrica, par le docleur Barlh en 1849-1855. Loudon.
Burnou, du Barghimiet du Darfour, les Noubas du Kordofan, les Schillouks, Fungi et Schangallas, voisins de l'Abyssinie, et les Nouairs, Bari et Séré du Bahr-el-Ghazal.
Sa limite occidentale est formée par l'Océan. Ses principales tribus sont, du Sénégal au Benguela et comme refoulées sur la côte: les Yoloffs, Serères et Mandingues de la Sénégambie, les Feloupes de la Sierra-Leone, les Kroumans de Libérie, les Fantis, Accras et Ashantis de la côte d'Or, les Mahis et Dahomey du golfe de Bénin, les Ibos, Makos et Calebar de l'embouchure du Niger, les Boulons, Bakalais et M'pongwe du Gabon, etc. Derrière elles se groupent d'autres tribus dont le type s'améliore et dont le teint s éclaircit un peu ou se mélange de rougeàtre. Les Peuls de la Sénégambie, les Bambaras du haut Niger et certaines des tribus Fans ou Pahouins du Gabon sont de ce nombre.
La description qui suit concerne spécialement le sous-type guinéen, considéré comme type nègre général.
La peau du nègre est veloutée, fraîche au toucher, luisante et varie du noir rougeàtre, jaunâtre ou bleuâtre au noir de jais. Ses cheveux et ses yeux sont noirs, sa sclérotique terne ou jaunâtre; des taches noires se voient sur sa langue; son voile du palais et même sous la conjonctive. Les parties génitales sont plus foncées, le dedans des mains et la plante des pieds sont plus clairs. La barbe est rare et pousse tard. Le corps est dépourvu de poils, sauf au pubis et aux aisselles. Le crâne est dolichocéphale (73.0 environ sur la côte occidentale d'Afrique), par exception mésaticéphale et même sous-brachycéphale. Sa capacité, sur 85 nègres occidentaux cubés par M. Broca, était de 1372 centimètres cubes, loi centimètres cubes de moins que chez les Auvergnats. Sa norma verticalis présente une forme elliptique. La portion sus-iniaque de son occipital est souvent saillante, ses parties latérales sont aplaties et verti-
cales, les lignes courbes temporales décrivent un arc étendu pro|)ortionnct à la niasse des muscles temporaux qui s'insèrent au-dessous. Le frontal s'articule souvent avec le temporal, les grandes ailes du sphénoïde ne s'articulant plus par conséquent avec le pariétal. Les sutures crâniennes sont plus simples que dans le type blanc et s'oblitèrent plus tôt (Gratiolct). Le front est étroit à la base et tantôt fuyant et peu élevé, tantôt droit et bombé à son sommet ; les bosses frontales sont souvent conflucntes ou remplacées par une bosse unfque médiane. Les arcades sourcilières sont peu saillantes et lisses, difïérence importante avec le nègre mélanésien, en sorte que par là les deux sexes tendent à se ressembler. Il en résulte que les orbites paraissent moins profondes, ce qui contribue avec le peu d'échancrure de la racine du nez et quelque chose de moins heurté dans tout le visage, à donner au nègre d'Afrique un aspect moins farouche qu'au nègre d'Océanie.
Les globes oculaires sont à fleur de tète et les fentes palpébraies néanmoins petites, sur une même ligne horizontale. L'intervalle des yeux est moins aplati et moins large que dans le type mongol, mais plus que dans le type européen. Le nez est développé en largeur aux dépens de sa saillie ; sa base, grosse et écrasée par suite de la mollesse de ses cartilages, s'épanouit en deux ailes divergentes, à narines elliptiques, plus ou moins découvertes. Cette extrémité est quelquefois trilobée. Le squelette nasal est platyrhinien (54. 7b), ses deux os propres sont parfois soudés comme chez les singes. Le bord inférieur de son ouverture antérieure est effacé ou remplacé par une sorte de plate-forme, de façon que la limite entre les fosses nasales et la région sous-nasale est d'autant plus indécise que l'épine médiane est fort peu développée (1).
[l) Loc. cit., in Revue d'anth)-., t. I, p G37.
L'ensemble du visage est ordinairement allongé comme le crâne, mais quelquefois raccourci et arrondi, et dans ce cas souvent aplati. Ses arcades zygomatiques et ses os malaires font une saillie latérale peu marquée, les premières sont plus fréquemment cr\ptozyges(l), d'après laméthodede Blumenbach, que dans le type blanc et moins fréquemment que dans le type mongol. Le prognathisme du nègre porte dans certaines limites sur toute la face ; toutes les parties du maxillaire supérieur y concourent et même les apophyses ptérygoïdes entraînées en avant par le développement de la mâchoire, mais il n'est réellement caractéristique et considérable qu'à la région sous-nasale et aux dents. A la mâchoire inférieure il existe souvent aussi, c'est-à-dire que le menton recule et que les dents se projettent obliquement en avant. Les dents elles-mêmes sont plus écartées que dans les races blanches, d'une belle coloration blanche, bien plantées et saines. Enfin les oreilles sont petites, arrondies, à contour mal ourlé, à lobule peu détaché et à conduit auditif large, dit-on.
Le cou est court. M. Pruner-Bey donne deux caractères importants qui rappellent le singe : les trois courbures du rachis sont moins prononcées chez le nègre que chez le blanc; son thorax est relativement aplati d'un côté à l'autre et de forme un peu cylindrique. Les épaules, ajoute-t-il, sont moins puissantes que chez l'Européen, l'ombilic est plus rapproché du pubis, les os iliaques sont plus épais et plus verticaux chez l'homme, le col du fémur moins oblique.
Pour les proportions des membres , nous renvoyons aux
(1) Tout en se servant des expressions de cryptosyge et de phenosyge comme sN'uonymes d'arcades zygomatiques peu ou Irës-développées, il est bon de se rappeler qu'à de rares exceptions près, lorsque l'angle pariétal est négatif, ces arcades sont toujours visibles suivant la nornia verticalis.