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NÉO-CALÉDONIEN

dolichocéphalie , un prognathisme considérable , des arcades sourcilièrcs énormes, la veriicalité des deux plans latéraux du crâne, etc. La seconde offre les mêmes caractères, mais atténues, entr'autres une haute taille, des membres mieux proportionnés, un teint jaune olivâtre, des cheveux plus longs et moins crépus, parfois frisés, les côtés du crâne déjà arrondis, etc.

La figure n°31 représente une métisse de cette variété jaune. Par sa haute taille, ses membres svelles et son teint relativement clair, elle est polynésienne ; par la profondeur de ses yeux, au-dessous de voûtes orbitaires saillantes, par son avant-bras long, son mollet grêle et haut placé, son calcanéum saillant et son pied plat, elle est mélanésienne ; par ses cheveux frisés plutôt que laineux elle est croisée (1).

Quoi qu'il en soit, la race mêlée ou croisée actuelle se présente avec les caractères crâniens suivants : sa capacité crânienne est de 1460 chez l'homme et de 1428 chez la femme, supérieure à celle de l'Australien et du nègre, mais bien inférieure à celle des races blanches et jaunes, principalement chez l'homme. Son indice céphalique de 71.78 est aussi faible que celui des Australiens, des Esquimaux et des Veddahs de Ceylan, Son front de 93.5 est plus étroit que chez les nègres d'Afrique, mais moins que chez les Australiens. Son indice nasal la détache nettement de toutes les races noires, il est de 53.06, c'est-à-dire bien près d'être mésorhinien. Son indice orbitaire de 80.6 la rapproche des Australiens et des races préhistoriques et l'éloigné ainsi des races jaunes. Son prognathisme de 69.8 est un peu moindre que chez les Australiens et les nègres d'Afrique, tout en étant considérable. Rien qu'à la disposition

(1) Des races de VOcéanie française et en particulier de celles de la Nouvelle-Calédonie, par A. Bourgarel, in Mém Soc. anthr., 1° Mém. l. I ; 2» Mém. t. II. —Etude des crânes néo-calédoniens du musée deCaen, par M Berlillon, iu Revue d'anth., t. I, année 1875.

528 TYPE NÉGRITO.

du bord inférieur de l'ouverture nasale on peut toujours distinguer un Néo-Calédonien d'un nègre d'Afrique ; le premier a le bord absolument effacé et remplacé par deux gouttières toutes simiennes, qui descendent de chaque côté dans la direction du bord alvéolaire ; le second l'a mousse, mais passablement arrêté ou remplacé par une sorte de plate-forme. Son angle facial est le plus faible de nos listes (voir p. 309j ; son angle de Daubenton est celui des races noires ; son angle pariétal est le plus faible connu. Ses arcades sourcilières sont d'autant plus proéminentes que le sujet est plus mélanésien, différence remarquable avec le nègre d'Afrique, chez lequel elles sont faibles et adoucies.

Il faut admettre, en somme, que dans la race néo-calédonienne actuelle il entre plus de mélanésien que de polynésien, si l'on considère la persistance des cheveux plus ou moins crépus et la généralité des caractères; mais que l'influence polynésienne s'y fait sentir surtout par la taille et l'indice nasal.

Le type nègrito a été déterminé avec soin par M. de Quatrefages. Ses représentants actuels sont les Mincopies des îles Andaman, les Semangs de l'intérieur de la presqu'île de Malacca, les Aëtasdes Philippines.

