COURBURES DE L.V COLO.NNE VERTÉBRALE
se tenir debout, la ligne de gravité serait forcément toujours ramenée en avant, et le poids des viscères viendrait appuyer contre la face antérieure ou inférieure du thorax et de l'abdomen.
Les singes, sous ce rapport, se partagent en deux groupes : les pithéciens, les cébiens et les lémuriens, qui ont la courbure dorso-lombairc unique, conformément à leur attitude quadrupède, et les anthropoïdes, qui se présentent sous des aspects divers, plus voisins cependant de la disposition humaine. Plusieurs gibbons ont les trois courbures très-accentuées. Chez le chimpanzé, la courbure lombaire, distinctive du groupe humain, ne porte que sur les deux dernières vertèbres, et chez l'orang sur la dernière. Le gorille, avec sa colonne lombaire droite, s'éloigne le plus de l'homme, sans cependant présenter la véritable organisation du quadrupède.
Le partage du tronc et de la colonne vertébrale en deux trains, l'un antérieur, l'autre postérieur, chez les mammifères ordinaires, et l'absence de toute distinction de ce genre chez l'homme, sont plus caractéristiques. Expliquons-nous sur ce point, exposé par M. Broca (1).
Un muscle est une masse charnue, allongée et plus ou moins retenue à ses deux extrémités, qui se rapprochent lorsque le muscle se contracte sous l'influence de la volonté. L'extrémité la plus mobile se déplace, entraînant avec elle le levier auquel elle est attachée, tandis que l'autre, immobilisée par d'autres muscles, résiste. Dans un mouvement quelconque, il faut donc considérer l'action de tout un système do muscles et non d'un seul.
Chez l'homme, les muscles qui concourent indirectement à la
(1) L'ordre des primates. Parallèle anatomique de l'homme et des singes, par M. Broca, p. 228 [Bull. Soc. anlhrop., 2e série, t. IV, 1869).
66 A.NTEVERSION ET RETROVERSION.
locomotion, en fixant le bassin et les parties successives de la colonne vertébrale qui fournissent un point d'appui, s'attachent aux apophyses épineuses et transverses des vertèbres et tendent, à la longue, à les attirer ou à les couder en bas, en raison directe du peu de mobilité de la vertèbre en masse. Les apophyses du dos cèdent beaucoup, s'inclinent et s'imbriquent ; celles des lombes cèdent moins.
Chez les quadrupèdes, la traction des apophyses s'opère, au contraire, dans la direction du membre antérieur pour les vertèbres lombaires, et du membre postérieur pour les dorsales ; ces apophyses s'inclinent donc en sens contraire, les lombaires en haut et les dorsales en bas. L'endroit où s'opère le changement de direction établit la démarcation entre le train antérieur et le train postérieur. Il est situé, chez les carnassiers, entre ravant-dernière vertèbre dorsale, encore reliée au thorax par un cartilage costal, et la dernière, qui ne supporte qu'une côte libre ou flottante. L'apophyse épineuse de Tune s'incline en haut, celle de l'autre en bas ; c'est là que les deux trains antérieur et postérieur jouent et prennent leur indépendance.
Ainsi, au seul aspect d'une colonne vertébrale, on reconnaît l'attitude habituelle du sujet. Chez l'homme, les apophyses sont toutes obliques en bas, ou en ràroversion : il n'a qu'un train. Chez les quadrupèdes, les apophyses sont les dorsales descendantes, sauf la dernière, et les lombaires ascendantes ou en antêversion.
Tous les singes proprement dits sont dans ce dernier cas, d'une façon très-accentuée chez les lémuriens en général, moins chez les cébiens, moins encore chez les plus élevés, les pithéciens. c( La scène change brusquement chez les anthropoïdes. Tous les caractères propres à indiquer la séparation fonctionnelle du train de devant et du train de derrière ont complètement disparu. Les apophyses épineuses dorsales, par leur longueur, leur
DES APOPHYSES VERTEBRALES.
obliquité considérable et leur imbrication^ se rapprochent du type humain, bien plus que de celui des pithéciens et des autres sinjres ; celles des fausses dorsales sont obliquement inclinées vers le bassin, comme chez l'homme; et celles des lombaires n'ont pas la moindre tendance à l'antéversion ; loin de là, car souvent elles sont plutôt inclinées vers le bassin. » (Broca.)
Fig. S. — Sqnelotte d'un pithécion, l'entelle (sumniipitlu'cus entelliisj.
Sur la figure 8, de semnopithèque, famille des pithéciens, la courbure dorso-lombaire unique à convexité regardant en haut; la rétroversion des apophyses épineuses des vertèbres dorsales, moins les deux dernières; l'antéversion des lombaires, et l'indifférence des deux dernières dorsales, répondant à la séparation du tronc en deux trains, l'un antérieur, l'autre postérieur, sont parfaitement visibles.