Leurs caractères fondamentaux, au nombre de quatre, sont la petite taille, les cheveux laineux, le teint noir et la sous-brachycéphalie. Ce dernier caractère est le plus décisif. L'indice céphalique de cinq de leurs crânes est de 82. ol. La taille de quinze sujets rassemblés par M. Hamy dans les auteurs est en moyenne de i",47. Leurs cheveux sont noirs, crépus, implantés par touffes et roulés en spirales serrées comme ceux des Papous, des Tasmaniens et des Hottentots. Us ont peu de barbe et la peau glabre à l'inverse des Tasmaniens, luisante et d'un noir de jais. Les Andamans présentent les autres caractères suivants: leur front est plein et bombé, large pour des nègres, mais moins que

TYPE NÉORITO. 529

celui des Tasmauiens. Leur face est arrondie ou quadrilatère, plutôt courte, large des pommettes, peu aplatie. Leurs yeux, grands et ronds, c'est-à-dire peu fendus, et de plus horizontaux, sont bordés do paupières épaisses. Le nez, large à la base, est peu écrasé et les narines sont arrondies. Leur prognathisme sous-nasal de 70°, 2 (sur les deux du Muséum) est dans la moyenne des races jaunes. Leurs lèvres sont modérément fortes et paraissent peu retroussées pour des nègres; le bas du visage est arrondi et non fuyant.

Ils sont courts et trapus de corps et cependant la fille de Luçon, dessinée par Choris, est svelte et bien prise. Ils ont les épaules carrées, la poitrine bien développée, le tronc tout d'une renne, sans trace de taille, les pieds et les mains de moyenne grosseur, les doigts longs, les talons non saillants, les orteils écartés lorsqu'ils posent à terre. D'un sexe à l'autre il y a peu de différences dans les formes.

En somme, n'était-ce les cheveux et le teint, les Négritos sont modérément négroïdes dans leur ensemble. Us ont jadis occupé la Malaisie et peut-être la Nouvelle-Guinée el l'extrémité sud de l'Asie. Mais il n'est pas encore démontré que les populations noires de l'Inde mentionnées dans le Mahabarrata fussent négrito. Jusqu'à ce jour, on na signalé qu'une seule fois la présence de cheveux laineux dans cette péninsule. Quant aux types absolument inférieurs, simiens, a-t-on été jusqu'à dire, qu'ont rencontrés MM. Piddington, Rousselet et Blond, leurs descriptions sont insuffisantes. Le seul argument en faveur de la nature négrito du fond autochthone de l'Inde est l'existence çà et là, notamment à Ceylan et dans la partie voisine de rinde, de tribus noires, à la taille très-petite (1). (Voirie tableau p. 355 et p. 534).

(1) 'Voir Elude sur les Mincopies et la race négrilo en général, par A. de Qjalrefages, ia lievue d'anlhr., t. I, 1872. — On the Andaman,

530 TYPE TASMANIEN.

Le type tasmanien, aujourd'hui éteint, se détache de la façon la plus inattendue de tous les types environnants, nègres ou autres.

Tandis que les 34 Néo-Calédoniens du Muséum ont un indice céphalique de 71.7 et les 14 Australiens de 71.9, celui des 32 Polynésiens est de 75.6 et celui des Tasmaniens de 76.0 ; première bizarrerie. La vue de Bluraenbach conduit au même rapprochement; la voûte du crâne des Tasmaniens est caractéristique, c'est la disposition en carène typique ( du moins sur les crânes du Muséum), c'est-à-dire une saillie sagittale médiane, bornée par deux dépressions latérales audelà desquelles deux renflements, comme les flancs d'un navire. Les Polynésiens l'ont aussi, surtout les orientaux, quoique moins accentuée, tandis qu'elle n'existe jamais, ni chez les Australiens, ni chez les Néo-Calédoniens, les plus mélanésiens. Autre bizarrerie : tandis que l'angle du prognathisme alvéolo-nasal est de 69.8 chez les Néo-Calédoniens, de 68.2 chez les Australiens, de 73.8 chez deux Andamans et de 73.0 chez les Polynésiens, il est de 76.2 chez six Tasmaniens ; autrement dit, ils ne sont guère plus prognathes que des Européens. Sous le rapport de la direction du plan du trou occipital, un caractère de premier ordre cependant, c'est le même résultat, ils vont se grouper avec les Corses et les Berbers à l'opposé de toutes les races océaniennes.

Et pourtant par leur teint, leurs cheveux, leur platyrhinie, leur faible capacité crânienne, ce sont des nègres.

Leurs autres caractères craniométriques se résument ainsi : développement plus grand du crâne postérieur, qui les range dans la section des races occipitales de Gratiolet; renflement

and Ândamanese, by G.-E. Dobson, in Journ. Anthrop. Inslilule., âYhl 1875, etc.— Les Noirs de V Inde, in Rev. d'anthrop., t. IV, p. 567.

TYPE TASMANIEN. 531

(les régions tcraporo-zygomatiques; front large à sa partie inférieure ( 9i millimètres ), arcades sourcilières et glabelle trèssaillantes, orbites profondes, petites, racine du nez considérablement échancrée, face large et courte aux dépens du maxillaire supérieur surtout, mais aussi de l'inférieur; aucun aplatissement de la face, d'ailleurs, et os malaires de dimensions ordinaires.

Quant aux caractères du vivant, ce sont : un teint noir chocolat, un peu moins foncé peut-être que celui de l'Australien, et moins à coup sur que celui du nègre de Guinée ; des cheveux crépus et non laineux, c'est-à-dire non emmêlés en une toison continue, mais insérés par touffes s'enroulant en petites spirales qui tombent, lorsqu'on les laisse pousser, en longs tire-bouchons; une barbe et des poils à la surface du corps très-abondants comme chez les Australiens, poils du reste aplatis vus au microscope; yeux petits, foncés, à sclérotique terne; nez large, bas, peu saillant, épaté, gros et empâté à la base ; bouche grande, lèvres fortes, la supérieure surtout, et non retroussées; menton petit et fuyant et oreilles ovales à lobule gros. Leur taille ne présente rien de particulier et est au-dessous de la moyenne.

Il en résulte que le type tasmanien est absolument sut generis, et présente des contradictions qui ne peuvent s'expliquer autrement. Nous avons constaté ailleurs que les crânes du Muséum semblaient le produit d'un croisement du Mélanésien avec le Polynésien, mais que leurs faces avaient une physionomie à part. Dans leurs mœurs et usages, les Tasmaniens ont quelques points de ressemblance avec les Andamans (1).

(1) Voir Etude sur les Tasmaniens, par M. Paul Topinard, in Mém. Soc. anthrop., vol. III. Séance du 18 novembre 1869. — E.\amen des mesures craniomélriques des crânes tasmaniens de M. Barnard Davis, in Revue d'anthrop., t. II, du même. — De l'ostéologie des Taimaniens, par M. Barnard Davis. Haarlera, 1874.

582 TYPB AUSTRALIEN.

Le type australien, géographiquement rapproché du précédent, n'est pas moins paradoxal, mais dans un autre sens. H est caractérisé par la réunion de cheveux lisses et de traits hautement négroïdes. Par la comparaison des crânes tasmaniens et Australiens nous avons jadis conclu que les premiers sont physiquement mieux doués; quelques autres mensurations, publiées depuis par M. Broca et par nous-mème, en disent autant. Mais par leurs caractères sur le vivant, c'est l'inverse : les Tasmaniens sont inférieurs.

Mais le type australien est-il pur? Chargé en 1872, par la Société d'anthropologie, de rédiger des Instructions aux voyageurs sur l'Australie, nous fiâmes, tout d'abord, frappé des divergences de description entre les Australiens des côtes, des plaines basses, de quelques points isolés du bush, de la région du nord-ouest notamment, et les Australiens en masse de l'intérieur, des plateaux, de la région du nord-est spécialement. Nous appelâmes donc l'attention des voyageurs sur ce point, et en particuher sur l'existence des cheveux laineux signalés çà et là par Humbron, Pickering, Stokes. Nous pensions qu'antérieurement aux Australiens actuels, il avait existé sur leur continent une race plus inférieure encore, dont les individus aux cheveux laineux et les tribus disgraciées étaient les descendants. D'autres considérations relatives aux coutumes ethniques, développées par M. Staniland Wake, nous fortifiaient dans cette pensée. 11 s'ensuivait que les Australiens peuvent fort bien être le fruit du croisement d'une race aux cheveux hsses venue d'ailleurs, et d'une race réellement nègre et autochthone. Les idées professées par M. Huxley concordaient avec cette supposition. Pour lui, les Australiens sont identiques aux anciens habitants du Dekkan;les traits des noirs actuels de l'Inde et les caractères communs des langues dravidiennes et australiennes poussent à les assimiler. L'existence du boome-

rang dans les d(3ux pays et quelques restes de castes en Australie Tiennent à Tappui.

Mais l'état de misère extrême des tribus australiennes inférieures peut également expliquer les difrérences physiques qu'elles présentent. Les cheveux laineux paraissent se réduire à présenta un petit nombre de cas qui se comprendraient, dans la péninsule d'York et la pointe nord-ouest, par des immigrations papoues de la Nouvelle-Guinée, etdans le Sud, par le passage, audelàdu détroit de Bass, de quelques Tasmanienssur le continent.

D'autre part, l'étude du crâne australien montre des différences de types assez accentuées, et il est certain que les Polynésiens ont atterri quelque temps dans le Nord-Ouest et les Malais dans le Nord-Est. Enfin, si les Australiens sont bien Hindous par les cheveux, ils sont à coup sûr Mélanésiens ( ou bien, si l'on veut, Néo-Hébridiens, Néo-Calédonicns nègres) par tout le reste.

La question peut donc être réservée. Nous ignorons encore si la race australienne actuelle a pris naissance sur place avec les caractères que nous lui connaissons, si au contraire, elle est venue toute constituée de l'Asie, ou bien si c'est une race croisée, et, dans ce cas, de quels éléments elle se compose.

Quoi qu'il en soit, les Australiens actuels de l'intérieur ont le système pileux très-développé sur tout le corps, les cheveux et la barbe longs, touffus, noirs, droits. Leur teint est noirfoncé-chocolat, quelquefois rougeàtre. Ils sont sveltes, bien découpés et s'il y a des voyageurs qui n'en ont vu que la caricature, il est des navigateurs en terre ferme qui les dépeignent comme de parfaits modèles pour la statuaire. Les Australiens ont une des plus faibles capacités crâniennes observées (1.S4 7 chez les hommes); ils sont parmi les plus dolichocéphales (71.9), les plus prognathes (68°, 2) et sont platyrhiniens (o3.4); leur angle de Daubenton (direction du plan du trou

occipital), de 6°, 8, les rapproche des nègres en masse elles éloigne au contraire des Tasmaniens (2''j6) et des races blanches. Ils ont souvent la disposition en toit de la voù'e du crâne, un front étroit, tantôt droit, tantôt fuyant (deux sous-types opposés) ; des arcades sourcilières très-saillantes, le rebord supérieur de l'orbite surplombant au-dessus de Tinférieur, les yeux noirs

Type australien ; l'une de ses formes.

et profonds, le nez très-échancré à la racine, gros et large à la base, mais moins écrasé que les nègres d'Afrique et les Hottentots et peut-être que les races jaunes (1). Mais de tous leurs caractères le plus important, le seul qui

(1) Voir Journ. of Discoveries in Central Australia in 1840-41 with an Account of Aboric/ines, par Eyre. London, 2 yol.jlSiô.— Discoveries in Australia, par Stokes. London, 2 vol., 1848. — Exped. in Northwest and West Australia, par G. Grey. London, 2 vol., 1840. — Voyage au Port-du-Roi-Georges, par.ScoU-Nind, in Journ. Roy. Geogr. Soc, t. I, 1851. — On tlie Aborigines of West Australia, par A. Oldfield, in Trans. Eth. Soc. London, t. III, 18G5. — Etude sur les races indigènes de l'Australie, ^arV. Topluard, in Bull. Soc. anthr., 1872, etc.

autorise leur séparation en un type distinct, est leurs cheveux droits contrastant avec tous les caractères du nègre le plus parfait. Le microscope confirme cette distinction. La coupe transversale de leurs cheveux tient le milieu dans les figures de M. Pruner-Bey entre la forme jilus ou moins arrondie particulière aux types jaune et américain et le degré de forme elliptique que l'on constate dans les races sémites. Elle s'éloigne donc absolument de la forme elliptique allongée et aplatie spéciale aux types nègres afri' ain, négrito et papou.

Leur taille suffirait à elle seule à prouver que leur race actuelle se compose de deux races anciennes qui pouvaient avoir l'une environ 1™,600, l'autre au-delà de 1™,700; les maximum et minimum individuels signalés sont de 2™, 130 à 1™,447 chez l'homme.

Ceux qu'on pourrait considérer dans les Indes centrales comme de même race sont : les Bhils « noirs, aux yeux petits, sans obliquité et aux cheveux en longues mèches droites»; les Gounds, « noirs aussi de visage, au nez aplati, aux lèvres épaisses et aux cheveux touffus, noirs, brillants et tombant en mèches droites»; les Rhounds, plus ou moins noirs aussi; les Mahairs. «très-noirs encore, aux arcades sourcilières saillantes, à l'œil petit, et au nezaplati»; les Varalis, etc.'(L. Rousselct).

Appelons encore l'attention sur d'autres populations qui, à un autre point de vue, ont pu intervenir dans la formation de la race australienne. Ainsi les six Moundas décrits par M. Roubaud, dont l'indice céphalique était de 7S.6 et qui avaient le front bas et fuyant, le nez gros et plat, l'iris brun foncé, la face large et aplatie, les pommettes saillantes, les dents incisives verticales et une taille de 1™,61 ; les Yenadies etMaravcrs de la côte de Coromandel, les Yeddhas de Ceylan, etc. L'année dernière, le laboratoire d'anthropologie a disséqué un noir de ce groupe, né à Pondichéry ; son teint noir un peu chocolat et ses

cheveux lisses, longs et lustrés, étaient très -remarquables ; son squelette et son buste figurent à présent dans les collections de M. Broca.

Chez les Todas des Nilghiris et, chose assez bizarre, bien loin vers le nord, chez certains des Aïnos on retrouve deux des traits fondamentaux des Australiens : leur arcade sourcilière si saillante et leur système pileux si développé partout le corps, caractères d'autant plus remarquables que Pinverse est de règle dans toute l'Asie orientale et méridionale. Dans ces mêmes montagnes des Nilghiris situées à la jonction des Ghates occidentales et des Ghatcs orientales, vers l'extrémité méridionale du Dekkan, dans des conditions favorables pour receler des restes d'anciennes races, deux autres tribus donnent matière à réflexion : les Kurumbas et les Irulas. Les premiers ont le teint noir, les cheveux longs, ondulés, touffus et noirs, la conjonctive souvent injectée, l'iris brun foncé (n" 1 du tableau des couleurs de M. Broca), l'échancrure de la racine du nez de 5 centimètres de profondeur, le dos du nez déprimé, les ailes élargies, les narines découvertes, enfin le maxillaire et les dents prognathes. N'est-ce pas là le portrait de l'Australien ? Ajoutons qu'ils sont petits, comme celui-ci sur les côtes. Leur barbe est rare, il est vrai, mais par exception elle est très-abondante (1).

Enfin à l'ouest, vers Madagascar et vers la pointe d'Aden en Afrique, on a parle de tribus noires aux cheveux lisses, ou tout au moins d'individus assez nombreux de ce genre, mêlés particulièrement aux Somalis et aux Gallas. Mais n'avons-nous pas rencontré le môme cas en Amérique, chez les Charmas et

(1) Viir : John Stiortt, Mémoires sur les tribus sauvages de l'Inde méridionjle, en particulier de la côle el des Nilghiris, in Transact. Ethn. Soc. London, vol. I, II, V et VU. — Ross King, Sur les tribus des Nngliiris, ia Revue d'anthr., t. II.— W.-F. ilarsliall, A Phrenologist amungst the Todas, 1 vol. London, 1S73, elc.

les anciens Californiens ? Les Himyaritos ont de commun avec le type australien leur teint noir et leurs cheveux droits, mais ils ont le visage allongé, le nez aquilin, bien dessiné et des lèvres fines et minces ; ce sont des Arabes noirs (i).

Conclusions. — Notre cadre est rempli. Nous avons passé en revue les caractères ditrérenliels des races humaines, nous avons montré les types qui s'y dessinent le mieux, il s'agit de se reporter à la question qui se posait à la fin de l'anthropologie zoologique: La famille humaine se compose-t-elle de genres, ou d'espèces, ou de variétés? Autrement dit, quelle distance sépare ses divisions les plus naturelles?

Constatons d'abord qu'une classification de ces divisions et subdivisions serait prématurée. La classification suppose une science faite, et l'anthropologie anatomique en est presque à ses débuts. Un certain nombre de groupes de races, qui méritent d'être qualifiésd'embranchcments, et quclquesraces particulières se détachent bien pourtant, mais on serait vite arrêté. Pour la solution de notre problème, il n'est pas nécessaire heureusement de connaître la valeur exacte et la subordination de beaucoup. Quelques-unes, bien arrêtées dans les conditions où elles se présentent aujourd'hui, suffisent largement, et sous ce rapport nous avons le choix. La seule difficulté provient de la confusion que créent les types intermédiaires : les uns fictifs, dus aux croisements, les autres véritables, de transition, comme il s'en rencontre à tous les degrés de la gradation animale; ainsi les Malais, les Chinois, les Dravidiens, les Hottentots du Cap, les Himyarites, les Abyssins. Prenons donc

(I) Les Peuples de V Arabie méridionale, par Maltan, in Zeilschr. fiir Ethnul., 1873.

les types faciles, généraux, comme ceux du blanc, du jaune et du noir aux cheveux laineux ou particuliers, comme ceux du Scandinave, du Sémite, de l'Esquimau, du Mongol, du Cafre, du Boschiman, du Négrito. Quel intervalle les sépare donc?

Laissons les traits physiologiques moins palpables, oublions qu'il s'agit de l'homme, et procédons avec les caractères physiques comme ferait un naturalisted'un mammifère. Nous prenons un traité d'histoire naturelle. Le genre ursus nous tombe sous les yeux ; il appartient à la famille des plantigrades, de l'ordre des carnassiers, et se compose de quinze ou seize espèces. Trèsbien! mais, comme chez l'homme, plusieurs de ces divisions sont contestées ou de transition, négUgeons-les de même et ne nous attachons qu'aux types bien admis. Cuvier, l'autorité en pareille matière, en décrit six espèces principales. Les plus connues sont l'ours brun d'Europe ou ursus arclos, Tours noir de l'Amérique duNordou ursus amnricanus, et l'ours blanc des pôles ou ursus marilimus. Nous pouvons laisser l'ours des cavernes préhistoriques, dont il ne parle pas, ou ursus spelœus. Le premier, dit Cuvier, aie front convexe, le pelage brun, plus ou moins laineux dans sa jeunesse, devenant lisse avec l'âge ; sa couleur varie ainsi que la hauteur relative de ses jambes. Le second a le front plat, le pelage noir et lisse, le museau fauve. Le troisième a la tête allongée et aplatie et le pelage blanc et lisse. Ajoutons que l'ours d'Europe est plus court de tronc, et que l'ours blanc a la croupe plus élevée, le museau fin et les ongles courts et peu recourbés.

Ces caractères, si nous ne nous abusons, sont de la nature exactement de ceux qui servent à distinguer les types humains, non pas les plus éloignés seulement, mais ceux que nous inclinons à regarder comme des sous-types. La forme dolichocéphale ou brachycéphale du crâne a l'importance d'un front convexe ouaplati, d'unetète raccourcie ou allongée. Le pelage noir.

brun ou blanc, n'est-ce jias ainsi que nous séparons nos types blonds, bruns ou roux ? Le museau fin ou gros ne répond-il pas à nos mâchoires tantôt petites, étroites, tantôt massives et carrées? Les différences de taille et de proportions du squelette chez l'homme sont aussi importantes que chez Fours. Certes, il y a moins d'intervalle de Tours blanc à l'ours brun que de l'Européen au nègre.

Passons à un autre cas. Voici le genre bos, dans lequel les espèces les plus vulgaires sont le bœuf ordinaire ou bos latirus, l'aurochs ou bos urus, le bison ou bos americanns, le buffle ou bos bubalus, etc. Le premier a pour caractère spécifique, dit Cuvier, un front plat, plus long que large, et des cornes rondes placées aux deux extrémités de la ligne saillante qui sépare le front de Tocciput. Le second a le front bombé, plus large que haut, les cornes insérées au-dessous de la crête occipitale, les jambes hautes, une paire de côtes de plus, une sorte de laine crépue qui couvre la tète et le cou du mâle et lui forme une barbe courte sous la gorge. Le troisième ressemble à l'aurochs, mais aies jambes et surtout la queue plus courtes. Le quatrième a le front bombé, plus long que large, les cornes dirigées de côté et marquées en avant d'une crête longitudinale saillante, etc.

Ce sont encore des caractères de même ordre que les nôtres : la forme du crâne, l'abondance du poil sur telle ou telle région, sa nature lisse ou laineuse, le lieu d'insertion des cornes (organe similaire du cheveu), les proportions du squelette. La différence la plus importante ici est dans l'existence, chez l'aurochs et le bison, d'une paire de côtes supplémentaires. Mais la stéatopygie chez la femme boschimanc n'est-elle pas un fait équivalent? Une côte de plus n'est pas plus étonnant, au point de vue anatomique, que cette incroyable masse de graisse superposée aux fesses, qui rappelle non pas absolument, mais dans de certaines limites, les callosités des singes. Entre les diverses espèces

d'un même genre d'anthropoïdes, les différences sont infinimenl moindres qu'entre les principales raceshumaines.

Inutile de pousser plus loin la comparaison. Les caractères distinctifs du chacal, du chien, du loup et du renard, du cheval et de rhémione, du zèbre et du couagga, des deux chameaux ne sont guère plus divergents et souvent le sont moins que ceux qui distinguent nos types. Le Suédois blond, au teint blanc rosé, aux yeux bleu-ciel, aux formes élancées, au visage orthognathe;àla capacité crânienne considérable, est à une distance prodigieuse du nègre au teint noir de suie, à la sclérotique jaune, à la toison courte et laineuse, au museau proéminent, et aux lèvres retournées ; du Papou à la chevelure également laineuse, mais longue et plantée par touffes, parfois ébouriffée et formant une masse globulaire, plus forte comparativement que la crinière du bison; ou de la Boschimane au teinl jaune, aux lèvres d'orang, comme disait Cuvier, aux nymphes atteignant presque le genou, et aux fesses difformes. Sur un seul point géographique, une petite île, quelle différence n'y a-t-:il pas entre l'Aïno au nez saillant et au système pileux épais sur tout le corps et le Japonais au nez plat et à la peau glabre. C'est en voyant les crânes que l'évidence éclate. Comparez un crâne de Néo-Calédonien de l'île des Pins exempt de métissage, l'un des iNamaquois de Delalande au Muséum, certain crâne mongol rapporté du désert de Gobi par le docteur Martin, certain crâne qualifié d'Usbeck provenant de M. de Khanikoff, tel Esquimau que l'on voudra, en particulier, si l'on veut, l'un de ceux apportés du Denuarck au congrès de géographie, avec des crânes de Nubiens, de Guanches, d'Arabes ou de la caverne de l'Homme-Mort. Assurément leurs diflérences ne répondent pas à l'idée de simples variétés et dépassent celles qui séparent les espèces du genre •chien ou chat.

S'il en est ainsi des types bâtards et fondus que nous ont laissés

les croisements après soixante et cent mille ans peut-être et les hasards de la lutte contre les milieux, que dirions-nous en présence des types primitifs, alors qu'ils vivaient séparés, à la façon des anthropoïdes du Gabon et dclaMalaisie? La conformation du front du Néanderthal est plus frappant, plus caractéristique d'une espèce distincte que l'aplatissement invoqué par Cuvier pour séparer les ours. Le tibia platycnémique, le fémur à colonne et d'autre part les humérus perforés furent Tapanage de deux races spéciales, aujourd'hui noyées dans l'Europe occidentale, La crête sagittale qui reparaît à l'état sporadiquc dans plusieurs races originaires du Sud est de l'Asie, comme la stéatopygie parmi lesSomalis, dut aussi caractériser quelque race ancienne pareillement absorbée.

Il faut donc céder, et reconnaître, si l'on veut considérer l'homme d'un même œil impartial que le reste des êtres vivants, ([ue l'intervalle entre les principaux types humains est plus grand iiue celui entre variétés en histoire naturelle, et aussi grand que celui entre espèces. Il y a plus: la distance est dépassée et atteint quelquefois celle qui sépare des genres. Les quatre caractères qui distinguent les genres chèvre et brebis, les uns d'ordre physique, les autres d'ordre moral, n'ont pas plus d'importance que ceux qui différencient deux pour le moins des grands embranchements de l'humanité. Nous ne voulons pas dire que (|uelques groupes humains méritent le titre de genres, mais qu'à plus forte raison il faut admettre plusieurs espèces humaines,, les troissuivantes par supposition.

Une première brachycéphale, de petite taille, à la peau jaunâtre, au visage large et plat, aux yeux obliques, aux paupières courtes, aux poils rares, durs et à section arrondie. Une seconde dolichocéphale, de haute taille, au teint blanc, au visage étroit et saillant sur la ligne médiane et aux cheveux abondants, clairs, souples et de forme elliptique moyenne au mi-

croscope. Une troisième, dolichocéphale encore, noire de teint, très- prognathe et aux cheveux aplatis au microscope ou laineux. Une seule objection se produit. C'est que tous les hommes sont eugénésiques et à coup sur paragénésiques ; en un mot, qu'ils peuvent donner naissance avec le temps à une race fixe, intermédiaire, tandis que pour répondre à la définition classique de Tespcce il faudrait qu'ils fussent agénésiques (voir p. 389); mais devant le fait que certaines espèces animales sont eugénésiques et à coup sûr paragénésiques, l'objection s'évanouit. Nous admettons qu'avant de certifier Teugénésie entre certains genres, il faille attendre encore, mais entre certaines espèces, le doute n'est plus possible ; elles donnent naissance à des produits indéfiniment féconds sans que jusqu'ici le retour vers l'une des deux races originaires ait été constaté. Il importe donc peu que les espèces nègre et blanc soient ou ne soient pas eugénésiques; elles n'en sont pas moins des espèces, par la seule raison que leurs caractères difi'érentiels ont la valeur de ceux qui en histoire naturelle servent seuls à déterminer les espèces. Quant à la question du monogénisme et du polygénisme dans les termes où elle se pose aujourd'hui, elle est absolument étrangère au débat.

En somme, la famille humaine, la première de l'ordre des primates, se compose d'espèces, ou races humaines fondamentales, dont le nombre et les caractères primordiaux font l'objet de cette seconde partie de l'anthropologie.

ORIGINE DE L'HOMME

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